Voici ces impressions lors de ce dernier Mont Carlos
SÉBASTIEN LOEB, huitième vendredi, a tout donné pour revenir à la deuxième place du rallye, derrière Grönholm.
Quand il revint à Monaco, Sébastien Loeb ne fut pas accueilli comme d’habitude par Guy Fréquelin mais par Marc Van Dalen, patron duTeam Kronos chargé cette année de faire courir les Citroën. « Nous n’avons aucune frustration, plutôt un sentiment de fierté », précisa aussitôt le Belge. Sans sa sortie de route de vendredi, le double champion du monde aurait certes décroché haut la main une nouvelle victoire, mais quand
il raconta sa remontée échevelée ce fut sans vrais regrets.
– VOUS AVEZ ÉTÉ intouchable en vitesse pure mais vous n’avez pas gagné…
– Le Monte-Carlo, je l’avais gagné trois fois de suite, ça aurait fait quatre, mais on ne peut pas toujours tout gagner, forcément ! On le gagnera l’année prochaine et ça ira encore mieux, mais l’objectif c’est le Championnat. J’ai fait une faute vendredi, c’est sûr que c’est con !
Surtout comme ça, en début de course, alors que j’étais déjà bien en
tête, mais cette faute aurait pu nous coûter beaucoup plus cher. Le point positif, c’est que la course a été nettement plus amusante que si j’avais passé les deux derniers jours à gérer. Au départ, samedi, on était huitième, on n’avait pas grandchose à perdre et il fallait revenir au
maximum. Vu de l’intérieur, ça a été passionnant. Une belle bagarre… Je suis content de ne pas avoir refait de faute parce qu’on a été à la limite tout le temps. Comme on finit deuxième, ma sortie de route de vendredi ne coûte que deux points au Championnat.
– Vous n’avez donc aucun regret ?
– Si, forcément. La faute, c’est quand même moi qui l’ai faite ! Je ne peux en vouloir qu’à moi, c’est comme ça et il faut l’accepter. Mais c’est un rallye piégeux, ça arrive. On a quand même bien rattrapé le coup. Ce Monte-Carlo est le plus difficile que j’ai fait. Les précédents, je m’étais souvent retrouvé avec un peu d’avance, en situation de commencer à gérer. Là, c’était tout l’inverse. J’étais derrière et jusqu’à la fin c’était la grosse attaque !
– Vous arrachez la deuxième place à Gardemeister dans l’ultime spéciale. Avez-vous craint de ne pas y arriver ?
– Non, mais il a vraiment fallu y aller ! Sur la dernière boucle, dans la première spéciale, je ne lui mets que 2 secondes. Restaient 12 secondes, et je ne lui en mets que 6 dans la suivante. Donc, il y avait encore 6 secondes à rattraper dans la dernière, ça se faisait vraiment petit à petit ! Gardemeister roulait bien, comme toujours en fin de course. En plus, sa voiture n’avait pas de balise et je ne connaissais pas ses intermédiaires. J’étais obligé de rouler à bloc jusqu’au bout sans me poser de questions. Au final, dans le Turini, je lui en mets plus de 27… Ce n’était pas la peine d’aller aussi vite !
– Pour cette dernière boucle, vous aviez des pneus demicloutés,
comme Gardemeister, alors que Stohl, qui n’avait que 26’’ de retard sur vous, avait tenté les slicks. Ça vous a inquiété ?
– Quand on a vu qu’on ne lui mettait « que » 40’’ dans la une, celle où il y avait la glace et la neige, on a commencé à transpirer un peu. Je me suis dit que dans la deux, sur le sec, il allait vraiment falloir dégoupiller, sinon il allait revenir ! Finalement, on a bien limité sa remontée, on avait encore une minute d’avance sur lui avant le Turini.
– Pouvez-vous déjà faire un peu de prospective sur la suite de la saison ?
– Le Monte-Carlo est un rallye spécifique où je me suis toujours senti
très à l’aise. À chaque fois que je l’ai couru, j’ai été le plus rapide. Et puis, avec les conditions d’adhérence changeantes, ici c’est le niveau d’attaque du pilote qui fait la différence. On peut faire de gros écarts. Sur les autres rallyes asphalte, en étant à bloc, on colle deux secondes à l’autre et on ne peut pas faire mieux : la différence, c’est la voiture qui la fait. Je crois quand même que sur asphalte la Xsara est toujours dans le coup. Jamais, en performance pure, on n’avait dominé un Monte-Carlo à ce point. Ça prouve qu’on a bien compris le système des nouveaux différentiels mécaniques. Il faudra quand même attendre la Suède, sur la neige, et le Mexique, sur la terre, pour connaître le potentiel de toutes les voitures et voir si on sera en mesure de se battre pour conserver le titre. Ici, Grönholm a bien géré sa course, il a su lâcher ce qu’il fallait sans prendre de risques. Pour sa première course avec Ford, il a fait un super résultat. Il ne faut pas oublier Solberg, mais Marcus, dans une bonne voiture, ça peut être l’adversaire numéro 1 !
– Quel bilan tirez-vous du passage de Citroën Sport à Kronos ?
– Ça se met en route, tout le monde apprend encore à se connaître mais ça fonctionne déjà très bien. C’est pour ça qu’il était important de conserver certaines personnes, comme Didier Clément, mon responsable de voiture. Il fallait qu’il explique aux mécaniciens de Kronos la façon dont nous travaillons chez Citroën Sport. C’est quand même une autre équipe, puisque ce n’est plus Guy Fréquelin qui dirige. C’est Marc Van Dalen, mais ça s’est très bien passé, et en plus il y a une bonne ambiance.
– À propos, avez-vous compté le nombre de fois où Guy Fréquelin vous a téléphoné pendant le rallye ?
– Euh… non !
– Beaucoup ?
– Ouais, pas mal…
Propos recueillis
par DIDIER BRAILLON
© L'Equipe – 23/01/2006