Dans une villa isolée située en banlieue parisienne, Valentin Schultz, ses collaborateurs et hommes de main se réunirent à la demande de celui-ci. Ils étaient une quinzaine, rassemblés autour d'une table de quatre mètres de longs sur deux de large, magnifiquement sculptée, réservée aux repas d'affaires. Tous les chefs de bandes étaient présents. A un bout de la table se tenait un homme portant une houppelande noire, la cinquantaine, cheveux bruns, de forte corpulence, le visage grave, avec un nez volumineux. Certains pensaient qu'il portait un faux nez pour cacher son visage, d'autres que c'était une malformation congénitale qui lui donnait un certain charme. Mais tous ses hommes le considéraient comme le "Zorro" du 3è millénaire, le seul capable de changer le monde. Son allure indiquait qu'il était propriétaire des lieux. On ignorait son nom mais son entourage l'appelait "Pat" comme patron, bien qu'il ne le fut pas tout à fait. Familier avec ses collaborateurs, ils se tutoyaient. Sa modestie lui donnait une personnalité attachante. De l'autre bout de la table était assis Valentin Schultz. L'organisation sans nom avait été créée il y avait quelques mois dont Pat avait déclaré en être le fondateur, seul ses proches collaborateurs connaîssaient son véritable visage. Quatre autres chefs de bandes qui approuvaient sa politique, l'avaient un jour rejoint. Ils travaillaient avec lui comme collaborateurs et conseillers, parfois comme clients :
Carine Levallois, 42 ans, rousse, cheveux coupés à la garçonne et coiffés à la mode, faisait plus jeune que son âge grâce à la chirurgie esthétique. Ancienne bourgeoise, elle fréquentait le beau monde. Pat la surnommait "la comtesse". Elle avait hérité de la fortune de son père, un petit bourgeois décédé dans un accident de chemin de fer. Elle était chargée de gérer les finances de l'organisation, secondée par un expert-comptable à la retraite.
Thierry Richardson, 48 ans, teint basané, cheveux poivre et sel, une cicatrice sur le menton, fumant la cigare, était un franco-américain surnommée "Canon". Il était spécialisé dans l'import-export d'armes en tout genre. Il avait déposé son bilan avant que Pat ne lui proposât de s'associer à ce groupe. Il avait été autrefois sergent dans les marine's américains. Par conséquent, il avait accepté le rôle de "garde du corps" du groupe et chargé également de commercialiser avec l'étranger en matière de cartes bleues falsifiées. Ses hommes avaient pour mission secondaire de dévaliser les épargnants par l'intermédiaire de distributeurs de billets aux moyens de cartes bleues volées et trafiquées que leur fournissait la bande à Denis Schultz (décédé récemment), spécialiste en la matière.
Valentin Schultz, spécialiste de l'informatique et du réseau internet, succéda à son fils pour prendre en main le reste de sa bande. Pat lui confiait la direction d'une douzaine de personnes. Certains, informaticiens le secondaient, d'autres dont la plupart était d'anciens chômeurs, étaient chargées de repérer les habitudes de leurs victimes avant l'intervention des hommes de Schultz. Pat le surnommait "chef" à cause de son âge car il était le plus âgé du groupe, mais aussi pour son intelligence. Pat le considérait comme son bras droit, mais Schultz avait toujours préféré l'indépendance. Ce dernier venait de se qualifier dans la modification des puces électroniques grâce à son fils. Tout le monde l'a par conséquent considéré comme le premier maillon de la chaine après Pat.
Alexis Goujon, un scientifique surdoué, ex-professeur d'université et chercheur au CNRS, la cinquantaine, le regard fier, quasiment chauve. On le prenait pour un savant à cause de son physique et sa blouse blanche qu'il portait régulièrement. Il avait été rayé de l'ordre des médecins pour exercice illégale de la médecine. Il le surnommait le "guérisseur" mais sa véritable mission était tout autre. Il était secondé par Elsa Müller, une française d'origine allemande, ex-docteur en pharmacie rayé de l'ordre des pharmaciens.
Schultz prit la parole :
- Notre système marche à la perfection quoique qu'il y ait eu un mort parmi les victimes. Je ne parle pas de mon imbécile de fils trop gourmand. Il n'a eu que ce qu'il méritait. Sa disparition ne nous empêche aucunement de continuer. Nous avons deux remplaçants. Sa folie a failli tout gâcher. Si nous persistons dans nos efforts comme nous l'avons fait depuis le début, jamais la police ne pourra mettre la main sur nous. Il faut absolument éviter l'individualisme, la traîtrise, la désobéissance... Nous devrons désormais, avant de prendre une décision importante, nous réunir et en discuter. Il faut aussi supprimer tous les gêneurs, proprement, seulement sur ordre, opérer méthodiquement et éviter de blesser autant que possible. Toute tuerie sans ordre sera dorénavant sanctionnée et tout perturbateur dans le groupe doit être dénoncé. L'une des raisons principales de notre réunion aujourd'hui, est de vous parler d'un empêcheur de tourner en rond. C'est un redoutable pratiquant d'arts martiaux. J'ai été abasourdi lorsque j'ai appris qu'il avait neutralisé deux exécuteurs professionnels en quelques secondes.
