Citroën souhaite conclure en beauté
Bonne lecture
Comblée en Catalogne avec l’obtention d’un cinquième titre* en trois saisons complètes, l’équipe triple championne du monde* se rend détendue mais très motivée en Australie, pour tenter de conclure en beauté ‘l’année de tous les records’.
Citroën Total engage à Perth deux Xsara WRC pour ses équipages habituels Sébastien Loeb/Daniel Elena et François Duval/Sven Smeets. De son côté, le Team Kronos Racing aligne deux Xsara privées pour Manfred Stohl/Ilka Minor et Xavier Pons/Carlos Del Barrio.
La jolie ville de Perth, capitale de l’état d’Australie occidentale (Western Australia) accueille le rallye dans le cadre aéré, calme et majestueux de la rivière Swan et propose deux sites. Langley Park, sur la rive droite du cours d’eau, comme zone d’assistance unique. Et l’hippodrome de Gloucester Park pour la super spéciale baptisée ‘Perth City’, programmée à six reprises, pas moins ! La jolie bille de Perth, autre attraction du rallye, attend les concurrents dans les spéciales en forêt. De couleur jaune ou ocre, d’une taille oscillant entre celle du petit pois et celle des billes de nos cours de récréation, ces pierres forment un tapis roulant qui se dérobe sous les roues. Sol mouvant, moyennes élevées, proximité immédiate des arbres : autant de caractéristiques qui rangent les spéciales australiennes parmi les plus difficiles du championnat.
Pour le pilote ouvrant la route, en l’occurrence Sébastien Loeb durant l’étape de vendredi, la situation est compliquée par l’obligation de ‘faire la trace’ dans le tapis de billes. Une situation d’autant plus pénalisante que le terrain est sec. « Si une recette existait pour annuler ce phénomène, cela se saurait, s’amuse Xavier Mestelan-Pinon, responsable technique.
Pour le reste, c'est-à-dire l’adaptation de la Xsara au terrain australien, nous bénéficions des acquis des trois éditions antérieures et les deux dernières années, nous avions obtenu un bon résultat. Sur ce terrain plutôt meuble, rapide et étroit, il faut soigner la motricité et la précision de guidage, qui permet de se maintenir dans la trace.
La nouveauté pour nous sera le Michelin Z BTO. Quel que soit le terrain, il ne nous a jusqu’ici jamais déçus. Nous comptons sur lui, d’autant que c’est le printemps en Australie et que les températures peuvent être élevées… » Le parcours 2005 est très semblable à son prédécesseur. Il visite la région de Dwellingup, l’est de Perth (abords de Mundaring, Helena River) et le Sotico Complex, célèbre pour ses ‘jumps’ spectaculaires. Après une patiente compilation des notes de trois années de présence en Australie et la mise bout à bout de tous les petits tronçons, Daniel Elena estime à …2 km la longueur de route inconnue. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de nombreuses corrections à apporter, notamment aux notes datant de 2002.
La cadence des doubles champions du monde*, vainqueurs ici même l’an dernier, s’est notoirement élevée depuis leur ‘baptême’ du terrain. Libérés, décontractés, ils ont, comme leurs équipiers François Duval et Sven Smeets, carte blanche de Guy Fréquelin pour le choix du rythme à adopter. Il y a donc de quoi s’amuser… * Sous réserve de la publication des résultats officiels par la FIA.
Questions à Guy Fréquelin…
Avez-vous connu dans votre carrière sportive un week-end aussi enthousiasmant que celui vécu en Catalogne ? « Pas sûr ! J’ai évidemment été un pilote heureux après chacune de ses victoires. Mais la joie et l’émotion ressenties en tant que responsable sportif sont pour moi d’un autre calibre. Parce qu’on les partage avec l’équipe, avec la Marque.
Comme moments aussi forts que celui de Catalogne, je ne vois que notre première victoire au Dakar, mon premier succès de directeur sportif, dans le plus prestigieux des rallye-raids. Ou bien la victoire au Paris-Pékin, à cause de l’importance pour Citroën de ce résultat dans une épreuve sur laquelle planait le souvenir de la Croisière Jaune.
Mais la véritable razzia effectuée en Catalogne gardera une place de choix dans ma mémoire. Nous avons tout eu : victoire et titre en WRC, en Junior, plus le super résultat de Xevi Pons… Tout cela venant après l’annonce de notre retour en 2007. Quel bonheur ! » Justement. Après un tel moment, comment se remotiver, alors que tout est joué, pour aller disputer une dernière manche à plus de 14 000 km de Versailles-Satory ?
« La motivation est toute trouvée : essayer de gagner. Comme toute équipe de compétition, notre carburant, c’est la victoire. L’an dernier, alors que nous avions eu connaissance de l’arrêt de notre programme WRC fin 2005, alors que nous étions touchés par l’accident en reconnaissances et la non-participation au rallye de Carlos Sainz, l’équipe a trouvé suffisamment de ressources pour arracher sa septième victoire de la saison.
