Il était une fois… Un tyran. Un tyran qui s’appelait Pikarrso
Et ce tyran ne pouvait pas avoir d’enfants. - Si moi je n’en ai pas, personne n’en aura !
Aussi ordonna-t-il de faire massacrer tous les enfants de son pays pour être libéré de cette obsession.
Ce petit pays appelé autrefois le pays du sourire devint alors le pays des pluies et des larmes.
À la frontière de cet infortuné pays, dans l’ignorance de la folie tyrannique, il y avait un petit garçon.
Il allait avoir dix ans. Il s’appelait Romain.
C’était un pauvre petit paysan qui vivait péniblement du riz qu’il plantait avec sa mère et sa sœur.
Romain et dyp étaient les deux derniers enfants de ce pays remplis de pleurs. Les tueurs surgirent pressés d’en finir.
La mère s’interposa. Elle fut tuée en protégeant la fuite de ses enfants.
Romain et dyp réussirent à se sauver au-delà des frontières.
Là, au cœur des forêts, ils se crurent sauvés.
Mais soudain, les deux enfants entendent un rugissement. C’est un tigre Zastava prisonnier d’un piège.
Romain n’écoutant que son cœur, ouvre la cage.
Le tigre se tord de douleurs tant son ventre est creux.
Et aussitôt, l’ignoble bête prétend boulotter ses bienfaiteurs.
Romain ne se laisse pas faire. Il crie. Il hurle. Il proteste. Il appelle.
Un brave ouistiti s’interpose. Il plaide en leur faveur. Reproche son ingratitude au cruel félin.
- On ne peut pas tout de même reprocher au tigre, sa tigritude.
- Ce petit garçon n’a écouté que son cœur, il est bon.
- Oui, tu as parfaitement raison, il est bon. Juteux et savoureux.
Le petit singe réputé pour emberlificoter les raisonnements les plus simples, embrouille le tigre. Ses arguments font mouche. Le tigre pour toute réponse rétorque que les hommes sont plus cruels que lui. Ils tuent, pillent, massacrent non pas pour se sustenter mais pour le plaisir… Le Singe contredit aussitôt de tels dires. Il montre et démontre la mauvaise foi de celui qui prétend bâfrer un innocent. Un exemple de plaidoirie devant tant de mauvaises fois du tigre qui affirment que les hommes sont : 1. Cupides, 2. Cruels. 3. Haineux. 4. Irresponsables. 5. Racistes. 6. Egoïstes. 7. Imprévoyants. 8. Prétentieux…
Le tigre las de discourir consent à être magnanime. Il accepte de surseoir à son repas. Mais à une condition ! Que Sutho lui déniche un animal, un seul, quel qu’il soit - une puce, un pou, un paon - qui lui dise du bien des hommes.
- En attendant ta sœur reste avec moi, car si je suis magnanime, je n’en suis pas pour autant bête.
Si tu parviens à tes fins, je libérerai dyp et deviendrai végétarien.
Ainsi, commencent les pérégrinations de Romain et de son singe en quête d’un animal qui loue la bonté des hommes.
Hanuman (car tel est le nom du petit Singe hâbleur) affirme sûr de lui :
- J’ai dans le pays du grand équilibre, une amie. Une méduse tout ce qu’il y a de plus belle… Et qui est la fille unique de la reine du fil d’argent.
Elle se marie au fils du roi de la perle. Un calamar tout ce qui est de plus digne.
Je suis de la noce. Elle témoignera de la bonté humaine car elle gagne beaucoup dans son commerce avec les hommes.
Notre tigre deviendra végétarien, sois sans crainte.
Les noces sont somptueuses.
Notre singe raconte avec admiration la soudaine fortune de son amie. La mère fit dans le fil translucide. Le fabriqua à pas cher (ses ouvrières, elles aussi n’étaient pas payées cher !). Et vendit le fil aux hommes qui étaient très contents d’avoir du fil à pas cher.
Et de fil en aiguilles, la mère ouvrit des usines qui faisaient dans le fil si peu cher que bientôt il n’y eût de par le monde que ses usines à elle pour fabriquer le fil à pas cher. Et pour devenir plus riche encore, la reine mère eût l’idée de ce judicieux mariage. Sa fille épousera le fils de la perle fine et ensemble, ils enfileront des colliers de perles que les hommes seront très contents de les acheter à pas cher. C’est bien vu, non ?