- Excuse-moi de t'interrompre, chef, mais qui étaient ces deux exécuteurs ? demanda la comtesse.
- Un ancien marine's américain et un légionnaire, envoyés par Canon.
- Je propose de jouer le jeu de la séduction. Catherine en sera certainement capable. Elle l'attirera dans un piège.
- Oui, dit le guérisseur, je préconise l'utilisation d'une drogue mortelle, ou non, à verser dans son verre, lors d'une soirée chez lui.
- Le meilleur moyen de battre un champion, dit Canon, c'est de lui envoyer un autre champion dans la même discipline, plus fort que lui. Je connais un karatéka deux fois champion d'Europe alors que lui n'est qu'un minable professeur d'école.
Il y eut un silence et Pat s'adressa à Schultz :
- Et toi Chef, que nous proposes-tu ?
- Je propose de kidnapper sa nièce en le forçant à abandonner, menace à l'appui. Mais je pense que l'idée de la comtesse n'est pas mauvaise non plus.
- Pour ma part, dit Pat, je suggère qu'on négocie d'abord avec lui. En cas d'échec, on choisira autre chose. J'opterai pour l'assassinat seulement quand toutes tentatives auront échoué. Par contre, en effet, on peut commencer par inscrire Catherine à l'école où enseigne Barsacq. Mais elle ne l'exécutera que sur ordre du conseil. Qu'en pensez-vous ?
L'américain se leva et dit :
- Cet homme est un malin, mes amis. Attention ! S'il soupçonne Cathy et qu'elle se fait arrêter, nous perdrons un bon élément. Plus nos gens se font remarquer, plus nous facilitons les enquêtes de la police, ne sous-estimons pas ce commissaire Fourreau. J'ai entendu parler de lui. Il échoue rarement dans ses recherches. Par ailleurs, je n'arrive toujours pas à comprendre comment ce Barsacq a pu mettre hors d'état ces deux hommes qui étaient des commandos spécialement entraînés pour le kidnapping. Etait-il vraiment seul ?
Il y eut un long silence puis quelques murmures dans la salle. L'un des conseillers et bras droit de Pat, Christian Furet, un passionné des sports de combat, réagit en fin connaisseur :
- Il ne faut pas oublier que Barsacq est ceinture noire 8è dan. C'est un grand maître.
- Oui, mais mes deux hommes étaient armés jusqu'aux dents bien que leur self-défense ne valait rien face à l'autre. Et de plus, ils avaient pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas se faire avoir par Barsacq.
- Bon ! Voyons, réfléchissons mes amis, dit Pat. Cathy, as-tu opéré dans la zone où habite Barsacq, est-ce que quelqu'un t'aurait remarquée ?
- Non, il n'y a pas de coin désert dans son quartier où on puisse travailler. Par contre, la nuit où je suis allée chercher la 106 chez Denis, un piéton m'a vue sortir du garage. Il se dirigeait vers l'immeuble en m'observant. Nous étions environ à une dizaine de mètres l'un de l'autre. Il faisait noir... il me semble que la rue n'était pas bien éclairée. Il était deux heures du matin. J'ai tenu le chef au courant de tout cela et je portais une perruque blonde comme il me l'a demandé. Nous n'avons aucune chance, cette personne et moi, de nous reconnaître l'un l'autre.
- En effet, poursuivit Schultz... Mais je pense qu'il vaut mieux être prudent et envoyer une autre femme, par exemple, Elsa Müller. Qu'en penses-tu guérisseur ?
- Désolé, chef, mais c'est mon bras droit. Pourquoi ne pas embaucher une spécialiste en la matière. Nous avons tous besoin de notre personnel. Qui voudrait risquer d'en perdre ? Puis pourquoi parlez-vous tous d'envoyer une femme, ce Barsacq est peut-être homosexuel, qu'est-ce que vous en savez ?
- Je crois que j'ai quelqu'un, dit la comtesse. Si vous êtes d'accord, je l'embaucherai, je vous en informerai naturellement au préalable. Je vais la contacter aujourd'hui même. C'est une femme, et si ça ne marche pas, on essayera avec un homme, là aussi, j'ai ce qu'il faut.
- Tout le monde est d'accord ? demanda Pat à son monde. Et ils répondirent tous par l'affirmative. Pendant que la salle se vidait dans un brouhaha, Pat fit signe à Schultz de venir dans son bureau.
- Dis-moi chef, as-tu d'autres nouvelles du garage Simonet depuis le passage de la police ?