Cette année, elle va là-bas le cœur plus léger. Elle n’a pas de raison de changer son mode de fonctionnement. J’irai jusqu’à dire que l’Australie fait partie de notre futur. En quelque sorte, la campagne 2007 commence à Perth… »
Le troisième titre ‘Constructeurs’ consécutif est acquis à Citroën. Est-ce que cela veut dire que vos deux équipages auront carte blanche ? « A priori oui. Je leur demanderai toutefois de veiller à ne pas se faire mal.
Le Rallye d’Australie est une épreuve faite de spéciales très rapides au sol instable, avec des arbres souvent très proches. Si nous pouvons en outre éviter de casser du matériel, cela vaut mieux. Cela fait aussi partie de la maîtrise des budgets… »
…à Sébastien Loeb…
Citroën a annoncé son retour en 2007, vous êtes fixé sur votre futur. Réaction ? « Citroën a pu prendre la décision que nous souhaitions tous.
Je suis d’abord très heureux pour l’équipe. Personnellement, je suis également soulagé, content d’avoir coché la bonne case en prenant le risque d’attendre. Et puis, je suis excité à l’idée de participer, quasiment dès le début, au développement de C4 WRC.
Lorsque Guy Fréquelin m’a confié une Xsara WRC au Sanremo 2001, la voiture était déjà redoutablement affûtée sur asphalte. Là, je vais vraiment voir grandir le ‘bébé’, je vais être de ceux qui vont l’élever. C’est une responsabilité nouvelle, un challenge passionnant… J’ai hâte de commencer ! »
Auparavant, il faut aller conclure votre extraordinaire saison à Perth… « Pour être tout à fait franc, entreprendre le long voyage jusqu’à Perth après la série Grande-Bretagne-Japon-Corse-Catalogne, groupée en un mois et demi ne me fait pas bondir de joie. Par contre, une fois sur place, cela va être comme d’habitude.
Je vais être ‘boosté’ par l’idée de disputer le rallye, par le plaisir de piloter, par l’envie de gagner. Nous allons là-bas totalement libérés, je sais que si nous ne gagnons pas ce ne sera pas dramatique. Mais je vais tout de même essayer. La deuxième place acquise dans cette épreuve difficile m’a permis en 2003 de franchir un cap, d’être reconnu capable de gagner partout.
J’ai remporté ce rallye en 2004, je suis en somme le ‘tenant du titre’. Autant de raisons qui m’incitent à tenter d’obtenir la victoire… » Nous n’avons pas parlé de ‘balayage’ le premier jour depuis un moment.
Mais en Australie, le sujet est incontournable… « Ces deux dernières années, les pluies précédant le rallye nous ont aidés à ‘limiter la casse’ en rencontrant des conditions de route qui n’étaient pas trop pénalisantes. Selon les spéciales on trouve plusieurs cas. Parfois, il y a une nappe de billes à chasser.
Parfois subsistent les traces des recos, mais ce ne sont pas des traces ‘de course’ et il est difficile de rester dedans lorsqu’on est à l’attaque. Pour le moral, on se dit que le deuxième et le troisième sur la route sont logés peu ou prou à la même enseigne. Sauf que parfois une seule trace, la mienne, leur suffit à trouver le sol dur. Alors les temps partiels tombent, on voit que l’on ‘reçoit’ et qu’on est impuissant. C’est sûr que ça énerve. Mais le piège serait justement de s’énerver, et de risquer de faire une bêtise. La première étape en Australie c’est l’école de la patience. Il faut rouler au mieux le vendredi et voir le soir ce qui est possible pour la suite… »
… et à François Duval…
Votre première participation en Australie date de 2001.
Vous avez terminé troisième du groupe N. Comment s’est passé votre découverte du pays et des spéciales ? « Superbement ! Je n’avais jamais vu de kangourou.
Je me suis vraiment amusé, ce fut une super semaine. J’avais effectué de bonnes reconnaissances. En Groupe N, nous roulions dans les spéciales alors que beaucoup de voitures étaient déjà passées. Le sol était donc balayé, nous n’étions pas confrontés au classique problème des billes australiennes. » Vous comptez aussi trois participations en WRC dont une, l’an dernier terminée sur le podium…
« En 2002, j’ai abandonné après avoir pris un petit arbre dans la portière. En 2003, je crois que j’ai eu des problèmes d’hydraulique. L’an dernier, tout s’est bien passé. En roulant en WRC, on a parfois une piste très glissante. Mais ma position sur la route a souvent été bonne.
Cette fois, je vais rouler vendredi en cinquième position, je crois. Ce sera probablement encore délicat, très glissant. Une bonne position, en Australie, c’est au moins dixième sur la route. » Guy Fréquelin a décidé de laisser carte blanche à ses deux équipages. Quelle cadence allez-vous adopter, quel est votre objectif en terme de classement… « Je ne me fixe pas de place à atteindre. Sur ce terrain, je ne pense pas pouvoir me battre pour gagner. Je vais là-bas pour montrer que je peux signer de bons temps et garder la voiture sur la route… »
Message édité par ellewrc le 07-11-2005 à 18:41:35