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Et plus si affinité... gros matou inside.

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n°2626
savilleRW   profil
That's Argh! That's Argh!Argh!
Profil : Routard
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Posté le 29-03-2008 à 00:43:07  answer
 

Bonsoir,
Je vais devoir vous quitter à nouveau pour quelques temps. J'aurais mieux à faire que de m'épancher en ces colonnes, mais finalement, au diable Urssaf, Assedic et autres déclarations à la mord-moi-le pneu, je préfère écrire badin, l'humeur prosaïque m'ayant (définitivement) quitté ces temps-ci. La vie est une tartine de fiente qu'il faut se forcer à manger chaque matin... j'ai décidé pour un temps de la transformer en confiture d'abricots, la meilleure que ma maman réussisse.
Voici donc un récit dont j'aime vous saouler, à savoir l'acquisition d'XJS et les premiers pas dans le monde du véhicule des dilettantes "qui se la pètent" : les Jaguar d'occasion.
 
Comme toujours, le récit sera long, pour les sensibles aux gros patés, prière d'aller en section "tuning", merci.
 
Pourquoi avions nous choisi XJS?  
En effet, pour à peine plus, souvent moins, nous aurions (j'écris nous, car ma femme est pour beaucoup dans ma dépendance), aussi bien pu acheter nine-eleven, ou 911 pour les intimes, ou une alfa ou que sais-je une Mercedes...  
Or mes goûts pour l'étrange et l'absurde m'ont toujours porté vers l'improbable mouton à cinq pattes, le dahu qui tourne à droite, l'automobile de grand papa réincarnée.
Réincarné, comme il se doit dans une forme cryptophallique : un capot infini, un habitacle étriqué sans aucune raison valable et deux arches de custodes sans fonction, sinon de rappeler qu'une pagode est avant tout un temple, et n'a rien à faire sur une forme mouvante. Sauf à être dessinée par Paul Bracq.
Pourtant cette incongruité magnifique m'a toujours plu. Point. Peut-être suis-je un peu bizarre, car j'aime pèle-mêle RR Camargue, Lancia Fulvia, Jensen Interceptor voire les Voisins d'avant guerre (Aérodyne par exemple). Dans les années nonante, il était insane de rouler en interceptor, Fulvia n'en finissait pas de rouiller, quant à une Voisin... j'étais loin de pouvoir m'en offrir une.
Pourtant, cela aurait eu de la gueule!
Bref, restait XJS, qui à pour elle de ne ressembler à rien, sinon elle-même. Les tics stylistiques (tictictic) sont trop évidents pour ne pas êtres savoureux. On est loin d'XKE pour l'élégance et l'inventif, mais ma femme était sous le charme, moi convaincu de longue date... nous décidâmes que pour remplacer notre poussive 406 coupé 2L (joli bleu intérieur fauve tout de même), nous allions sauter le pas et endosser les atours symboliques de ceux qui ont tout réussi dans leur vie, à commencer par assumer leurs choix suicidaires.
Car il faut malgré tout être suicidaire de n'avoir qu'XJS pour unique voiture.
 
Parisiens d'adoption, nous savions qu'il était improbable de dénicher notre perle rare à Paris, et plus largement en France. L'auto ayant très mauvaise réputation, elle ne courait pas les concessions, qui nous conseillaient allez savoir pourquoi, de nous rabattre sur les premiers modèles d'XK qu'on commençait à trouver d'occasion. Bien sûr, nous n'avions pas le début du commencement du budget demandé. Comme je voulais absolument une garantie, restaient les professionnels étrangers, à commencer par la maison Phoenix Cars à Tournai.  
Je ne fais pas de publicité pour eux, le fait est que c'est chez eux qu'on a trouvé l'élue de notre cœur : Celebration de 1995, Ice Blue, intérieur Oatmeal, moteur AJ6. Une merveille...
Donc déplacement en Gelbique, un jour maussade, sans souvenir particulier autre que NOTRE XJS trônant au milieu du hall d'expo. Immédiatement, nous sommes tombés amoureux. Le propriétaire précédent avait été exemplaire, aucune trace d'usure ou d'usage n'étaient décelables, mis à part une odeur douce de cigares de qualité supérieure.  
Là vous allez faire "beuark". Et bien non, autant la cigarette froide empeste, autant le havane révèle les subtilités du cuir. Je ne parle pas de l'haleine du conducteur... c'est une autre histoire, à faire peur aux petites filles sages, les bouches de l'enfer. (Je ne suis pas fumeur...)
A ce titre, XJS est une auto comme on en fera plus : les deux cendriers longitudinaux sur la console centrale sont vraiment étudiés pour accueillir deux modules de taille respectables et sont conçus pour les maintenir en place même en roulant... autre temps...
 
