Le rallye auto-moto Dakar cuvée 2004 soulève depuis deux jours une polémique entre les organisateurs et des associations de protection de l'environnement. Cette année encore, le 26e rallye auto-moto Dakar 2004, qui se déroule du 1er au 18 janvier, n'échappe pas aux critiques des militants écologistes. L'offensive a été lancée cette fois par une association audoise. Cette dernière a annoncé, mardi 30 décembre, avoir déposé, la veille, un référé-suspension devant le tribunal administratif de Montpellier pour interdire le passage de la course dans le massif de Fontfroide, un site naturel classé situé au sud de Narbonne.
"L'audience a été fixée à 14 heures mercredi", a précisé Pitch Bloch, un porte-parole de l'association Eccla (Ecologie du Carcassonnais, des Corbières et du littoral audois), branche audoise de l'association France Nature Environnement. "Le préfet de l'Aude a pris un arrêté autorisant à titre exceptionnel la (course) spéciale du 2 janvier, mais cette décision n'est absolument pas argumentée et a été prise sans avoir consulté les autorités environnementales, comme le prévoit la loi pour les sites classés", a regretté M. Bloch.
Eccla a précisé que "le massif de Fontfroide est un site classé depuis 1968, considéré comme une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique, et inclus dans le parc régional de la Narbonnaise, dont la création a été officialisée par un décret du 17 décembre 2003". "L'arrêté préfectoral impose des contraintes pour la sécurité des spectateurs et des coureurs, pour le plan Vigipirate ou le risque d'incendies, mais oublie complètement la fragilité environnementale, si ce n'est pour évoquer un état des lieux à réaliser par l'ONF (Office national des forêts) et la Diren (direction régionale de l'environnement) après la course", a déploré l'association dans un communiqué.
APPEL À LA SUPPRESSION DU RALLYE
Patrick Zaniroli, le directeur sportif du Dakar, a fait valoir mardi à Clermont-Ferrand que la course allait se dérouler "sur des propriétés privées, en accord avec les propriétaires des terrains, notamment le gestionnaire de l'abbaye de Fontfroide". Il a ajouté que le choix du site relevait de la Ville de Narbonne, qui a en charge l'organisation de la spéciale. Il a également précisé que "le massif de Fontfroide était en friche et difficile d'accès, notamment pour les secours en cas d'incendie l'été" et que le passage du rallye allait "permettre au site d'être réhabilité aux normes défense des forêts contre les incendies, après le passage du rallye". "Si c'est annulé, on s'y soumettra, on est légaliste", a-t-il conclu.
Lundi, après une première demande d'interdiction de la spéciale formulée par l'association écologiste Robin des Bois auprès du ministère de l'écologie, les organisateurs du rallye avaient indiqué qu'ils avaient obtenu toutes les autorisations nécessaires, de l'ONF notamment, pour pouvoir emprunter cet itinéraire.
Parallèlement, le Dakar 2004 a aussi subi, mardi, les critiques de onze associations écologistes qui ont appelé à la suppression du rallye-raid, symbole selon elles d'un "gaspillage énergétique inacceptable". "Quelques semaines après des intempéries qui ont noyé, une fois de plus, le sud de la France et quelques mois après une canicule estivale meurtrière, il est inadmissible de voir les responsables de ce rallye privilégier encore la passion sportive à leur responsabilité vis-à-vis du dérèglement climatique", indiquent ces associations (notamment Greenpeace, Agir pour l'environnement, Fédération nationale des associations d'usagers des transports et Casseurs de pub).
Selon les écologistes, "le rallye véhicule un message polluant", et en "mythifiant" les 4 × 4, "incite le consommateur urbain à se doter de véhicules à quatre roues motrices", gros émetteurs de gaz à effet de serre. "Doublement choquant, le Dakar utilise l'Afrique comme piste de jeu alors même que ce continent connaîtra à coup sûr les conséquences catastrophiques de ce dérèglement climatique sans avoir la capacité financière des pays développés de s'en protéger partiellement", ajoute le communiqué.
Les associations concluent en appelant à la suppression du Dakar, estimant que "la France ne peut continuer à ignorer plus longtemps une catastrophe climatique annoncée".
Lemonde.fr avec AFP
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Un copilote aveugle interdit de rallye
Michel Point, premier copilote aveugle engagé sur le rallye-raid Dakar, a été privé de licence à quelques jours seulement du départ de l'épreuve en raison de son handicap, a-t-on appris mardi 30 décembre auprès du concurrent. Alors que son engagement avait été accepté par Amaury Sport Organisation, l'organisateur de la course, la Fédération internationale automobile (FIA) a invalidé sa licence le 22 décembre. "Je suis en colère, a déclaré le sportif de 53 ans, originaire de la région nantaise. C'est pour moi un complot que de signifier aux organisateurs que ma licence est invalide alors que la fédération connaissait ma situation depuis des mois." Michel Point, associé au pilote Nicolas Richard, sur la Toyota n° 285, a préparé cette aventure de longue date dans le cadre du projet "A perte de vue", soutenu par une association éponyme basée à Rocheservière (Vendée). La voiture a été spécialement équipée d'instruments de navigation en braille et d'un ordinateur permettant une consultation électronique du livre de bord. Le concurrent aveugle juge "discriminatoire" la décision de la FIA, qui a invoqué selon lui des questions de sécurité pour motiver son refus. "Tous les ans, des personnes handicapées physiques font le Dakar. Qu'on me mette en situation et on pourra juger", a-t-il fait valoir. "Si je ne suis pas apte, je m'inclinerai", a-t-il poursuivi, estimant que "c'est eux (les dirigeants de la FIA) qui se protègent en ouvrant le parapluie". Michel Point, médiateur d'insertion dans un établissement spécialisé dans l'accueil d'aveugles et déficients visuels, a saisi le ministère de la jeunesse et des sports, en vain. Il en appelle aujourd'hui au président Jacques Chirac. "Le président de la République a fait du handicap l'une de ses trois priorités. Aujourd'hui, il ne faut pas que cela reste dans le discours", a-t-il souligné. - (AFP.) |