Et pour fêter leur union et leur bonne fortune, ils n’ont pas regardé à la dépense. En une seconde, ils dépensent bien plus que les salaires de toutes les vies des mille ouvriers qui pourtant triment dur dans leurs manufactures.
Les dépenses sont si clinquantes dans ce grand empire qui pourtant depuis des années promet le grand équilibre et des lendemains qui brillent, que les prolétaires du nouveau consortium sont indignés.
Furieux, courroucés, ils sortent des quartiers populaires où ils vivent difficilement et manifestent:
- Nous n’enfilerons pas des perles pour des clous !
Les nouveaux mariés furieux d’être dérangés dans leurs justes noces envoient leurs crabes.
Et c’est un pugilat sur la place de l’Amitié où bientôt ne reste debout qu’un seul petit calamar malingre face à une rangée de crabes prêts à l’écrabouiller…
- Cette Méduse est bien trop cupide, le tigre a raison !.
- Elle n’est pas cupide, Sutho. Elle est capitaliste !
Sutho qui n’est pas sensible à la nuance, se désespère :
- Nous ne trouverons jamais un animal bien qui dise du bien des hommes ?
- Je connais un ami qui ne crèche pas loin. Un gecko qui vit grassement en compagnie des hommes. Il se fera bien volontiers le chantre de la bonté des humains.
Mais - hélas, trois fois hélas… - et pourquoi faut-il qu’il y ait beaucoup de mais dans notre histoire ? Mais, notre gecko - autrefois copain comme cochon avec notre bavard impénitent - est estropié à cause d’une petite querelle que les hommes n’ont su apaiser. Une petite querelle qui a vite dégénéré : le propriétaire de la maison où notre gecko créchait voulait se marier. Il part faire sa demande. Laisse sa vieille mère à la maison.
C’est alors que notre gecko est asticoté par un vaurien. Il prétend lui ravir sa place. Le gecko appelle à l’aide. Au Secours !
Aucun des animaux de la basse-cour ne souhaite intervenir. Ni le chien enchaîné à sa niche, ni le cheval qui ne veut pas se mêler de basse police, ni le coq qui a d’autres chats à fouetter, ni la vache qui rumine…
L’asticoteur met le feu au toit, et le toit embrasé tombe sur la vieille mère.
La mère est brûlée au trente sixième degré, le fils alerté est horrifié, il fait chercher son frère. L’étalon est fouetté à l’aller comme au retour. La bouche en sang, les naseaux en feu, son cœur éclate et comme il faut bien nourrir la famille qui accourt aux funérailles de la vieille mère qui trépasse, le coq est plumé, la vache est débitée…
Le frère s’étant enivré crie que tout ça c’est de la faute de son frère, que s’il n’avait pas laissé sa vieille mère seule… Les deux frères se battent. Un pugilat saignant. La fiancée délaissée revient chez elle. Elle se dit déshonorée. Sa famille demande réparation…
Depuis, nul ne sait qui est avec qui et ni pourquoi tous se déchirent, se haïssent et crient vengeance.
L’île de la paix éternelle est devenue l’île de la guerre permanente.
Romain se désespère. Le tigre a raison. Les hommes sont haineux et n’aiment que la haine ! Pourquoi ?
À cette question, notre Hanuman pourtant si guilleret n’a pas de réponse.
Il a juste une nouvelle idée : poursuivre son chemin et partir en quête de son ami Pégase le crack.
Et les voilà, de nouveau en route vers cet ami qui dira du bien des hommes.
Cet ami vit dans des contrées froides que l’on appelle le pays de l’envers et l’endroit. Un jour, les riches qui n’y sont pas nombreux, dominent les pauvres qui sont très pauvres et très nombreux. Le lendemain, les pauvres renversent les riches et quelques uns (peu nombreux – ceux qui gèrent la dictature du prolétariat) ceux qui étaient pauvres dominent les pauvres qui sont restés pauvres et les riches qui sont devenus pauvres car on leur a tout pris. Puis, le surlendemain, quelques nouveaux riches disent qu’avant c’était mieux. Et tout redevient comme avant, mais autrement, les nouveaux riches (encore moins nombreux) dominent ceux qui sont toujours pauvres et toujours plus nombreux…
Romain n’a rien compris à cette leçon d’histoire. Il n’a vu que les miséreux et qui sont restés misérables…
Hanuman lui répond qu’il ne comprendra décidément jamais rien au fonctionnement des sociétés humaines.