Bref, nous sommes restés, ma femme, mon neveu et moi-même une demi journée à étudier la bête sous toutes ses coutures. Soulevant les tapis, examinant pour la trentième fois le fond de bac de coffre, se disant que tout de même, ils exagéraient de ne pas avoir pu mettre la roue de secours ailleurs que dans ce coffre, même avec cette magnifique housse en laine la recouvrant.
Le capot m'impressionnait tellement que j'ai dû passer trois heures à apprendre à le fermer correctement sans le voiler... technique spéciale s'il en est, je crois que c'est la seule auto pour laquelle il est conseillé de le poser, puis de le fermer avec le plat de la main, alternativement à droite puis à gauche.  
Le moteur aussi m'impressionnait beaucoup : une telle quantité de fils et de Durit ne pouvaient pas manquer de poser des problèmes (ce qui bien sûr fut le cas)  :cry:  
Le voyage de retour se passa néanmoins dans l'euphorie la plus complète, d'autant plus que j'avais trouvé au retour une station service qui vendait des saucisses "Bifi" ; délice teuton, mémoire de mes premiers émois sensuels (n'allez pas chercher à mal, elles me rappelaient mes premiers baisers d'adolescents, mon amoureuse de l'époque habitant Paderborn et ne se nourrissait que de cette chose courte et dure et de bonbons acidulés, ce qui couplé à nos appareils dentaires donnait l'impression d'embrasser une pile de 6 Volts déniché dans un inbiss)
 
Notre 406 nous semblait tout à coup ce qu'elle était : un bout de plastique à la belle plastique, mais sans âme.
 
Une semaine après : retour à Tournai, signature du chèque et premiers tours de roues.
Vous allez me dire : tiens, il ne l'avait pas essayé? Ben non, et ce n'est pas la seule figurez vous... je suis un de ces idiots qui ne demandent jamais à essayer les voitures qu'il convoite. Je sais c'est stupide. Mais, et excusez moi cette trivialité, j'ai l'impression de déflorer une amoureuse. Je suis de ceux qui préfèrent la cour a la couche, quitte à en être fort marri lorsque la nudité apparaît dans toute sa crudité. Heureusement, je n'ai que très rarement été déçu... par celles-ci ou par celles-là.
 
Les premiers tours de roues furent donc mémorables : n'ayant jamais pratiqué d'automatiques auparavant, cela ajoutait au stress. XJS n'est pas ce qu'on appelle une ballerine, et contrairement à 406, son châssis n'est pas un modèle de vivacité. A sa décharge, une plate-forme mise au point au milieu des années soixante ne peut pas avoir la finesse de placement d'une auto moderne. Et avec une tonne sept cent à mouvoir... pourtant, ce qui nous enchanta immédiatement fut le silence, la douceur et l'infinie sérénité de la marche de l'auto. Bien qu'en hyperventilation, j'arrivais à articuler à ma femme : "oh putain!", compliment qui veut tout dire. La boîte me semblait un modèle de douceur et comme le monsieur nous avait dit de la laisser en mode "sport", la réponse n'était pas ridicule...
Las au bout de trois kilomètres, arrêt obligé.
Non, pas de panne, mauvais esprits.  
Mais la douane et ses douaniers.
Car chers amis de l'espace Schengen, il fut un temps où les frontières étaient gardées par des créatures étranges, immuables dans leurs postures de sphinx, regardant non pas le levant, mais le possesseur d'automobile de luxe, appelées aussi "signe extérieur de richesse" ;  costumé de bleu, celui qui passait pour le Chef, et contrairement à celui de Fernand Raynaud, ne fut pas des plus poilants... ce paradigme de l'administration fiscale était tout juste poli et pas aimable du tout. Nous n'avions fait qu'un centième de ce que nous nous étions promis de faire avec ma femme au volant de notre bolide que nous étions déjà suspects de péter plus haut que notre cul.  
La présence d'une très belle douanière expliquait peut-être son attitude de cerbère psychorigide.  
Tout fut passé au crible, les bagues de madame, nos moyens de subsistance, les papiers provisoires de Big Cat, avec confrontation de nos réponses. Rien de bien méchant, mais c'était la première (mais pas la dernière, oh que non!)... et comme toute première fois, ça fout bien plus les jetons que ce n'est agréable (et en la matière, c’est aussi agréable qu’une synthigraphie ).
Après s'être aperçu que l'auto n'était pas plus chère qu'une Glof de l'année, ils nous laissèrent repartir.
 
