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Range Rover Evoque 2WD : futile et utile
Range Rover est en passe de gagner son pari. Contre toute attente, l'Evoque ne se vend pas au détriment du Freelander : 80 % de ses acheteurs sont des nouveaux-venus à la marque, qui le préfèrent en version 4x4. Restait à prouver qu'il mérite son blason prestigieux en deux roues motrices aussi.
Il neige. Fort. Il neige de cette neige qui colle aux arbres, entrave le balai des essuie-glaces et grime le visage des voitures jusqu'à les rendre méconnaissables. Les sapins avachis qui bordent la petite route de montagne semblent nous faire la révérence, ultime hommage rendu à deux Parigots courant à leur perte au volant d'une voiture à deux roues motrices. Bienvenue au Tyrol autrichien !
Quelques signes avant-coureurs auraient pourtant dû nous mettre la puce à l'oreille. A commencer par le sourire béat des gens de Land Rover venus nous accueillir à l'aéroport de Munich, deux heures plus tôt. Ces pilotes professionnels sont payés pour mettre à l'épreuve les véhicules — et leurs conducteurs — sur les terrains les plus difficiles d'Europe, histoire de révéler leur plein potentiel. Ils ne sourient qu'une fois assurés d'en avoir donné pour leur argent aux volontaires qui paient pour se soumettre à leur torture, dans le cadre des journées du Land Rover Experience.
"Bonne nouvelle !", avait lancé en guise d'introduction Dougie, notre chef d'expédition anglais au visage poupon. Preuve qu'on ne devrait jamais se fier à l'apparence des gens. "Hier soir, est tombée la première neige de l'année sur le circuit de montagne qui vous attend là-haut, en Autriche", avait-il expliqué, un brin hilare. "Vous avez de la chance. Vous serez parmi les premiers au monde à pouvoir tester sur neige la nouvelle variante à deux roues motrices du Range Rover Evoque." Certes. Mais enfin, avec toute cette neige… Est-ce bien raisonnable ?
Mon inquiétude était montée d'un cran lorsque, au moment de prendre possession des véhicules, j'avais entendu deux vétérans des raids transcontinentaux — le directeur des relations extérieures de Land Rover France et un confrère journaliste, essayeur aguerri — raconter comment, lors de précédents essais, l'équipe de Dougie les avait "mis sur les rotules" en quelques heures. Et comment, au soir d'une journée d'exercices de franchissement ayant mis à mal leurs lombaires et leurs cervicales, ils avaient été invités à repartir pour deux heures de crapahutage nocturne, à la lueur des phares fouilleurs. Sympa mais quelque peu excessif.
Il est comme ça, l'ami Dougie. Et puisqu'il semblait résolu, cette fois encore, à démontrer la supériorité des Range Rover (fussent-elles à deux roues motrices), je m'attendais au pire.
La neige qui tombait dru tandis que nous grimpions en direction de Salzburg, en Autriche, n'était pas pour me rassurer. A notre arrivée sur le circuit de l'automobile club autrichien (ÖAMTC), je sentis le cuir de mes souliers de ville se recroqueviller sous la morsure du froid. Heureusement j'avais alors déjà recouvré un peu de mon courage, rasséréné par l'aisance naturelle dont avait fait preuve notre Evoque 2WD (pour "2-wheel-drive", ou 2 roues motrices) sur les petites routes enneigées menant au domaine.
Il faut dire qu'entre l'aéroport et le circuit, nous n'avions pas hésité à bousculer un peu ce Range Rover en réduction, que nous imaginions taillé pour les beaux quartiers plutôt que pour la vadrouille. L'objectif était de déceler toute variation dans son comportement que pourrait induire la suppression de la boîte de transfert, de l'arbre de transmission et du différentiel arrière. La répartition des masses s'en trouve bousculée, en raison d'un allègement de 72,5 kg par rapport à l'Evoque 4WD.
Sur autoroute, la différence est imperceptible. La direction nous a paru un peu moins informative et la tenue de cap un peu moins précise que celles de l'Evoque 4 roues motrices essayé au mois d'août dernier (lire notre Essai Range Rover Evoque SD4 4WD Diesel de 190 ch), mais ces légères différences peuvent aussi bien être mises sur le compte des trombes d'eau qui inondaient la chaussée que de la gomme plus tendre des pneumatiques hiver, aux sculptures approfondies. Difficile à dire.
Nous n'avons guère eu le loisir de juger de l'équilibre du comportement de l'Evoque 2WD sur petites routes, car la pluie a très vite cédé la place à la neige. Lorsque la chaussée fut devenue aussi blanche que les bas-côtés (voir notre Galerie Photo), nous avons eu maintes fois l'occasion d'apprécier l'adhérence fournie par les pneus Continental ContiWinterContact, en virage serré comme en phase de freinage d'urgence. L'occasion de rappeler l'utilité indiscutable de ce genre d'équipement par temps froid, et pas seulement sur chaussée mouillée.