- Non. Il me l'aurait dit. Apparemment, ils ont fait du bon travail. Fourreau semble diriger son enquête ailleurs, en tout cas pour l'instant.
Barsacq s'inscrivit dans une école de tir parce qu'Agnès ne pouvait pas le guider à chaque instant et il voulait être opérationnel au cas où elle se rétablirait rapidement. Il avait une sérieuse envie d'aller la voir à l'hôpital mais jugeait préférable de communiquer avec une âme vivante plutôt qu'avec un corps immobile. En ce lundi matin calme et ensoleillé, pendant que Moustache dormait sur le tapis du salon, il prit son stylo, s'installa devant le pot de fleurs et écrivit :
- Bonjour Agnès, comment vas-tu ? Je me permets de te tutoyer comme si tu étais ma meilleure amie. Et tu l'es. Je ne cesse de prier pour toi. Le temps passe. J'ai hâte de te voir bien vivante. Je me demande ce que tu vas faire si par malheur tu quittes prématurément ce monde. J'espère que tu te réincarneras dans le corps d'une femme aussi belle que toi. Tandis que moi je continuerai ma route vers l'Eternel.
C'est drôle, comme rencontre, le coup de foudre entre un humain et un fantôme. Tu me manques ; comme si nous étions mari et femme et qu'un événement imprévu tout à coup nous sépare. Je sais que tu ressens pour moi le même sentiment que celui que j'éprouve pour toi...
Un coup de téléphone interrompit ses écrits.
- Monsieur Barsacq, l'armurerie Desfaucheux, vous pouvez venir chercher votre commande.
Il posa son stylo à l'endroit habituel, laissa la lettre sur place et fila chez l'armurier parce que sa première séance de tir commençait à 10 heures... De retour chez lui, après avoir positionné le Derringer à son avant-bras droit il s'entraîna. Le mécanisme fonctionnait à merveille. La différence entre la fiction au cinéma et la réalité le fit sourire. L'une était aussi spectaculaire à voir que l'autre difficile à utiliser.
En fin de matinée, alors qu'il rentrait, il croisa Mme Delatour qui lui prêta une revue. Après avoir bavardé quelques minutes avec elle, il regagna son appartement. Il ouvrit le buffet de la cuisine, entama un litre de lait, remplit son verre et en versa à son chat. Il ressentait un grand plaisir à régaler Moustache qui adorait cette boisson. Celui-ci léchait toujours son assiette et la laissait telle qu'on aurait cru qu'elle venait d'être lavé...
Il ouvrit son carnet d'adresse et chercha le numéro de téléphone du commissaire.
- Bonjour, je voudrais parler au commissaire Fourreau, s'il vous plaît
- Il est en congé, je vous passe son adjoint ?
- Non, merci. Pouvez-vous me dire quand il revient ?
- Mercredi, dans deux jours...
En début d'après-midi, pendant que le chat faisait sa sieste habituelle, Barsacq s'agenouilla devant son crucifix et pria pour Agnès. Ensuite, il se rendit au commissariat de Belleville...
- Bonjour Monsieur, dit-il à un agent. Je m'appelle Maurice Barsacq, je désirerais parler au commandant Leclerc.
François Leclerc arriva en tenue de civile. Il paraissait plus âgé que le commissaire, cheveux roux foncés coupés à ras, il devait mesurer 1,90m, avec un visage un peu plus sévère que celui de Fourreau. En le comparant à ce dernier on aurait pu le prendre pour le patron. Il se saluèrent et le policier l'invita dans son bureau.
- Mes félicitations pour avoir arrêté quatre malfrats en l'espace d'une semaine. Moi-même, je n'y parviendrais pas. Vous devriez être flic si je puis me permettre.
- Je vous remercie pour vos compliments...
- Que puis-je faire pour vous ?
- Trois jeunes délinquants ont eu leur carte d'identité confisquée. Le commissaire vous a-t-il dit quelque chose les concernant ?
- Il nous a donné l'ordre de les enregistrer dans un fichier qui pourrait éventuellement nous aider dans nos enquêtes... A priori, ils ne feraient pas parti de la bande à Schultz. Voulez-vous leur identité ?
- J'ai leur nom, dit Barsacq avec un sourire...Pourriez-vous me donner les coordonnées de la jeune fille qui travaille au garage Simonet situé dans l'avenue Klébert ?
Il frappa sur le clavier de son ordinateur et répondit :
- Voici son adresse. Nous les avons déjà questionné une fois. Rien ne nous a permis de les soupçonner, en tout cas pour l'instant... Les deux derniers malfrats que vous avez arrêtés n'ont pas de casier judiciaire. Ce sont à priori de simples chômeurs qui disaient avoir été embauchés dans un bar par un inconnu dont le patron s'appelait Canon. Leur véhicule était faussement immatriculé comme d'habitude.
- Je vous remercie, je vais devoir vous laisser, je vous tiendrai au courant.