Seulement, le conducteur lui était un peu troublé. Et il avait oublié qu'il avait acheté une automatique!
Donc, contact, vroum! Et?
Rien, impossible d'avancer. Levier bloqué sur "P". Enervement, rigolage des douaniers, angoisse des premiers âges devant l'incompréhensible, comme, par exemple le furoncle noirâtre et poilu de Mme Grondin qu'il faut absolument embrasser sous peine de passer pour malpoli et de se voir administrer une de ces remontrances dont seule ma grand mère paternelle avait le secret.  
Au bout d'un temps considérable et dix-huit, clic-grrr-vraoum, je m'avisais que placer le pied sur le frein est des plus pratique pour déverrouiller la position "Parking". Depuis, même sur une boîte manuelle, je freine en démarrant.
 
Donc : VROUM, et quel vroum! Un six cylindre en ligne, c'est du velours qu'on déchire, la caresse d'une main amoureuse sur l'échine ou le sien d'une femme à la peau de pêche, aux formes pleines. J'en ai encore des frissons.  
Les "V", même très nobles n'ont pas cette sensualité.
 
Puis l'A1, qui n'a pas grand intérêt vous en conviendrez, sauf au volant d'XJS : Position de conduite me convenant parfaitement, semi allongé, sièges fabuleux (parmi les meilleurs qu'il m'ait été donné de pratiquer), douceur, volupté... et ces petits riens qui font tout : les miroirs de courtoisie à l'éclairage doux (pointes de diamants), miroir relevable dans la boîte à gants (option?), placage délicat de loupe d'orme (?), et le capot immense avec son bombage prononcé. Seule faute de goût du précédent propriétaire : le leaping cat tout la bas au bout...
C'est à ce jour mon souvenir le plus doux en matière d’auto... un peu comme ma première amante.
Avec ce lancinant leitmotiv : "est-ce que je ne suis pas en train de faire une très grosse connerie?"
 
Parce que malgré toutes ses qualités, un gros chat reste un gros chat : une folie pas raisonnable pour un jeune couple sans beaucoup de moyens (tout est relatif, nous n'étions pas à plaindre). Et puis, je connaissais tout de même bien la réputation de la bête, qui ne s'est malheureusement pas démenti. En outre, j'avais un problème très concret à affronter à Paris : le parking. En effet, le box que nous avions dans le 18ème Arrt, dans une des pires rues du quartier de Château-Rouge (près Barbès) était desservi par une rampe d'accès ne rendant en rien au tremplin de vol à ski de Planica en terme de pourcentage, et les quatre étages à descendre avaient été conçus à la fin des années soixante par un admirateur de M.C Escher.
http://www.mcescher.com/
L'angoisse au bout de la route : et si elle ne rentrait pas?
 
De toute façon, une Jaguar, même menée aimablement, ça consomme... et il fallait que je fasse mon plein de saucisses Bifi. Donc halte près de Péronne. Evidemment, j'avais oublié qu'en bonne anglaise, il faut toujours se rappeler que l'orifice n'est pas situé là ou on l'attends. Manoeuvres et regards amusés de deux jeunes à casquette.  
Un des deux gars vient me voir en train de faire le plein alors que ma femme sortait de la voiture :  
"ça vaut dans les combien ça?", devant ma mine un peu contrite il me dit "va pas croire n'importe quoi, ça m'intéresse vraiment, mais si on se pointe à la cité avec, t'imagine ce qui nous arriverait?" Et là, je pense aux douaniers... m'est d'avis effectivement que les CRS ou la BAC risqueraient de s'y intéresser de très près, alors que leur Glof ne valait guère moins qu'XJS...  
et de me dire dans la foulée : "belle petite femme, belle caisse... bravo" et il me serre la main.
J'en suis resté comme deux ronds de flan.
Il m'est arrivé une autre aventure que je vous conterais peut être plus tard, tout aussi authentique, qui est l'exacte inverse de celle-ci. XJS en était aussi le point d'orgue, mais "l'autre était un bon père de famille très comme il faut".
 
