Je viens de trouver un site intéressant sur l'Histoire de l'immigration à Paris. Il s'agit du site de la cité nationale de l'Histoire de l'immigration. Je voulais vous faire partager quelques extraits de ce site.
Le texte ci-dessous concerne l'immigration en France de 1820 à 1950. Néanmoins, un film intéressant permet de prolonger l'aventure jusqu'à nos jours.
Voici le lien : Film sur l'Histoire de l'immigration en France
- Histoire de l'immigration -
1820 : Les pionners allemands
Les Allemands de la Confédération germanique qui viennent en France dès les premières décennies du XIXe siècle réunissent à eux seuls toutes les caractéristiques qui vont marquer les immigrations politiques, économiques ou artistiques des XIXe et XXe siècles.
Des paysans en grand nombre, touchés par la crise de l'agriculture allemande, franchissent les frontières dès les années 1820 ; ils sont suivis par les artisans et compagnons, qui sillonnent l'Europe afin de parfaire leur formation professionnelle.
En 1820, 30 000 Allemands résident en France ; en 1848, leur nombre est estimé à six fois plus, dont 60 000 pour la seule ville de Paris, ce qui est considérable pour l’époque. Par son importance, cette colonie de travailleurs constitue la première immigration économique de masse de la France contemporaine.
Toutefois, ces émigrants de la faim ne sont pas les seuls à venir en France. Car dans les années 1830-1840, la censure et l'autoritarisme de Metternich et de Frédéric-Guillaume de Prusse poussent les opposants politiques à l'exil : socialistes, libéraux et démocrates émigrent alors en grand nombre en France. Au-delà même des persécutions politiques, c'est toute l'activité culturelle et scientifique originale, bridée en Allemagne, qui prend le chemin de la France.
Musiciens, architectes, philologues, médecins même, exercent de ce côté-ci du Rhin et contribuent à faire de Paris la Mecque intellectuelle de l'Occident. Ainsi le poète Heinrich Heine, juif converti au protestantisme, choisit la “patrie des droits de l’homme”, le pays qui a émancipé les juifs. Il s’installe à Paris en 1831 et y réside jusqu’à sa mort en 1856.
Plus globalement, un trait commun à beaucoup d’expatriés allemands est la relative “perméabilité” entre immigration économique et exil politique.
Ainsi, les artisans et compagnons qui s'installent en France dans les années 1820-1830 deviennent à leur corps défendant des exilés politiques, condamnés à l'expatriation à vie lorsqu'en 1835 la Diète de Francfort interdit aux Allemands de séjourner dans un pays où sont tolérées les associations politiques.
On retrouvera nombre de compagnons et artisans allemands à Paris : en 1830 puis en 1848, ils contribueront grandement à la réputation révolutionnaire des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine.
La population de langue allemande, de 1830 à 1848, est donc faite à la fois d'hommes qui, de leur plein gré, ont choisi la France, pensant que leur talent y serait reconnu à sa juste valeur ; de bannis, politiques ou religieux, qui n'ont eu d'autre solution que de s'expatrier pour continuer leur combat pour la liberté ; d'ouvriers, d'artisans et de paysans, chassés de leur pays par la misère. On retrouvera une ou plusieurs de ces caractéristiques dans la plupart des vagues de migrants à venir.
1820 : Les juifs d'Europe Centrale et Orientale
Vivre comme Dieu en France“Lebn vi Got in Frankraykh” (“vivre comme Dieu en France”) : ce dicton yiddish dit bien l’attrait exercé par la France pendant tout le XIXe siècle.
En Pologne, on paraphrase la formule rituelle “l’an prochain à Jérusalem” par un dicton populaire qui semble alors moins utopique : “l’an prochain à Paris”. De 1876 à 1901, environ 7 000 juifs d’Europe orientale émigrent en France. Au total ils seront 30 000 jusqu’en 1914.
Les nouveaux venus s’installent dans le pletzl (le quartier juif) de Paris, autour de la rue des Rosiers, et travaillent dur pour une misère dans l’industrie du bois, la confection, la chapellerie, la fourrure, les cuirs et peaux, spécialisations emblématiques de ces juifs d’Europe orientale.
Mais en France, finalement, on ne vit pas toujours comme Dieu...