- Ah mon brave Pégase, te voilà ! Mais… Mais - encore un mais ! - Hanuman l’intrépide ne peut que constater que Pégase, son ami le crack, qui volait au-dessus des pistes aurait bien volontiers loué la bonté humaine mais les infortunes l’ont épuisé. Le crack Pégase n’est plus qu’une carne malheureuse.
- Dès ma naissance, je fus haï… Les riches déjà détestaient mes taches blanches. Quand ce fut la dictature du prolétariat, ce fut à cause de mes taches noires ! Est-ce ma faute si je suis pie ?
- Mais parfois tu fus chéri ?
- Oui, une seule fois de ma vie. Quand un pauvre très pauvre s’aperçut que je pouvais courir plus vite que mes semblables. Il gagna des fortunes au point de changer de camp. De prolétaire, il devint nouveau riche. Il oublia les couleurs de ma robe et tous ceux qui gagnaient grâce à mes courses folles oublièrent les tâches qui les incommodaient tant.
Et puis un jour, je me rompis le cou… Je ne valais plus rien. Mes tâches firent de nouveau horreur, je fus à nouveau ce que j’avais été : un souffre-douleur.
Romain s’interroge : Le tigre a encore raison, les hommes sont racistes. Tu ne le crois pas Hanuman ?
À cette question, le singe n’a qu’une réponse. Il est bien obligé de dire oui.
Et Romain n’a pas le cœur à demander au malheureux de le suivre dire du bien des hommes car il sait d’avance que la réponse sera : non.
Le voyage se poursuit. Et toujours les mêmes déconvenues : aucun animal qui veuille dire du bien des hommes.
Ils croisent des ânes, des mules déçus par l’ingratitude de leurs muletiers, des moutons égorgés qui baignaient dans leur sang, des chèvres pleurant leur chevreau…
Sauf parfois, dans un paysage paisible, un paysan décharné prenant soin avec bienveillance de son buffle qui l’accompagne dans son travail.
Mais Romain n’a pas le cœur à emmener le buffle et en priver son ami car sans lui que deviendrait le pauvre paysan ?
D’autant que Hanuman n’est pas à bout de ressources. Il a eu un coup de cœur autrefois, une sublime chatte persane… Ishtar. À Bagdad ….
Mais (encore un mais !) en route pour Bagdad, ils apprennent que leur amie n’y est plus… Pour cause d’envahissement des libérateurs…
Encore une histoire inextricable… Encore une histoire impossible à comprendre pour un petit voyageur d’à peine dix ans.
Mais depuis sa libération, attentats et crimes ravagent Bagdad.
Ils suivent la cohorte des réfugiés jusqu’au pays de la Porte sublime. Nos deux amis se retrouvent à Istanbul, à la recherche d’Ishtar.
Et pour la retrouver, nos deux amis chantent un rap bien balancé: « Je cherche après Ishtar mais crains ne la trouver que trop tard… »
Mais - et dans notre histoire, il y a toujours de nouveaux mais qui gâtent tout - notre charmante Ishtar ne se montre pas. Pourquoi ?
Parce que leur explique un aimable Stambouliote Ishtar comme beaucoup de réfugiée a demandé l’asile politique à l’Europe et cette demande lui a été refusée. Il y avait plus de 170 000 réfugiés irakiens à appeler au secours. Seuls 90 ont reçu une réponse positive… Chiffres officiels.
Depuis Ishtar se cache de peur d’être jetée en prison et réexpédiée dans son pays où il ne fait plus bon vivre.
À force de chanter à tue-tête, un vieux chat se manifeste. Il est réfugié et Afghan. Il connaît Ishtar et les mène après de la belle réfugiée.
Sa vie de réfugiée l’a rendue amère et cruelle mais c’est la vie ! dit-elle résignée. Autrement dit, elle n’a plus de vie du tout.
Ne sachant plus où aller, ni que faire, elle est prête à suivre nos amis et à dire au tigre ce qu’ils voudront.
Mais (oui, encore un mais), quand ils allaient se mettre en route, elle est embarquée par la police avec nos deux amis qui eux non plus sont sans papiers.
- Ne suis-je pas un citoyen du monde ? Et n’ai-je pas le droit d’être un étranger ? N’ont-ils jamais été étrangers à quelqu’un ?
- Tu m’embêtes avec toutes tes questions ! répond Hanuman excédé.
Mais – mais cette fois, le mais est de bon augure - notre narrateur devant les récriminations de son fils qui trouve que « trop, c’est trop, cette histoire est trop triste ! » libère notre vaillant Sutho d’un coup de trombone magique.
