Portland: Pneu et aileron
Je suis arrivé tôt à Portland. Contrairement à la fin de semaine, il a fait beau du lundi au jeudi, il a fait même très chaud. J’ai pu m’entraîner en faisant un peu de course à pied et de la natation, ça m’a permis de décompresser de Laguna Seca. Pour la course, nous étions confiants de ramener un bon résultat. En fait, toutes les pièces semblaient en place pour que nous ayons un excellent week-end. Mais encore une fois, la malchance nous attendait. Course après course, c’est un problème différent qui surgit mais le résultat est toujours le même. Pour le moment, j’ai eu 2 courses sans problème et je les ai gagné.
À ma première sortie du week-end, la balance de la voiture était assez bien, et nous avons rapidement senti que nous avions une bonne base. Par contre, les conditions étaient impossibles, ce fût, pluie, sec, pluie, sec. En gros, on a fait seulement deux runs avant la première séance de qualifications sur une piste sèche (du moins, au début..). Généralement, la première séance sert au rodage des plaquettes et des disques de frein. À cause de la pluie, je n’ai pu bénéficier de bonnes conditions pour bien connaître ce nouveau circuit pour moi. Forcément en qualif, c’était compliqué d’obtenir un bon chrono sur le premier train de pneus et quand je suis rentré en piste avec le 2e, il s’est mis à pleuvoir. J’étais donc loin, très loin, en 9e position. Cela dit, nous n’avons pas trop paniqué car nous savions que la voiture était bonne.
Samedi matin, nous avons travaillé un peu sur l’équilibre. À la première séance, il a encore plu. Pour cette raison, nous ne savions pas à quoi ressemblerait la qualification. D’entrée de jeux, j’ai fait un bon tour, ça ma surpris de sortir un aussi bon chrono avec le premier train de pneus vu les conditions (en effet, je n’avais même pas pu checker la voiture en pneus neufs pendant la matinée, à cause de la pluie). Ensuite, nous avons quelque peu amélioré la voiture mais tout le monde s’est retrouvé en piste en même temps et comme le circuit de Portland est petit, il y avait beaucoup de trafic. Tout le monde se gênait ou se bloquait et il m’a été impossible d’améliorer mon temps du début de séance. Malgré tout, ce chrono (58,9s) m’a permis de partir en 4e place. Vu le peu de temps que nous avions eu sur le sec pour expérimenter le circuit, et tenant compte du fait que la majorité des équipes avait testé sur ce circuit auparavant (pendant que nous étions à Arizona), nous étions plutôt satisfaits.
Avant le vrai départ, trois ont été refusés. Le préposé au départ voulait une formation parfaite mais il y a plusieurs raisons qui rendaient la chose difficile. La première, c’est qu’à Portland, il n’y a pas de ligne de start pour le départ, ça complique les choses. Deuxièmement, la zone d’accélération est en plein appui et de plus, la piste était très “verte” à cause de la pluie, il y avait donc moins de gomme qu’a l’habitude sur le circuit, et pour finir, la piste était relativement froide. Donc obligatoirement, tout le monde patinait à l’accélération. En plus, le rythme était très lent sur les deux premiers départs, c’est difficile de bien faire passer le couple dans ces situations. Personnellement, je trouve que c’était chercher un peu la difficulté et l’incident au premier virage de vouloir absolument un pack très serré. En sachant les difficultés de Portland au premier virage, ce n’était pas le départ le plus safe et malheureusement, j’en ai fait les frais…
Après le départ, l’équipe à remarquer une crevaison lente sur la télémétrie. Je n’ai rien senti mais il semblerait que j’ai été touché au départ officiel. Peu importe, le pneu perdait près d’un PSI au tour. Je suis resté en piste avec le but d’atteindre la première fenêtre d’arrêt obligatoire qui se situait au 16e tour. En Champcar, il y a un nombre d’arrêts obligatoires (3 arrêts pour Portland) et un nombre de tours maximums qu’un pilote peu effectuer entre deux arrêts (28 tours lors de cette épreuve). Donc, pour respecter ces deux règles et ne pas avoir à effectuer un arrêt supplémentaire, la cible était le tour 16 (arrêts au 16e, au 44e, au 72e, la course avait 100 tours). Ce règlement existe dans le but d’éviter des courses à l’économie d’essence (comme à Brands Hatch). Malheureusement, j’ai du m’arrêter au 13e tour (avec seulement 10 PSI dans l’arrière gauche), car sinon le pneu aurait éclaté.