Leurs conditions de vie et de travail particulièrement difficiles les poussent donc vers le syndicalisme et un militantisme politique radical. Plus ou moins ostracisés par les institutions juives françaises, ils recréent dans l’immigration des solidarités communautaires, des amicales de toutes sortes, des écoles, ainsi qu’une presse en yiddish. Réseaux de synagogues, associations d’entraide, organisations politiques révolutionnaires, presque tous en yiddish, fleurissent ainsi au tournant du siècle.
Les juifs de France ne regardent pas d’un très bon œil ces immigrés yiddishisants, “mal dégrossis », qui selon eux attisent l’antisémitisme par leurs manières. Cette méfiance et cette hantise deviennent plus prégnantes encore à partir de 1898, lorsque l’affaire Dreyfus fait rage.
Le plus connu des immigrés juifs du XIXe siècle est Heinrich Heine, le grand poète de la Lorelei qui, bien que converti au protestantisme, est l’objet de toutes les attentions de la police pour ses opinions révolutionnaires et francophiles. En 1831, il s’installe donc à Paris, où il mourra en 1856, non sans avoir demandé en vain la nationalité française (il lui manquait un papier !).
1914 : L'appel à l'Empire
La France fait appel aux “indigènes” de l’Empire en renfort de ses troupes sur les fronts européens. Les uns se battent aux côtés des poilus tandis que les autres travaillent dans les usines de guerre.
La Grande Guerre voit l’arrivée sur le sol de France de troupes étrangères et coloniales en provenance du monde entier. L’expérience marque incontestablement l’inconscient collectif national.
C’est l’ensemble des colonies françaises qui est appelé à la rescousse, et les métropolitains peuvent mesurer concrètement l’étendue de leur Empire en voyant débarquer les soldats coloniaux : tirailleurs dits “sénégalais” (qui viennent en fait de toute l’Afrique occidentale française) ; spahis algériens ; tabors marocains ; tirailleurs Annamites ou tonkinois ; Malgaches ; Tunisiens... Les faits d’armes des soldats coloniaux les rendent bien entendu très populaires en métropole : aux côtés des poilus, les tirailleurs et les spahis occupent une place de choix au panthéon de la “der des der”. Les Français sont d’autant plus fiers de voir l’Empire répondre à l’appel de la “mère patrie” qu’ils ne savent rien des méthodes employées pour mobiliser de force des soldats et des ouvriers dans les colonies.
Les révoltes dans le Sud-Constantinois ou dans l’Ouest-Volta ne font que freiner ou reporter les campagnes de recrutement. En Afrique occidentale française (AOF), par exemple, en 1917 le gouverneur demande instamment à Paris d’ordonner l’arrêt des recrutements. Mais en 1918 ceux-ci reprennent, certes sans coercition, sous la houlette du député du Sénégal Blaise Diagne (premier Africain à siéger au Palais-Bourbon en 1914), qui lors d’une tournée de six mois en AOF commanditée par Clemenceau parvient à convaincre 63 000 Africains, essentiellement parmi les élites occidentalisées des villes, de s’engager volontairement au secours de la “nation civilisatrice”.
Mais pour obtenir l’enrôlement enthousiaste de ceux que l’on appelait alors les “évolués”, Blaise Diagne promet que tous les Africains accèderont à la citoyenneté pleine et entière à l’issue du conflit, en récompense de leur participation à la “guerre du droit”. Une promesse qui sera lourde de conséquences quand la paix sera revenue.
Dans le civil également on fait appel aux étrangers et aux coloniaux. Aux côtés des femmes françaises, des Indochinois, des Maghrébins, des Malgaches sont appelés pour faire tourner l’industrie de guerre tandis que les hommes sont au front. Mais les coloniaux ne suffisent pas à pallier le manque de bras, et l’État organise des campagnes de recrutement dans des pays étrangers, neutres ou alliés. Environ 225 000 Européens : Espagnols, Italiens, Portugais, Grecs, Bulgares..., sont appelés dans les usines et les champs de France. Enfin, 37 000 Chinois sont amenés en France par des compagnies concessionnaires. En comptant les travailleurs amenés avec les troupes britanniques basées dans le Nord de la France, c’est un contingent de 140 000 chinois qui est transplanté en France durant la guerre.