Donc, retour à Paname, dans le cuir et la haute-laine, et bien surtout dans l'allégresse totale. Rien ne clochait, elle roulait droit, freinait bien, et cerise sur le gâteau, la hifi tout à fait correcte.  
Même les bouchons bien connus de la porte de la chapelle furent du nanan. Et les regards d'autrui! Les indifférents, les malpolis, les frustrés, pas grave, mais les sourires des enfants, le regard amusé des gens bien dans leur peau... les pouces levés et les hochement de têtes approbateurs ça existe aussi...
Finalement, l'entrée du Parking s'est bien passé, car les jaguars sont (étaient plutôt) prévues pour baguenauder dans la campagne anglaise, sur des routes, disons, rustiques (le genre agricole). Ce qui fait que les angles d'attaques et de sorties, et même l'empattement permettent des fantaisies, contrairement aux teutonnes, surprenantes.  
 
Contact coupé, nous sommes restés quelques minutes à savourer l'ambiance du cocon de la voiture... et nous sommes rentrés chez nous en achetant une petite bouteille de champ. pour fêter ça...
Ce fut donc une affinité élective (au sens de Max Weber mais en moins mystique!),
qui malheureusement ne dura pas, mais c'est une autre histoire.
 
Pour les ceusses qui n'étaient pas là au début de l'histoire, voilà les photos d'XJS
http://www.forum-auto.com/marques/jaguar/sujet105.htm
 
J'espère ne pas avoir abusé.
A bientôt.
Cordialement


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mood
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Posté le 29-03-2008 à 00:43:07  profilanswer
 

n°2627
savilleRW   profil
That's Argh! That's Argh!Argh!
Profil : Routard
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Posté le 29-03-2008 à 01:04:45  answer
 

hm, pas mal de références "sexuelles"... pas grave, j'assume.
 
c'est bizarre comme les choses vous reviennent en les passant en revue, je me rappelle maintenant que le capot d'XJS se ferme avec la manette de déverouillage, il ne se claque pas...
 
à bientôt.


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n°2629
yvesdep   profil
X Type 2.0D driver
Profil : Membre confirmé
Posté le 29-03-2008 à 01:29:18  answer
 

Proust avait sa madeleine, Saville sa XJs et son leaping cat, là-bas, tout au bout...
 
Merci pour ce moment de grâce, Saville.  
 
Que la nuit vous soit douce et parfumée, que vos rêves soient de miel, de gros chats et de lait, et que la confiture d'abricots remplace à tout jamais la fiente, inch'Allah! Mektoub!
 
Amicalement vôtre.
 
Yves

n°2632
savilleRW   profil
That's Argh! That's Argh!Argh!
Profil : Routard
Avatar
Posté le 29-03-2008 à 04:38:20  answer
 

Le 29-03-2008 à 01:29:18, yvesdep a écrit :

Proust avait sa madeleine, Saville sa XJs et son leaping cat, là-bas, tout au bout...
 
Merci pour ce moment de grâce, Saville.  
 
Que la nuit vous soit douce et parfumée, que vos rêves soient de miel, de gros chats et de lait, et que la confiture d'abricots remplace à tout jamais la fiente, inch'Allah! Mektoub!
 
Amicalement vôtre.
 
Yves


 
yep!
pas dormi une goutte malgré Zolpidem©... soixante heures sans sommeil, record battu!
demain réunion stratégique à 10 heures, préparation dans trois heures, comment parler boulot avec une minerve, un dosseret et plombé comme un faisan?
mystère!
bon, concernant ce gros matou, j'ai un feuilleton à vous livrer dans quelques semaines... péripéties, rebondissements, cascades, scènes d'amour et de violence insoutenables... du grand spectacle, du frisson garanti!
l'ouvreuse est payée au pourboire, pensez à elle...
 
Brett Sinclair salutes you...
 


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n°2637
Droopy31   profil
Big Cat Lover !!!
Profil : Nouveau membre
Posté le 29-03-2008 à 10:43:24  answer
 

Qu'il est agréable de vous lire en cette matinée ensoleillée, d'aucun diront enfin tant le soleil se faisait entendre dernièrement... :jap:  
 
Belle histoire que la rencontre avec XJS... une des premières autos dont je sois tombé amoureux :love:  
Elle ferait partie de mon garage de rêve si je pouvais me le permettre et surtout si j'avais la place !
 
J'ai hate de parcourir le récit de vos aventures en sa compagnie !


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Et Dieu, dans sa grande sagesse, créa les économistes pour que les météorologues se sentent moins seuls dans les prévisions hasardeuses...

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