Michael Schumacher est plutôt à placer au troisième rang dans l'histoire du championnat du monde des conducteurs derrière Juan-Manuel Fangio, premier, et Jim Clark, deuxième. A ce sujet, il est d'ailleurs permis de s'intéresser à l'opinion d'un authentique connaisseur du sport automobile qui n'est pas soupçonné de chercher à dénigrer le septuple champion allemand à tout bout de champ ; il s'agit de Jean Todt. Au moment où son pilote fétiche raccrochait son casque, le Français a dressé un bilan qui a été largement repris dans une dépêche que je reproduis ci-dessous dans son intégralité et dont les trois derniers paragraphes méritent particulièrement de retenir l'attention.
f1-live
23/10/06 à 11:35
Jean Todt n’a pas de regret
La fin d’une époque, le début d’une autre
La Scuderia Ferrari n’a pas à avoir honte malgré sa défaite face à Renault pour l’attribution des titres mondiaux – c’est ce que prêche son directeur, Jean Todt au terme d’une saison haletante marquée par la retraite de Michael Schumacher.
Todt juge que l'équipe peut être fière de ce qu'elle a réalisé cette année - en particulier d’avoir retrouvé les sommets après une saison décevante en 2005 et un début chaotique en 2006.
« Dans un sens, c’est une bonne chose que le championnat soit terminé. Nous sommes un peu déçus parce que - même si nous avons gagné 9 des 18 Grand Prix de la saison - sept pour Michael, deux pour Felipe - nous aurions préféré remporter au moins un titre mondial » déclarait Jean Todt.
En dépit de la formidable victoire obtenue par Felipe Massa, l’équipe italienne est repartie du Brésil sans la moindre couronne.
« Cela ne s’est pas produit - nos adversaires étaient très forts, et ils sont simplement parvenus à marquer plus de points que nous » reconnaissait-il. « Ceci-dit, je pense que Ferrari a été très performant cette année. L’une des plus belles récompenses est probablement de voir la qualité de l'équipe, des gens et l’ambiance qui règne dans l’équipe.»
« Nous avons de grands pilotes, de grands ingénieurs, des grands mécaniciens, des grands associés - et c'est un chapitre qui se termine suite à la décision de Michael de prendre sa retraite. Je suis triste à ce sujet, même si je partage sa décision et que je la comprends très bien » ajoutait Todt.
« Michael aurait plutôt préféré s’en aller avec un résultat différent – mais, je crois qu’il a encore démontré quel genre de guerrier il est ! Nous n'étions pas assez fiables lors des deux dernières courses – nous en payons le prix fort » admettait-il. « C’est juste, nous n’avons pas à nous plaindre. Maintenant – nous devons clôturer le chapitre - et en ouvrir un autre. Ça fait partie de l'histoire de Ferrari. »
Quoi qu’il en soit - un nouveau chapitre dans la longue histoire de Ferrari va bientôt commencer. « Premièrement - nous sommes le 23 octobre, nous avons donc environ cinq mois avant de commencer un autre championnat. Nous ferons tout ce que nous pouvons pour mieux débuter la saison 2007 que cette année - parce que nous savons que c’est très important de marquer un maximum de points au début du championnat » soulignait Todt.
« Ce sera certainement différent l’année prochaine, ça ne sera jamais plus la même choses sans Michael, en particulier pour les gens qui ont travaillé avec lui - comme moi – pendant tant d'années » avouait Jean Todt. « Notre collaboration a été fantastique- et même si Michael restera dans la famille, ça sera assurément différent. Nous ferons de notre mieux - comme nous l’avons toujours fait, parfois avec grand succès, parfois sans succès ! »
Michael Schumacher est définitivement entrée dans l’histoire dimanche, au terme d’une carrière aussi brillante que controversée. C’est la fin d’une époque... Etait-il le plus fort que la F1 ait jamais connu, qui peut le dire ?
« Je n'ai aucun élément qui me permettrait de dire que Michael est le meilleur pilote de l’histoire de la F1 » affirmait Todt. « Comment pourrais-je me permettre de dire qu’il est plus fort que Juan Manuel Fangio ou Jim Clark... il est certainement parmi les meilleurs pilotes de l’histoire de la course automobile, mais pour comparer des choses, il faut le faire à des moments identiques. Son règne est terminé ! »
« Je dirais - avec tout le respect, le degré de confiance et l'admiration que j’ai pour lui – que la F1 est devenue beaucoup plus sûre comparé à ce qu’elle était il y a 15, 20, 30 ou 40 ans. Un grand hommage à ceux qui ont permis cela ainsi qu’aux anciens pilotes de F1 » concluait Jean Todt.
J-P.K
© CAPSIS International
Mon opinion rejoint celle de Todt aussi bien pour ce qui est des noms des deux seuls pilotes qui peuvent faire de l'ombre au septuple champion du monde qu'au sujet de l'importance qu'il y a lieu d'attribuer, quand on cherche à établir un classement intergénérationnel, à la diminution graduelle de la dangerosité en formule 1 à mesure que le temps s'est écoulé.