Il rentra chez lui, gara sa voiture sur le parking et se dirigea vers l'entrée. Il prit sa clé pour ouvrir la porte vitrée. En pénétrant dans le hall, il sentit la présence de quelqu'un derrière lui et se retourna. Un homme dont l'âge dépassait la trentaine, assez baraqué, cheveux en brosse, le visage taillé à coup de serpe, de même corpulence que lui, l'accosta.
- M. Barsacq, je m'appelle Loïc Morisot. Puis-je vous parler discrètement ?
- Votre nom me dit quelque chose... Etes-vous champion du monde de... ?
- Pas tout à fait, deux fois champion d'Europe...
- ...de Karaté, c'est ça ?
- Oui...Où pouvons-nous discuter ?
Barsacq, sans crainte, tout en restant sur ses gardes, l'invita chez lui.
L'homme déclara :
- M. Barsacq, un inconnu m'a engagé pour vous combattre moyennant une prime raisonnable. J'avais été disciple dans des écoles de maîtres, j'ai appris les règles de discipline et de sagesse que tout pratiquant de sport de combat se doit de connaître. Par conséquent, je me sers de cet art uniquement pour me défendre. Je vous serre la main et vous déclare mes amitiés.
- Très heureux, appelez-moi : Maurice.
Les deux hommes se serrèrent la main.
- Voulez-vous boire quelque chose ?
- Non, merci. Il faut que je parte
-... Qu'allez-vous dire à votre homme ?
- Que je suis tombé sur plus fort que moi et que j'ai dû abandonner dès le début...
- Puis-je vous demander comment vous avez rencontré cet inconnu ?
- Donnez-moi votre numéro de téléphone, je vous rappellerai. Pour l'instant il vaut mieux que je me dépêche pour éviter les soupçons.
Il lui donna ses coordonnées, Morisot lui souhaita bonne chance et ils se séparèrent. Sans être soupçonneux, tout comme pour Vigneron, le mécanicien, il se méfiait toutefois des deux hommes.
Barsacq résistait à la provocation de Mme Delatour mais celle de Jeannine Langlois pendant ses cours était bien plus ravageuse. Ses mouvements, son parfum et tout le reste détournaient de temps à autre les regards des élèves masculins de leur professeur. Barsacq restait de marbre et gardait sa concentration, mais pour combien de temps encore, se demanda-t-il. Quand il lui expliquait les utilisations de clé aux articulations, il remarquait qu'elle avait tendance à lui caresser légèrement la main en souriant. Il avait déjà eu à faire à des femmes lui faisant du charme, mais celle-ci était la championne.
Huit heures du soir, il faisait nuit. Une camionnette Renault bleue sombre roulait lentement en cherchant un emplacement pour stationner. Elle trouva une place vide entre deux voitures à deux cents mètres du domicile de Barsacq, elle fit un créneau et s'immobilisa. Un homme portant lunettes, vêtu d'un bleu de travail, sortit du véhicule, un attaché-case dans une main, une échelle pliable dans l'autre. Il se dirigea vers l'entrée d'un immeuble de quatre étages, composa un code et pénétra à l'intérieur. Au bout de quelques instants, il se trouva sur le toit du bâtiment. Un vent léger le caressait par intermittence, la lune éclairait les lieux d'une lueur blafarde, tout était calme dans les environs. L'homme prit la place qu'il avait prévue pour exécuter sa tâche au mieux. Il sortit de son attaché-case les différentes parties d'un fusil à lunette avec silencieux et les assembla. Il se mit en position et attendit.
Lorsque l'inconnu aperçut une silhouette de Barsacq qui regagnait son domicile, il vérifia à travers l'oculaire et reconnut le visage de sa cible. Il plaça le réticule en pleine tête de sa victime, certain de ne pas rater son coup et s'apprêta à faire feu. Tout à coup, il ressentit une présence derrière lui. Effrayé, il se retourna brusquement et pointa son fusil en direction des étoiles. Il pensa que cela provenait de sa nervosité et reprit rapidement sa position. Juste avant qu'il pût appuyer sur la détente, il ressentit la même impression, persuadé que quelqu'un était dans son dos à l'instant. Il commença à avoir la chair de poule sur tout son corps.
- Je rêve ou il y a des fantômes par ici ? murmura-t-il.
Cette présence se manifesta à nouveau mais au-dessus de sa tête. Paniqué, il ramassa en urgence ses affaires et rebroussa chemin. Pendant qu'il s'approchait de la Renault en courant, le conducteur l'aperçut et s'écria en montrant Barsacq :
- Mais qu'est-ce tu fous ? C'est lui là-bas.
