pour ceux qui n'ont pas lu l'article de denis GIRAUDET dans le Rallyes Magazine du mois de mai,je prends le temps de vous le faire partager:
"Petit Matthew deviendra grand"
Ainsi en février 97 nous partions directement de karlstad,altitude 0 et température -20°,pour nairobi,+2000 m et 30°.Vous imaginez le choc thermique au moins aussi fort que culturel.Difficile en effet de trouver un point commun entre les forêts scandinaves,leur lacs gelés,leurs petits villages recroquevillés sous la neige et la "rift valley"désertique où les "masaïs" tentent de survivre avec leur troupeaux.Même contraste entre les villes,à Karlstad la seule chose qui puisse vous arriver c'est de faire une chute sur le trottoir glacé,car même la nuit la sérénité est au maximum.A Nairobi,même en plein jour certains quartiers sont à proscrire et la nuit il ne faut surtout pas s'arrêter aux feux rouges,même en plein centre,si vous voulez avoir une chance de regagner vôtre hôtel...
Cette saison 1997,qui semble déjà si loin,vit l'arrivée en mondial d'une nouvelle équipe:M Sport. créée par Malcolm Wilson,elle remplaçait Ford motorsport,la structure officielle basée à Boreham.A l'époque nous étions loin du "barnum" M Sport version années 2000,mais l'équipe avait déjà fière allure.Le parc d'assistance de la première étape était situé au sud de Nairobi entre l'école et la voie ferrée qui relie les mines de bauxite au port de Mombassa.Dépaysement garanti entre une nuée de gamins en uniforme aux sourires emerveillés et des convois interminables,que des locomotives essouflées par l'âge et l'altitude peinaient à faire avancer.Nous sommes en bordure du "Nairobi Safari Park" et une marchand de journaux vient de se faire livrer par un lion...
C'est dans cet environnement pour le moins exotique que je fis la connaissance de Matthew Wilson.Il devait avoir une dizaine d'années et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne faisait pas vraiment couleur locale avec sa peau plus blanche que les falaises de Douvres et ses cheveux blonds,pourtant,il jouait avec les écoliers de son âge.
A l'époque,je naviguais Armin Schwarz dans l'équipe de son père,nous étions d'ailleurs en tête du rallye,et je découvrais Matthew avec d'autant plus d'interêt qu'il avait peu près le même prénom que mon fils Matthieu.J'ai immédiatement éprouvé de la sympathie pour ce gamin curieux de tout et qui s'intégrait parfaitement dans l'équipe de son père.Sans jamais déranger,il apportait une touche de fraicheur et de naîveté lorque l'on regagnait l'assistance au bord de l'épuisement.Même intégration avec les enfants du village qu'il guidait au milieu du parc.Pour toutes ces raisons,Malcolm pouvait être fier de son fils,mais ce qu'il mettait surtout en évidence c'était son talent précoce de pilote de rallye:à peine plus de 10 ans et déjà plus vite que son père au volant d'une Escorth Cosworth Groupe A sur la piste d'essais familiale...RAC,ou plutôt Rallye de Grande-Bretagne 2004,que je dispute avec Nicolas Vouilloz et re-voilà Matthew,tout juste 17 ans,mais déjà au volant d'une Focus WRC et qui termine premier pilote britannique après l'abandon de Mark Higgins dans Margam.Repèré par la fédération locale,il disposera d'un programme à long terme d'abord en Championnat d'Angleterre puis en Mondial,au sein de M-Sport évidemment.Après des débuts honnêtes,Matthew et son pote Scott Martin furent victimes d'un terrible accident dont ils ressortirent avec de multiples fractures aux jambes,au torse,au thorax,après avoir été quelques heures entre la vie et la mort.
A partir de là,Matthew allait découvrir que la vie n'est pas le fleuve tranquille sur lequel il naviguait.Forcément marqué par sa sortie de route,victime de la pression des médias britanniques qui voyaient en lui le successeur de Burns et McRae et l'égal en rallye de Lewis Hamilton,Matthew ne maitrisait plus son sujet,comme un voilier démâté au milieu de la tempête,il subissait les évènements.Fidèlement soutenu par ses parents et par une presse anglaise hyper patriotique,il ne montrait qu'en rares occasions des éclairs de talent,le plus marquant,un excellent chrono en 2007 dans Whaanga Coast au plus fort de la bagarre titanesque entre Marcus et Seb.Pas mal,mais finalement décevant pour l'espoir de tout un pays et qui allait devenir petit à petit la risée de tout un continent.
Matthew est la cible favorite des courriers des lecteurs et de tous ces forums où l'on trouve plus de rancoeur et de jalousie que de talents littéraires.Le fils à Papa est la véritable tête de turc sur laquelle il est bon de taper.J'étais moi-même très déçu par ses performances mais je me rappelais le petit blondinet qui courait au milieu du parc d'assistance et qui devenait de plus en plus rouge sous le soleil de l'équateur.Malgré cela,je confesse volontiers que j'ai moi aussi hurlé avec les loups contre celui qui était devenu un enfant trop gâté.
Depuis la Norvège 2009,j'ai quitté la meute et je pense que le Rallye du Portugal marque sa disparition...Pour souligner la performance de Matthew Wilson en Norvège il faut reprendre les propos de Sébastien Loeb qui avouait ne jamais s'être autant lâché au niveau du pilotage à grande vitesse puisqu'avec les murs de neige,la sécurité était totale.Dans ce contexte,les excellents chronos de Matthew ont prouvé qu'il était techniquement un grand pilote.A Chypre,quelques jours plus tard et sur un terrain complètement différent,mais toujours sécurisant,il montrait ses talents de compétiteur en poussant à la faute dans l'ultime spéciale notre grand espoir à nous Sébastien Ogier.
J'ai félicité Malcolm à l'arrivée de ce rallye en évoquant toutefois avec lui une éventuelle retenue encore présente depuis le terrible accident.D'après lui et au regard des temps réalisés en essais par rapport à Hirvonen et Latvala,la sortie du tunnel était proche.Il avait raison,puisque au Portugal,un rallye qui demande de grandes qualités de pilotage,de très bonnes notes mais aussi une grande prise de risques,Matthew,par ses performances,a définitivement conquis ses galons de pilote de rallye.Il ne dispose sans doute pas du même talent naturel ou de la même détermination que notre Sébastien de Gap mais il a tout pour faire une bonne carrière dans un monde où l'on ne découvre pas tous les jours un nouveau Champion du monde
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il faut des trajectoires pour s'en sortir!!!....