Sur ce dernier point, nous disposons d'ailleurs d'une déclaration de l'Argentin concernant le fameux grand prix d'Allemagne 1957 disputé sur la Nordschleife du Nürburgring. Les derniers mots de cette déclaration sont remarquables en ceci qu'on n'imagine pas qu'ils puissent encore être tenus par un pilote de l'époque actuelle :
Juan-Manuel Fangio : "Je pense que j’étais possédé ce jour là. Jamais je n’avais conduit comme ça auparavant et jamais je n’ai reconduit de cette façon. Partout, j’étais à la limite, ma voiture était à la limite et sans doute même au delà. Pour la première fois de ma vie, j’ai pris des risques et, pendant plusieurs nuits, j’ai eu du mal à trouver le sommeil."
Une autre manière de comprendre ce que l'Argentin avait de magique consiste à s'imprégner de l'opinion de celui qui, en raison de son âge et de son regard expert, est probablement la personne la mieux placée au monde pour désigner le meilleur pilote de tous les temps :
Stirling Moss : « Outre le fait qu’il avait une aptitude rare à contrôler une monoplace à haute vitesse, Fangio possédait une capacité de concentration incroyable. Il pouvait se montrer vraiment très rapide, et ce quelque soient les conditions, il arrivait toujours à aller chercher le petit dixième qui faisait la différence. Son pilotage n’avait pourtant rien de spectaculaire, mais tout semblait couler, sans qu’il ne dût faire le moindre effort. Fangio incarnait deux notions qui malheureusement sont devenues rares de nos jours : la sportivité et l’honneur. »
« C’était un pilote fair-play et un vrai gentleman. Si un autre pilote adoptait un comportement qu’il jugeait incorrect envers lui, il se contentait d’agiter un doigt réprobateur, ce qui, venant de Fangio, était très intimidant. J’ai eu l’honneur de piloter au côté du meilleur pilote de l’histoire et cela m’a apporté beaucoup. Autant sur le plan du pilote qu’en tant qu’homme. Il n’a couru que 8 saisons au plus haut niveau mais sa légende survivra. Il reste LA référence dans le sport automobile. Il était dans une classe à part. »
Des propos de Jean Todt que j'ai rapportés plus haut, on n'est certes pas fondé à déduire catégoriquement que Michael Schumacher fut inférieur à Fangio et à Clark mais c'est en vain que l'on chercherait chez les deux derniers cités des épisodes qui ressemblent à la trilogie infernale, à savoir :
- Adélaïde 1994,
- Jerez 1997,
- Rascasse 2006.
Que l'on permette au moins à ceux qui attachent du prix à la dimension éthique du sport d'y voir un élément décisif !
Si cela ne suffit toujours pas, il demeure possible de prendre l'avis de Michael Schumacher en personne. A cet égard, voici ce qui a été écrit à l'occasion du 10ème anniversaire de la mort du maestro argentin :
gp2005
Juan Manuel Fangio nous a quittés il y a 10 ans, le 17 Juillet 1995, victime d'une pneumonie à l'age de 84 ans. Né le 24 Juin 1911, le champion argentin s'est éteint avec le statut de pilote le plus titré de l'histoire de la Formule Un – un record depuis battu par Michael Schumacher – et une aura que personne ne viendra jamais lui contester. Faut-il dire jamais ? En l'espèce le doute n'est pas permis. Le compliment vient du plus haut de la hiérarchie mondiale...
« Ne me comparez pas à Fangio ! » s'était humblement exclamé Michael Schumacher au lendemain de son 5è sceptre, celui qui le faisait l'égal du pilote Argentin dans les statistiques. « Si vous mettez en équation la sécurité et les voitures de l'époque, il est impensable d'imaginer courir aussi vite. Je n'aurais pas pu » reconnaît Michael avec sa franchise et son respect des personnes qui ont posé les fondations de la Formule Un. « On m'a bien évidemment souvent demandé ce que je pensais de Fangio... je m'excuse, mais je ne peux dresser de comparaison car ce que Fangio a fait en son temps est incomparable avec ce que j'ai pu accomplir. Je pense que les efforts qu'il a dû fournir étaient bien plus grands que d'être un simple pilote comme c'est le cas de nos jours, alors que nous avons tant de personnes pour nous entourer, que le travail d'équipe est phénoménal, ce qui n'était pas le cas à l'époque. Je ne pense pas que la comparaison serait judicieuse ni juste, car ce qu'il a fait est tout simplement époustouflant. Tout ce que nous pouvons faire aujourd'hui est petit en comparaison de ce qu'il a accompli. »
(...)
Et pour ne pas me fâcher d'emblée avec Ti-loup70, ci-devant chef de meute et modérateur, je voudrais ajouter trois considérations :
1°) Nul ne peut dire comment Fangio se serait comporté 55 ans plus tard et Schumi 55 ans plus tôt.
2°) De toute manière, les comparaisons entre pilotes ont toujours un côté suspect et c'est spécialement vrai quand une longue période les séparent, de sorte qu'il vaut mieux se garder de prendre complètement au sérieux ce genre de classement.
3°) On n'est pas obligé de tenir pour déshonorante une troisième place au panthéon des as du volant.
Message édité par Homard49 le 27-06-2009 à 02:52:17