Le tireur d'élite essoufflé, étouffé par la peur, s'engouffra dans la camionnette. Il ouvrit son attaché-case en tremblant, remonta son fusil, entrouvrit une vitre et se remit en position pendant que sa cible s'éloignait. Une nouvelle sensation dans le dos le fit sursauter en poussant un cri de frayeur et, toujours le même réflexe, il se retourna pour pointer son arme dans la direction opposée. Mais le bout du canon se trouvant à l'extérieur du véhicule, heurta la vitre entrebâillée et un coup de feu partit. Le conducteur ouït un bruit semblable à celui du départ d'un bouchon de champagne, reconnut le tir de son coéquipier et observa que la victime continuait à marcher.
- Tu l'as loupé ! C'est pas possible ! S'écria le conducteur.
- Dé...démarre ! Fout... Foutons le camp ! Dépêche-toi ! s'écria le tireur, le visage blême, en secouant l'épaule du conducteur qui démarra à tout allure sans comprendre. Ce dernier, à son tour, ressentant les mêmes effets effrayants, augmenta sa vitesse. Brûlant un feu rouge, la camionnette échappa de peu à un accident : un véhicule venant à sa droite heurta l'arrière et arracha le pare-chocs mais le conducteur gagné par la peur ne s'en rendit même pas compte.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire de fantôme ? Vous vous fichez de moi ou quoi ? dit Francis Ngo.
- C'est vrai, Franck, on était poursuivi par une sorte de...de....
- Ca suffit !... Bon... Rochefort, tu plaisantes, toi un tireur d'élite, rater ta cible à moins de deux cents mètres avec ça ? Vous rendez-vous compte si je dis ça au patron ? Il va me prendre pour un fou.
- Ecoute, Franck, rétorqua Rochefort, si tu ne nous crois pas, vas-y toi-même sur place avec ce fusil.
Ngo commença à réfléchir quelques instants et finit par croire à leur sincérité.
- Bon, écoutez les enfants, c'est à peine croyable mais je vous crois.. Je vais essayer de convaincre le patron mais ce ne sera pas facile.
Le lendemain, Agnès apprit la nouvelle à Barsacq qui aclata de rire. Tous les deux étaient d'accord sur le fait que cette tentative d'assassinat n'avait aucun rapport avec la récente visite d'inspection d'Agnès chez "Ngo Armes".
Samedi matin, une Citroën C5, dernier modèle, flambant neuf, s'arrêta sur le parking de la Société Ngo Armes. Deux hommes en costumes, dont un barbu aux cheveux frisés, portant des lunettes et un attaché-case à la main, descendirent du véhicule et se dirigèrent vers l'armurerie. Un vigile, tenant un téléphone portable, posté non loin de là les observait.
Le frisé poussa une porte vitrée, fit quelques pas, suivi de son assistant qui portait une simple serviette. Un homme de type asiatique en costume vint les accueillir.
- Messieurs Bonjour ! Que puis-je faire pour vous ?
- Bonjour Monsieur ! Je cherche M. Richardson, demanda l'homme à l'attaché-case avec un accent américain.
- Je suis désolé cher monsieur, mais il n'y a pas de ce nom là ici.
- Dites à votre patron que je suis un ami et client de monsieur Schultz qui est décédé. Je m'appelle Roy Scott, j'arrive de l'étranger.
- Veuillez vous asseoir et patientez.
Quelques instants plus tard, l'homme revint accompagné de Ngo et "un homme de main", un colosse aux yeux perçants.
- Nous ne connaissons ni M. Schultz, ni M. Richardson. Notre patron, c'est M. Ngo, cher monsieur, vous vous trompez d'adresse.
- Permettez-moi d'insister mais c'était M. Denis Schultz qui m'avait parlé de M. Richardson et qui m'avait donné cette adresse au cas où. Comme j'avais appris le décès de M. Schultz, j'aimerais continuer mes transactions avec M. Richardson afin de... Puis-je vous parler seul à seul, M. Richardson ?
- Non, je ne suis pas Richardson, mais allez-y, nous n'avons rien à cacher.
- C'est à propos de cartes bleues, j'aimerais renouveler... enfin vous voyez ce que je veux dire.
Le gérant hésita puis ordonna finalement à son vendeur de fouiller les deux visiteurs.
- Je ne comprends toujours pas ce que vous voulez. Mais venez dans mon bureau, vous allez m'expliquer ça. Excusez-nous mais nous sommes obligés de prendre des précautions car n'importe qui peut entrer ici, vous comprenez ?
Ngo, suivi de son garde du corps, et le frisé, qui seul était autorisé à les suivre, longèrent un couloir où se trouvaient des rayons vitrés sur lesquels étaient disposés différentes armes à feu et armes blanches. Quelques vendeurs discutaient avec des clients. Ils tournèrent à droite et empruntèrent un escalier, un atelier de réparation se trouvait sur la gauche. Ils montèrent au premier étage et arrivèrent devant une porte gardée par un homme vêtu d'un costume à la mode. Le garde du corps se tenait dans la pièce, la main placée dans sa veste, discrètement sur son arme en bandoulière.