Revers de la médaille, mon copilote et moi-même avions la désagréable impression que, sans ses pneumatiques spéciaux, le Range Rover Evoque 2WD ne ferait pas mieux qu'une banale berline familiale, simple traction équipée d'un antipatinage…
Dougie et son équipe allaient se charger de nous prouver le contraire. La démonstration sur le circuit aménagé de l'ÖAMTC démarra avec l'exercice des rampes enneigées, conçu pour illustrer la supériorité des aides à la conduite mises au point par Range Rover. Il s'agit du fameux Hill Descent Control (ou HDC) qui évite le blocage des roues en descente sur terrain glissant. Ou bien de l'antipatinage "maison", adapté aux exigences particulières de l'évolution en tous-chemins.
Premier exercice : la descente enneigée
La pente est si abrupte que, arrêté au sommet de la petite butte, le conducteur ne voit plus que le ciel à travers le pare-brise… Heureusement le vaste écran central de l'Evoque retransmet l'image que capture une caméra logée à raz du sol, dans son bouclier avant. Idéal pour s'assurer que "ça passe" lorsqu'on craint que cela "ne casse".
HDC enclenché et réglé au plus lent, l'Evoque se laisse happer par la gravité sans que son pilote ne touche à aucune des pédales : le système sollicite un à un les étriers de frein pour maîtriser l'allure et la trajectoire. Dans cette neige épaisse, il faut tout de même donner un peu de volant pour compenser une amorce de glissade de l'arrière, que l'on soit aux commandes de l'Evoque à deux comme à quatre roues motrices.
Descente avec HDC : match nul.
L'exercice inverse donnera sa première victoire à l'Evoque 4WD, sans que son frère 2WD n'ait à rougir pour autant. Il consiste à exécuter un démarrage en côte. Une particularité : côté gauche, les roues reposent sur une chaussée enneigée ; côté droit, sur un goudron apparent mais quelque peu verglacé. La consigne se résume à mettre les pleins gaz et à observer comment l'antipatinage régule le couple moteur. Le juge de paix sera l'afficheur numérique qui, quelque quarante mètres plus loin, donnera la vitesse atteinte au pied de la descente.
Qu'il soit à deux ou à quatre roues motrices, l'Evoque est facile à lancer, bien aidé par la fonction d'aide au démarrage en côte de son correcteur de trajectoire. L'Evoque 2WD fait longuement patiner ses roues, en quête de la moindre parcelle d'adhérence, et l'on comprend très vite que l'électronique gère mieux la situation lorsque le pied droit reste collé au plancher. L'Evoque conserve ainsi une trajectoire rectiligne et atteint 23 km/h en bas de la pente, contre 30 km/h pour le 4 roues motrices. Lequel patine sensiblement moins et s'arrache plus vigoureusement sans faire hurler son moteur.
Démarrage en côte sur neige : victoire 4WD.
Exercice du départ arrêté
Deux Evoque prennent le départ côte-à-côté sur une surface plane, peinte et arrosée d'eau, simulant parfaitement le verglas. Sans surprise, l'Evoque à transmission intégrale profite de sa motricité supérieure pour prendre le large. Cent mètres après le départ, il devance d'une longueur son frère 2WD dont les roues avant n'en finissent pas de patiner.
Départ arrêté : victoire 4WD.
Evitement et freinage
L'exercice suivant consiste à simuler un obstacle en courbe. Le conducteur freine en entrée de virage et sent l'arrière de son véhicule déraper vers l'extérieur. L'action du correcteur de trajectoire s'avère d'une efficacité voisine sur les deux véhicules, chacun doté de l'amortissement piloté avec amortisseurs à fluide magnéto-rhéologique. En revanche, le conducteur de l'Evoque 4WD dispose d'une motricité qui lui permet de participer activement à la maîtrise de la dérive. Il lui suffit de mettre les gaz et de trouver la juste dose de contre-braquage. De sorte que l'intégrale s'extraie du virage plus vite et en meilleure posture que la simple traction.
Le constat est identique à l'issue de la simulation d'une manœuvre d'évitement : la transmission intégrale n'offre un avantage qu'au conducteur qui a la présence d'esprit de remettre les gaz pour aider à rétablir la trajectoire. Pas évident.
Virage et évitement : victoire 4WD. Du moins pour ceux qui ont la présence d'esprit d'en exploiter les bénéfices.
Au final et au risque d'enfoncer une porte ouverte, nous ne conseillerons l'achat de la version à quatre roues motrices du Range Rover Evoque qu'aux amateurs de sports d'hiver et aux habitants des régions souvent enneigées. Ainsi qu'à ceux qui ne dédaignent pas offrir un bain de boue périodique à leur véhicule de loisirs. Les autres sauront se satisfaire d'un Evoque simple traction, dont l'allure ne laisse rien présager de la simplification de sa transmission. Ils trouveront dans la liste des équipements optionnels mille façons de dépenser la somme épargnée sur le prix d'achat.
Difficile en effet de résister aux tentations qu'offre l'Evoque, lequel sacrifie à la mode de la personnalisation en multipliant les habillages et les accessoires high-tech. De quoi en faire le plus futile des Range Rover, mais un Ranger Rover à part entière quand même.
En résumé
Les +
Allure séductrice en diable, pas entamée en 2 roues motrices
Confort préservé en modes Normal et Neige
Comportement routier très efficace en 2 roues motrices aussi
Consommation en conduite souple (Diesel 150 ch, 129 g/km CO2)
Les -
Visibilité arrière et périphérique compromise
Accessibilité des places arrière (carrosserie 3 portes)
Prix en rapport avec ses velléités haut-de-gamme