MILWAULKEE: DUR WEEK-END!
Dans ma chronique précédente, je vous racontais comment tout fut parfait en Europe. Malheureusement, Milwaukee a été tout à fait le contraire. Ce fut un week-end compliqué pour moi et pour toute l’équipe. Tout le week-end, nous avons été incapables de trouver le bon ensemble de réglage pour ma voiture et celle de Bruno. En plus, Bruno s’est légèrement blessé lors de son accident en début de course. Ce fut vraiment un week-end difficile pour toute l’équipe.
Dès la première séance d’essais, nous étions en retrait vis-à-vis des autres. Tout le week-end, nous avons cherché un moyen de trouver du grip, toute l’équipe a travaillé très fort mais nous ne somme pas parvenu à trouver “le truc” qui nous aurait permis de nous battre aux avants postes, comme cela a été le cas depuis le début de la saison. Nous ne pouvions pas compter sur l’expérience de l’an dernier car le règlement imposait cette année une configuration fortement appuyé (contrairement à la saison passée). En plus, pour moi c’était une première expérience sur un petit ovale, pas facile dans ces conditions quand on connaît l’importance de la voiture sur ce genre de tracé…
Le vendredi soir, en attendant que la qualification commence (qui n’a jamais eu lieu à cause de la pluie) mes mécanos m’ont initié au football américain. On a bien rigolé, mais j’avoue que je suis assez moyen dans l’exercice, et il faudrait bien que je m’entraîne !!! Ce petit moment de détente a fait du bien à tout le monde, et les médias s’en sont donnés à cœur joie. Il faut dire qu’un de mes mécaniciens a même joué au hockey avec une pelle, c’est dire à quel point l’ambiance était décontractée.
Le lendemain au warm up, j’ai eu un léger incident. Les dirigeants de la série ont changé l’endroit indiquant la fin de limitation de vitesse. En repartant des stands, j’appuie sur un bouton (appelé pit limiter) afin de limiter la vitesse de la voiture aux 50 miles/h autorisés. Au moment où je traverse la ligne indiquant la fin des stands, je lâche ce bouton et j’accélère à fond. Après la modification, cette ligne se trouvait exactement sur une série de bosses, et on n’était toujours pas sorti du virage 2. Comme il ne faisait pas bien chaud à Milwaukee à ce moment, dès que j’ai lâché le pit limiter, la voiture est partie en travers et j’ai tapé le mur. Décidément, rien ne fonctionnait pour moi (il est d’ailleurs arrivé la même mésaventure à Manning en course, sauf qu’il n’a pas touché…).
En course, ce ne fut pas différent. J’ai trouvé la soirée très longue. Dès le départ, l’accident de Bruno m’a perturbé, surtout qu’il a bien failli m’arriver la même chose. En passant, il est sorti de l’hôpital et il va bien. De mon côté, j’ai eu un problème de refroidissement sur la voiture. Le moteur surchauffait et j’ai du entrer deux fois dans les pits en début de course pour changer les blockers qui se trouvent devant les radiateurs d’eau. Par conséquent, je me suis retrouvé dernier. Avant le premier arrêt régulier, le meneur (Michel Jourdain jr) s’est retrouvé derrière moi pour me prendre un tour. Sur un ovale d’un mile, les leaders rattrapent très rapidement les derniers (avec un tour en 21s, cela va très vite). J’ai fait ce que j’ai pu pour rester dans le tour du groupe de tête, mais je me suis retrouvé derrière une voiture Dale Coyne et comme ma monoplace était très difficile à conduire dans le trafic, je n’ai pas pu résister à Michel. Au premier pit-stop, j’avais déjà un tour de retard Nous avons fait de petits ajustements pour améliorer l’efficacité de la voiture mais sans trop de succès.
Par la suite, nous avons pris des stratégies différentes dans le but de reprendre le tour de retard que nous avions. On a réussi à améliorer la voiture mais pas au point de suivre les meneurs. Même si la victoire n’était pas envisageable, nous devions travailler fort car il y avait des points à aller chercher pour le championnat. Je devais pousser au maximum mais je devais faire attention de ne pas mettre la voiture dans le mur car dans le trafic, elle était très vicieuse. De plus, comme nous manquions d’adhérence, la voiture glissait pas mal et cela avait pour conséquent d’user les pneus plus rapidement que les autres. Les fins de relais étaient donc très délicates, et les temps en chute libre. Pour cette raison, les nombreux drapeaux jaunes nous ont quelque peu aidé. Sur ovale, quand tu n’as pas la voiture, il est très difficile de compenser. En plus, si la voiture t’échappe, c’est hyper facile de se faire mal.
J’ai bien aimé courir de nuit. L’idée était bonne, mais malheureusement il faisait très froid. Quand on a terminé la course, il faisait 6 ou 7 degrés. Les femmes des ingénieurs, et le public en général étaient frigorifiées à la mi-course. Mais bon, la série ne pouvait pas prévoir la météo. Malgré que ma course ait été difficile, j’ai bien aimé l’expérience, même si je n’ai pas savouré la soirée autant que mon copain Michel Jourdain jr, qui mérite sa victoire.
Cette semaine, nous avons fait des tests à Mid-Ohio, Bruno devait les faire mais avec son accident il était préférable qu’il récupère. Je me suis donc rendu là-bas pour le remplacer. Malheureusement, il a plut à n’en plus finir et j’ai donc utilisé une des journées de 50 miles qui nous sont allouées. Ça m’a permis de découvrir le comportement d’une Champ Car sous l’eau, et c’est plutôt bien parce que nous aurons assurément des courses dans ces conditions d’ici la fin de saison.
A Monterrey, je suis très confiant de revenir à l’avant, nous avons eu de bons essais à cet endroit cet hiver. Par contre, ça ne sera pas très facile car tout le monde travaille très fort pour améliorer sa voiture, mais je pense que nous aurons une Lola compétitive, pour nous battre pour la victoire comme en début de saison. Je suis toujours quatrième au championnat, et la saison est encore longue…
Sébastien Bourdais
Propos recueillis par Marc-André Deshaies
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