- Je vous en prie, asseyez-vous. Alors, vous dites que vous venez de la part de M. Schultz, qui est ce monsieur ?
- Oui et non, puisque M. Schultz est décédé. Vous remplacez monsieur Richardson, n'est-ce-pas ?
- Non, répondit-il en souriant. Monsieur Richardson m'a cédé son commerce, je suis monsieur Ngo. vous n'avez pas répondu à ma question.
- Je suis un client de M. Schultz. Nous nous sommes rencontrés aux USA il y a quelques mois. Il me vendait des cartes bleues modifiées... enfin vous voyez de quoi je veux parler ?
Ngo eut soudain un sursaut et un air très étonné, il secoua la tête sans répondre.
- Et depuis sa mort, plus rien. Denis m'avait donné cette adresse au cas où j'aurais besoin de quelques armes à prix intéressant. Mais pour l'instant, ce sont plutôt les cartes qui m'intéressent, dit-il avec un large sourire. Pouvez-vous vous en charger ?
- Des cartes modifiées ? Mais c'est illégal ! Si vous voulez acheter quelque chose, apportez une carte valide, on ne veut pas d'ennuis avec la police.
- Pouvez-vous m'appeler monsieur Richardson, je vais traiter avec lui directement. Je suis venu en France exprès pour ça, ensuite je dois rentrer dans quelques jours aux Etats-unis ?
Francis Ngo commença à croire à la sincérité de son visiteur, du fait que personne ne devait être au courant de la présence de Richardson, excepté ses hommes et la bande à Schultz naturellement.
- Très bien, alors vous dites que Denis Schultz vous a vendu des cartes bleues directement, sans intermédiaire ?
- Par avion bien évidemment, dit le frisé en riant.
- Ne vous a-t-il pas donné certaines consignes et un code ?
Le frisé surpris, hésita un instant...
Des consignes ?...Ah oui bien sûr ! Il m'a dit de ne parler de "notre commerce" à personne. J'ai tenu parole, mais maintenant qu'il est mort... De quel code parlez-vous ?
- Non...ce n'est pas ça.... écoutez, monsieur heu...
- Roy Scott !
La sonnerie du téléphone interrompit la conversation.
- Allô !... Salut comtesse !...Oui,...Quand ?...D'accord. Heu...Tiens, il faut que je parle au "Chef" à propos de son fils, parce qu'il a fait des bêtises à notre insu. Tu pourras lui dires ?...Merci. Au revoir.
Après avoir raccroché, il continua avec son interlocuteur.
- Oui, je disais ...heu, tenez, veuillez me remplir cette fiche s'il vous plaît.
Ngo lui tendit un contrat de commerce d'armements en lui indiquant ce qu'il y avait à remplir.
Le frisé constata que certaines informations qu'il devra fournir risquait de tout gâcher, il hésita :
- Qu'est-ce que vous en faites, parce que je ne tiens pas à ce que la police...
- Non, non. Nous allons faire une petite enquête, c'est la règle pour tous nouveaux clients, et nous vous la rendrons.
- Je suis pressé, laissez-la moi, je vous la rapporterai lundi remplie et signé.
- Comme vous voudrez, passez un bon week-end, Monsieur heu...
Il était quinze heures trente de l'après-midi quand Barsacq quitta, pleinement satisfait, le 36 du Quai des Orfèvres, après avoir eu un entretien avec le patron de la brigade criminelle.
Maurice se rendit, sous un ciel ensoleillé, chez Simonet dont l'adresse lui avait été remise par Vigneron. Après avoir garé sa voiture sur le trottoir dans une petite rue, il se dirigea à pied vers une place bordée de quelques arbres, le pavillon se trouvait à une dizaine de mètres en retrait. Un vent d'automne balaya devant lui quelques feuilles mortes en lui rafraîchissant le visage. Il s'approcha de la propriété, entourée de murs, fermée par un portail en fer. Soudain, il entendit les aboiements d'un chien s'approchant de lui. La tranquillité de l'autre côté du mur laissait penser que le chien était seul. Il s'éloigna suffisamment de l'endroit pour obtenir une vue d'ensemble des lieux. Il se dirigea prudemment vers l'arrière du pavillon. L'endroit était désert, les habitations environnantes étaient toutes clôturées par des murs ou des haies. Il prit son élan à quelques mètres d'un mur, s'élança et d'un bon en atteignit le sommet avec ses mains. De là, il scruta discrètement la demeure : tout semblait désert dans la cour, parsemée d'herbes et de cailloux, qui entourait la maison. Il se hissa, sauta et se rétablit sur le gazon quand, tout à coup, à quelques mètres, de derrière un coin de mur du pavillon, surgit un doberman qui l'observa quelques secondes et se précipita en grognant vers lui. Barsacq se mit en position de défense, l'animal bondit sur lui au niveau du visage, mais Maurice s'effaça à temps du champs d'attaque et d'un tour de bras, profitant de l'élan de l'animal, l'envoya terminer sa course contre la clôture. Le pauvre chien presque assommé, hurla un gémissement, avant de tomber immobilisé sur le sol. Quelques secondes plus tard un deuxième doberman passa à l'attaque et subit le même sort que le premier après avoir fait un double saut périlleux spectaculaire. Barsacq se dirigea vers une porte vitrée où se trouvait la cuisine. Il inséra un passe-partout dans la serrure, ouvrit et pénétra dans la maison. Après quelques fouilles discrètes dans toutes les pièces y compris le grenier, il se dirigea vers la porte menant au garage. Il l'ouvrit et découvrit une camionnette Renault bleue marine enfoncée à l'arrière, sans plaque minéralogique. Il sortit son portable et téléphona à Fourreau... Il visita enfin la cave, poussa la porte d'entrée, alluma et trouva deux plaques d'immatriculations dont une était en cours de falsification.