Entre les recrutements de travailleurs et les arrivées spontanées de migrants, la guerre et ses besoins urgents de main-d’œuvre provoque également la première vague d’immigration ouvrière en provenance des colonies. Parmi les Indochinois, les Malgaches et les Maghrébins recrutés et amenés
collectivement en France, beaucoup ne retourneront pas chez eux après l’armistice. Par ailleurs, il faut signaler la venue spontanée, légale ou non, de migrants algériens, essentiellement des Kabyles qui s’installent dans les villes du Sud de la France.
1920 : Des inconnus chez nous
Dans l’entre-deux-guerres, le racisme de l’ignorance cède peu à peu la place à un paternalisme parfois pesant mais assurément rempli de bonnes intentions. Un paternalisme parfois extrême, qui peut aller jusqu’à l’amour immodéré de l’autre.
En 1920, un livre intitulé "Des inconnus chez moi" symbolise l’évolution de la société française dans l’entre-deux-guerres et le passage progressif du racisme de l’ignorance au paternalisme.
L’auteur, Lucie Cousturier, une dame de la bonne bourgeoisie que rien ne prédisposait à devenir “l’amie des Noirs” (c’est comme cela qu’on l’appelle dans les années 20), décrit l’arrivée des troupes sénégalaises près de sa villa de l’Esterel en des termes qui reflètent bien l’état d’esprit des Français de l’époque : “Qu’allons-nous devenir ? (...) Nous ne pourrons plus laisser nos petites filles aller sur les chemins parmi ces sauvages.”
Mais petit à petit, Lucie Cousturier est amenée à cotoyer ceux qu’elle appelle au début du livre des “brutes au teint d’ébène”. Elle organise des cours d’alphabétisation et passe peu à peu de la peur au maternalisme. Tout en faisant des efforts, remarquables pour l’époque, pour comprendre ceux qu’elle a pris sous son aile protectrice, Lucie Cousturier véhicule un maternalisme qui se veut bienveillant : “l’indigène” est un “grand enfant” qui ne demande qu’à accéder à la culture du colonisateur. Elle est l’achétype de ceux que l’on appelle alors les “indigénophiles”.
Dans l’entre-deux-guerres, des intellectuels, écœurés par la “boucherie de 14-18”, critiques envers les “ravages du progrès”, fascinés par “l’Orient”, les “arts nègres”..., influencés par l’ethnologie naissante, vont ainsi faire des peuples extra-européens les rédempteurs de l’humanité.
Les “indigénophiles”, ces précurseurs de ce que l’on appellera le “tiersmondisme” dans les années 1960-1970, militent déjà pour l’indépendance des colonies. Certains d’entre eux iront très loin dans la critique de “l’Occident déshumanisé” et dans la défense et illustration des peuples extra-européens, jusqu’à verser dans un amour immodéré et apologétique de l’autre, dont le versant logique est la haine de soi.
En février-mars 1929, un article de Francis de Momiandre dans le journal édité à Paris La Dépêche africaine illustre bien cette dérive essentialiste : “Le lyrisme des Noirs emprunte à cette fermentation [de la nature tropicale] son vertige. Il est éperdument instable, mouvant, dansant. Il est éperdument libre, comme nous ne le pouvons pas, avec nos satanées semelles de plomb que la logique nous a attachées aux pieds depuis que nous sommes blancs.”
1920 : la difficile intégration des polonais
Isolés, regroupés à la périphérie des villes, les Polonais ont beaucoup de mal à s’intégrer. Et si la société française ne fait rien pour les intégrer, les autorités se plaignent pourtant de l’isolement de cette population... jusqu’à leur expulsion collective au milieu des années 30.
Après les Italiens, l’immigration polonaise est la seconde en nombre durant l’entre-deux-guerres.
Durant les années 1920, environ 700 000 Polonais, qui ne peuvent plus se rendre aux États-Unis du fait de l’instauration des quotas, émigrent désormais vers la France, recrutés par des bureaux de la Société générale d’immigration (SGI) installés en Pologne. On les retrouve dans les mines du Nord-Pas-de-Calais, où ils sont rejoints par les “Westphaliens”, des compatriotes qui ont précédemment travaillé dans les mines en Allemagne.