Nos deux amis s’enfuient par les toits.
Et attirés par une musique envoûtante, ils se faufilent dans un lieu où des derviches tout de blanc vêtus tournent et tournent…
Sutho est fasciné par un jeune derviche. Ce jeune sage donne au petit garçon et pour la première fois dans notre histoire, le désir d’être un humain.
- Je veux rester avec toi. Tu seras mon maître. Je deviendrai bon. Je cajolerai un rat qui finira bien par dire du bien des hommes et ma sœur ne sera pas mangée.
- Ce n’est pas moi qui suis ton maître, c’est la route que tu suis… C’est en suivant ta route que tu deviendras un homme. Au bout de ta route, tu trouveras une petite vallée. On l’appelle la bien nommée, la vallée heureuse. Dans cette vallée, il y a un pommier. Et dans ce pommier, il y a une pomme. Et dans cette pomme, il y a un ver. Ce ver te dira du bien des hommes qui chérissent ces pommiers.
Mais, sur la route de la vallée heureuse, nouvelle épreuve. Le redoutable Mondiablo a sévi dans les vergers. Les pommes dont les saveurs étaient si nuancées - au point que les hommes se demandaient toujours lesquelles ils préféraient - ont été éradiquées au profit de l’insipide pomme bleue et carrée.
Insipide ? Comme ça tout le monde s’accorde sans contester sur son insipidité.
Carrée ? Car must du must, elle est carrée parce qu’ainsi plus facile à transporter.
Bleue parce qu’elle est séduisante pour les publicités et que le perfide Mondiablo a fait que le bleu de la pomme – must du must - a dorénavant et à jamais - horreur que le ver soit dans le fruit.
Où maintenant trouver ce ver puisqu’il a été chassé de son paradis ?
Où trouver la vallée heureuse ? Existe-t-elle encore ? Mondiablo l’aurait-il épargnée ?
Pour le lancement médiatique de cette pomme carrée, et à la grande jouissance de ses invités, Mondiablo retient prisonnier l’ancien roi déchu des pommes.
Sa majesté détrônée est accompagnée de son malheureux Premier Ministre. Le célèbre Pomodor.
Romain s’approche de la cage où Mondiablo a enfermé le monarque sans couronne.
De sa voix de petit garçon, Romain interroge : – Seriez-vous où se trouve au juste la vallée heureuse ?
Pomodor pense savoir où elle se trouve la vallée heureuse…
- C’est bien une vallée heureuse même si elle a un seul pommier, mon garçon ?
- Sans doute…
- Et c’est bien un beau pommier même s’il a une seule pomme ?
- Assurément !
- Et c’est bien une bonne pomme même si dedans, il y a un petit ver qui s’y prélasse ?
- Oui, c’est bien.
La vallée heureuse n’est de fait qu’un petit jardin qui ressemble fort à celui de notre vrai Romain.
Mais, qu’importe, Romain, le roi des pommes déchu et son ministre d’état trouvent dans la chair pulpeuse de l’unique pomme de jardin, un petit ver heureux.
Romain profite de ce bonheur pour lui faire dire du bien des pommes…. Euh ! non des hommes.
Et pour le récompenser, Pomodor qui est un peu devin – un devin qui, avec son seul fluide miraculeux de cryofloribondité, fait fructifier en un tour de main le pommier qui se couvre de pommes rouges, jaunes, vertes et même d’or…
Enfin, bref…
Revenu près du tigre avec la preuve flagrante que les hommes sont bons, Romain constate que sa sœur dyp (qui a bien grandi depuis le temps qu’elle attend) ne s’en est pas laissé conter et le félin furieux qui sortait griffes et montrait les dents, n’est plus qu’un gros chat docile devenu végétarien, maté par la sœurette. Preuve supplémentaire nous dira le tigre que les hommes et les femmes ne sont pas vraiment bons !
Entre-temps, et parce que dans un synopsis, on ne peut pas tout raconter, il y a bien d’autres péripéties - toutes prouvant bien sûr la grande sagesse des hommes… - et comme tout est bien qui finit bien, notre Romain après proposition unanime sera élu par les habitants de la vallée heureuse petit roi des pommes de jardin.
Et aura pour privilège le droit de manger autant de pommes qu’il veut… avant de repartir sur les chemins du monde.

Message édité par Pikarrso le 29-06-2009 à 00:30:32