Commissariat de Belleville.
- Vous répondez ou vous terminez votre vie derrière les barreaux. A vous de choisir, dit le commandant Leclerc, l'adjoint de Fourreau, en s'adressant à Simonet.
- Mais je vous l'ai dit. Schultz un jour était venu me proposer de travailler pour lui. Maintenant, un homme surnommé "le Chef" le remplace, je ne sais rien d'autre, dit le garagiste assis à une table dans une pièce réservée aux interrogatoires.
- Et vous acceptez, sans savoir qui sont ces clients, ni où ils habitent... Non, vous mentez. Vous savez autres choses. Si vous ne voulez pas parler, tant pis pour vous mais tôt ou tard, on le saura et on arrêtera toute la bande de toute façon.
- ...
- D'où viennent les plaques minéralogiques que vous trafiquez ? De chez un ferrailleur ? De voitures volées ? La comtesse, ça vous dit quelque chose ? Y avait-il d'autres personnes avec Schultz ?... Faites-moi le portrait de ce "chef".
- Je ne l'ai rencontré qu'une fois, peu après la mort de Schultz. Il avait des cheveux blonds, portait des lunettes de soleil, un catogan, la quarantaine pas plus, il doit mesurer dans les 1,80 m. On aurait dit Schultz en personne, tellement ils se ressemblaient, mais en plus vieux.
- Donnez-moi les coordonnées des deux hommes qui conduisaient la Renault bleue accidentée.
- Je pourrai les reconnaître sur photo mais je ne sais pas qui ils sont ni d'où ils viennent. Je n'ai jamais entendu parler de la comtesse... Les plaques proviennent d'un ferrailleur qui d'après ses déclarations travaille à Sartrouville... Il y avait trois jeunes avec Schultz mais je ne peux pas les reconnaître...
- C'est le ferrailleur qui vous livre ou c'est vous qui allez chercher ?
- C'est lui qui me les apporte.
- Quand la prochaine livraison aura-t-elle lieu ?
- Cela ne dépend pas de moi. Quand un coup se prépare, une voix me prévient au téléphone pour que je m'apprête à accueillir Roland, c'est le surnom du ferrailleur et la voiture servant à l'opération, une Peugeot 106.
- J'espère que vous ne vous êtes pas foutu de moi... vous voyez ce que je veux dire ?
-...
- Pourquoi la Renault était chez vous ?
- Pour que je replace de faux numéros avant de l'emmener dans mon garage pour la réparation.
- Qui doit revenir la chercher ?
- Un type que je ne connais pas, il travaillait avec le ferrailleur... dans deux jours.
19h 10. Martin, Levallois et Goujon, tous déguisés, arrivèrent au rendez-vous fixé avec Mme Laetitia qui les attendait.
- Asseyez-vous messieurs dames, je vous en prie. Je vous écoute.
- Croyez-vous aux fantômes ? lui demanda Martin en sortant son paquet de cigarettes.
- C'est un lieu non-fumeur, monsieur, insista-t-elle... Je n'en ai jamais rencontré encore de ma vie, mais ce sont des esprits. Oui, ils existent. Il y en a des bons et il y en a des méchants. La voyante parlait en faisant des gestes avec ses mains.
- Pourquoi se manifestent-ils ? demanda Goujon.
- C'est difficile de répondre à votre question. Pour des raisons diverses...Parce qu'on les invoque... mais à condition que ce soit pour une raison sérieuse, sinon ils ne vous répondent pas...Ou parce que vous vous appropriez quelque chose qui leur tenaient à coeur, par exemple l'achat d'une demeure, mais ce cas est rarissime... Il serait préférable que vous vous adressiez à un spécialiste des phénomènes paranormaux. Ce n'est pas tout à fait mon domaine. Le professeur Goujon ne put s'empêcher de sourire.