Les nouveaux venus s'intègrent le plus souvent très difficilement : on pense être en France provisoirement, en attendant que la situation s'améliore au pays d'origine, et on ignore le plus souvent le reste de la société française. Cette dernière ne fait d'ailleurs rien pour les “intégrer” : ils sont généralement isolés, regroupés à la périphérie des villes, relégués dans des quartiers misérables, voire des bidonvilles, que l’on appelle alors “gadouevilles” ou “villages nègres”, tels ceux de Lyon, Modane, Saint-Jean de Maurienne (Savoie) ou Rive-de-Gier (Loire), qui dans les années 1930 abritent des milliers de travailleurs étrangers misérables, italiens, espagnols, polonais, russes...
Une partie de l'opinion française pense que ces travailleurs sont “inassimilables” parce que d'une culture par trop différente de la sienne, et donc qu'il ne peuvent être comparé de la sorte aux anciens immigrés allemands ou italiens. Ce préjugé, qui aujourd'hui touche, par exemple, les travailleurs et les familles maghrébines ou africaines, vaut alors pour les Polonais des années 1920 et 1930, dont le catholicisme fervent, “calotin” disent les travailleurs autochtones, semble heurter la France ouvrière, largement déchristianisée.
Les immigrés polonais restent entre eux et reconstruisent en terre étrangère une micro-société en exil, en attendant un hypothétique retour au pays. C’est ce qui ressort par exemple d’un rapport du préfet du Pas-de-Calais du 11 octobre 1929.
"Les Polonais travaillant aux mines, vivant en groupe, n’ont que peu ou pas de rapports avec nos ressortissants. Loin de les rechercher, ils s’efforcent de vivre uniquement entre eux, encouragés en cela par leurs ministres du culte et par leurs autorités consulaires elles-mêmes.
(...) Quelle est l’aptitude de l’immigrant polonais à s’assimiler ? La réponse est nette : aucune, quant au présent du moins ; j’ai dit plus haut que le Polonais ne recherchait pas la compagnie de l’ouvrier français. Cette observation se vérifie même durant les heures de travail. Au fond de la mine comme sur le carreau ou à l’atelier, un mur invisible les sépare. Á l’issue de la journée, chacun s’en va de son côté. L’estaminet ne les rapproche même pas, non plus que le sport."
francais, de son côté, n’est pas vraiment disposé à naturaliser ces travailleurs polonais, par trop attachés à leur culture d'origine. Les autorités, même si elles se plaignent du repli communautaire des Polonais, ne semblent rien faire pour en atténuer les manifestations et les effets.
Voir les séquences du film liées à ce dossier:Cliquer pour voir
Le logement de ces familles est singulièrement concentré et des cours de langue et de culture d'origine sont dispensés aux enfants par des moniteurs envoyés par le gouvernement polonais, à la suite d'un accord signé avec la France en 1924. Ces cours ont lieu non seulement dans les écoles privées des houillères, mais aussi à l'intérieur même de la Communale, et ce aux plus belles heures de l'école de Jules Ferry.
Dans ce cas précis, la logique privilégiée est bien celle d'un retour futur de ces populations.
Et d’ailleurs en 1935, lorsque la crise fait rage, quand les mesures de protection du “travail national” ne suffisent plus, l’État procède à des expulsions collectives.
1940 : des coloniaux dans l'armée régulière et dans la Resistance
Enrôlés dans les troupes qui seront de tous les combats, en particulier au moment de la Libération, faits prisonniers par l’Occupant dans les frontstalag, engagés dans la Résistance, les coloniaux ont payé leur tribut à la guerre contre l’Occupant de la France.
L’appel aux soldats de l’Empire178 000 Africains et Malgaches et 320 000 Maghrébins sont appelés en 1939-1940.
Selon les chiffres du sous-secrétariat d’État aux Anciens combattants, 21 500 Africains et Malgaches, et 16 600 Maghrébins sont tués entre 1939 et 1945. Environ 25 000 Africains et Malgaches et 18 000 Algériens sont fait prisonniers et restent bloqués en métropole durant toute la durée de la guerre, d'abord dans des frontstalag allemands en France, puis transformés en “travailleurs libres”, et enfin “recrutés” par l'organisation Todt pour construire des fortifications sur la côte méditerranéenne.