Par conséquent, je me suis retrouvé dernier, mais heureusement, il y a eu un drapeau jaune au 16e tour. A ce moment, comme tout le monde, je suis entré au stand pour revenir dans la même stratégie que les autres. Voyant 2 tours plus tard, que nous étions toujours sous régime de drapeau jaune, l’équipe m’a fait entrer à nouveau afin de donner 2 tours de plus à ma fenêtre de ravitaillement. Comme j’étais dernier, je ne perdais rien en effectuant cet arrêt, c’était tout bénéfice.
Au 44e tour, alors que j’étais remonté à la 12e place, tout le monde a dû s’arrêter sauf moi (j’avais 2 tours de marge). Dans mon tour de rentrée, je me suis retrouvé derrière les deux meneurs. J’ai tenu le rythme de Jourdain et Tracy jusqu’à ce qu’ils s’accrochent. Dans l’incident, Jourdain jr a calé, ce qui a provoqué la sortie du safety car. C’était parfait pour moi car je devais stopper durant ce tour. Le fait que le reste du plateau s’était arrêté sous drapeau vert et que moi j’avais profité du jaune, je suis sorti des stands en 6e position et j’étais de retour aux avants postes.
Par la suite, j’aurai bien aimé attaquer la 5e place, mais elle était occupée par Bruno, et je ne voulais pas risquer quoi que ce soit avec mon coéquipier, on ne sait jamais. De plus, depuis le début de la course, j’avais pas mal de soucis dans le dernier virage qui conditionne la longue ligne droite où tous les dépassements se jouent. Je devais faire un freinage banzaî, donc un peu risqué. Comme c’était le seul endroit pour dépasser, la situation devenait compliquée pour améliorer ma position.
Au 72e tour, les autres pilotes ont fait leurs arrêts obligatoires. À ce moment, j’ai fait un tour de rentrée très rapide, mes mécanos ont fait de l’excellent travail, et dans le même tour, Carpentier a provoqué un drapeau jaune. Tout cela a fait que je suis ressorti en 3e place des pits, et surtout que je n’ai pas eu à me battre pour conserver ma position en pneus froids.
Je me dirigeais tout droit vers un podium, quand soudain le support droit de l’aileron arrière a cassé. Il ne restait plus que le mât gauche pour supporter l’aileron, mais comme il y a plus de 2 tonnes d’appui sur cette pièce, c’était une question de seconde avant qu’il lâche. C’est un bris inexplicable qui normalement n’arrive jamais. Ce sont des pièces qui sont testées aux rayons X entre chaque course, mais entre Laguna Seca et Portland, la voiture n’est pas revenue à l’usine, il n’y a donc pas eu de test. Peut-être que le problème avait débuté à Laguna. Pour des raisons de sécurité, l’équipe m’a demandé de stopper (à huit boucles de l’arrivée, dur dur) et la course se terminait (encore !) en queue de poisson pour moi.
Malgré tout, j’ai trouvé ce circuit bien sympa. La surface est un peu usée car c’est un vieux circuit et il a le désavantage d’être un peu petit, surtout pour les qualifications mais sinon, c’est un beau petit tracé. Après Portland, je pars mercredi faire une journée d’essai à Elkhart Lake. Ensuite je me dirigerai vers le circuit de Mid-Ohio où je testerai la voiture lundi et mardi. Après ça, cap sur Cleveland, un nouveau circuit pour moi. Je sais par contre que c’est le plus bosselé de la saison. Ça sera en soirée sous les projecteurs, à l’aéroport, directement sur la piste d’avion. J’espère qu’au moins je ne m’envolerai pas durant la course.
Une fois encore, ce fût un week-end très frustrant. À Laguna Seca et à Portland, il y avait deux podiums en perspective et deux fois 14 points, mais je rentre à la maison avec un double zéro. C’est difficile à vivre à la longue, mais il reste beaucoup de courses et je sais qu’on a la rapidité. Encore une fois, je l’ai prouvé ce week-end, alors je vais continuer de me battre, je vais m’accrocher, et puis on verra bien ce qui se passera.
Sébastien.
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Propos recueillis par Marc-André Deshaies