En 1945, les troupes Nord-africaines sont de tous les combats pour la libération du continent, entre autres durant la campagne d’Italie, à Monte Cassino, où s’illustrent les tirailleurs algériens, tunisiens et marocains, ainsi que dans la plaine des Flandres, sur les bords du Rhin ou à Marseille, libérée par les tabors marocains.
Les Indochinois sont quant à eux recrutés pour faire tourner cette fois encore les usines de guerre.
20 000 sont envoyés en France, réquisitionnés ou travailleurs volontaires.
Organisés militairement en compagnies dépendant du service de la Main-d’œuvre indigène (la MOI, à ne pas confondre avec la Main d’œuvre immigrée, l’organisation communiste qui regroupe les résistants étrangers), ils sont capturés lors de la défaite et emprisonnés pour une bonne part d’entre eux dans les frontstalag Á partir de 1942, les 14 000 qui sont encore en France sont mis au service de l’armement de guerre de l’occupant.
5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers, gagnent les rangs des FFI (Forces françaises de l’intérieur).
On en trouve au combat dans les maquis de 38 départements métropolitains. De même, on dénombre 52 tirailleurs sénégalais dans les maquis du Vercors, qui sont de tous les combats et participent à la libération de Romans-sur-Isère le 22 août 1944, puis du quartier de la Part-Dieu, à Lyon, le 3 septembre 1944. On comptera 14 Africains parmi les 1030 compagnons de l'Ordre de la Libération, la plus prestigieuse des décorations de la France libre.
De même, des militants nord-africains de la cause indépendantiste se battent pour la liberté universelle aux côtés des Français durant l’Occupation. Sahli-Mohand Chérif, par exemple, militant du Parti du peuple algérien de Messali Hadj en 1937, édite en métropole durant la guerre El Hayat, une feuille clandestine de résistance à l’occupant de la France, avant de reprendre son combat pour l’indépendance algérienne après 1945.
Il faut citer également le martyr du militant communiste algérien Mohamed Lakhdar, ouvrier métallurgiste, engagé dans les FTP en 1942, arrêté en 1943 par la police française et exécuté, mort pour que vive la France et la liberté de l’homme.
1950 : Les espagnols et les portugais
Le “miracle économique“ des années d’après-guerre nécessite la venue de travailleurs immigrés. On fait d’abord venir dans les années 1950 des Espagnols, qui vont remplacer petit à petit les Italiens et qui seront suivis, à partir des années 1960, par des Portugais.
La période de très forte expansion économique et de reconstruction des années 50 et 60 nécessite la venue de nombreux travailleurs immigrés.
On fait appel, entre autres, aux Espagnols, alors que le gouvernement franquiste ne fait plus obstacle à l’émigration de ces ressortissants, qu’il tente d’encadrer politiquement par le biais des missions catholiques espagnoles. Les deux vagues espagnoles additionnées, celle de 1939 et celle des années 1950 et 1960, constituent une très importante population, qui atteindra les 600 000 personnes à la fin des années soixante, avant de décliner dans les années 1970.
Les Espagnols remplacent peu à peu la migration italienne, qui a tendance à se stabiliser dans ces années. On les trouve dans le bâtiment mais peu dans l’industrie, tandis que les femmes occupent des emplois de maison. Enfin, le travail saisonnier agricole emploie une grande partie des migrants du Sud de l’Espagne, qui alternent travaux agricoles des deux côtés des Pyrénées en fonction du décalage des saisons.
Les Portugais prennent la relève à partir du début des années 1960.
Malgré un accord d’immigration passé avec l’État portugais, celui-ci tente en vain de limiter l’hémorragie de ces ressortissants. L’immigration devient alors clandestine et prend des proportions d’autant plus importantes que la France régularise systématiquement ces entrées illégales. Les Portugais présents en France sont au nombre de 20 000 en 1959 et de 700 000 au début des années 70, ils seront encore 600 000 en 1990.
La migration portugaise est constituée de travailleurs peu qualifiés fuyant la misère, mais aussi de déserteurs des guerres coloniales et d’opposants politiques au régime de Salazar. Comme leurs prédécesseurs italiens et espagnols, les hommes travaillent beaucoup dans le bâtiment, mais aussi dans l’industrie, tandis que les femmes trouvent du travail dans le domaine des services aux particuliers.