- Vous voulez dire un parapsychologue ?
- Par exemple...ou un exorciste.
- Je suppose que vous n'en connaissez pas ? ironisa Carine Levallois.
- Hélas, non... Mais vous savez, chère madame, si j'en connaissais un, je vous communiquerais volontiers son adresse et je partagerais bien un peu de ma clientèle avec lui... Mais si vous m'exposiez votre problème, je pourrais peut-être vous aider.
Martin ennuyé, jeta un regard interrogateur vers la "comtesse" en signe de prudence.
- Bon, étoutez, dit Martin, une cigarette non allumée entre les lèvres, deux de mes employés ont déclaré avoir été agacés et poursuivis par un être invisible. Je les crois parce que je les connais bien, ils sont en parfaite santé psychologique. Comment expliquez-vous cela ?
- A quel endroit, dans un immeuble, dans un cimetière... ?
- Dans une rue, le soir, en allant effectuer un travail chez un client. Et ce qui me paraît déconcertant, c'est que un de mes collègues et moi sommes passés aujourd'hui plusieurs fois au même endroit et n'avons rien ressenti. C'est une histoire de fous.
- En effet, comme vous dites... Vos deux employés ont-ils effectué leur travail ?
- Non, ils ont fait demi-tour sans même commencer leur tâche
- Votre entreprise a-t-elle des inimitiés avec une autre ?
Il y eut un silence, les trois clients se regardèrent un instant et Martin reprit.
- Pourquoi me demandez-vous ça ?
- Un concurrent aurait pu chercher à vous prendre vos clients en usant de méthode paranormale, par exemple par télépathie ou par un autre moyen pour effrayer vos employés et les empêcher d'accomplir leur mission.
- Ce serait par la télépathie... dit le docteur Goujon en regardant ses associés... Encore faut-il que l'on sache que ce sont nos employés, ce qui n'est pas le cas.
- Vous voulez dire que personne ne savait que c'étaient vos employés, pourtant ils sont sortis de chez vous pour aller travailler, non ?
- Non, dit la "Comtesse", ce n'est pas ce qu'il voulait dire, je crois qu'on tourne en rond. Nous avons effectivement un concurrent, pouvez-vous nous donner des détails sur lui ?
Il y eut un silence et la voyante reprit.
- Ce que je vais vous proposer, c'est de découvrir qui est ce concurrent qui veut vous mettre des bâtons dans les roues...
Les trois clients acquiescèrent. "Le guérisseur" sceptique, secoua la tête en souriant discrètement.
- Je vais vous demander de fermer les yeux et vous concentrer sur le patron.
Mme Laetitia ouvrit grand les yeux et observa attentivement sa boule de cristal. Quelques minutes passèrent. Elle déclara :
- Ouh là là ! Vous avez un ennemi particulièrement redoutable...il n'est pas seul. Je vois des hommes de loi...puis une femme...
Martin l'interrompit.
- Le pouvoir de télépathie dont vous avez parlé tout à l'heure, qui ?... lequel de ses personnages possède des capacités paranormales ? Pouvez-vous le découvrir ?
- Il faut que je fasse une association avec des cartes divinatoires.
Elle prit un jeu, le mélangea et demanda à Martin de le couper de la main gauche. Elle lui fit tirer une dizaine de cartes et les plaça une par une sur la table en formant un cercle face cachée.
- Je vais vous demander de fermer les yeux et de vous concentrer une nouvelle fois.
Pendant la séance, la voyante retourna toutes les cartes une par une.
- Vous pouvez ouvrir les yeux. Merci... La première lame, "Le Bateleur" confirme bien ma première interprétation... Cet homme a des amis..."La Justice", vous avez des problèmes avec...Hum ! Non... plutôt la police, ses amis sont des policiers qui vous recherchent ; mais n'ayez crainte, je garde toujours le silence, secret professionnel oblige... Cet homme n'a aucun pouvoir surnaturel ni connaissances occultes. Mais c'est un grand sage, l'association des lames "Hermite" et "Bateleur" le disent, elle fixa son regard dans sa boule de cristal et, selon ce que je vois, je confirme...qu'il combat pour une bonne cause...
- La police combat toujours pour les bonnes causes, dit Levallois, mais comme vous savez, parfois elle se trompe...c'est notre cas.
- Je vois une autre personne..."la Papesse", une femme, dit-elle en la touchant du doigt... un mystère...invisible...associée aux deux suivantes indiquent ..."Le Pendu" et la "Maison-Dieu", indiquent qu'elle est gravement malade...
Quelque chose d'inhabituel la frappa d'étonnement.
Ca alors ! S'exclama-t-elle. "L'arcane sans nom" appelée aussi "la mort" montre son décès...mais "le Monde" associé au "Jugement" donnent une guérison ou une résurrection... Et ce que je vois dans le cristal... c'est incroyable, je n'ai jamais vu ça. S'exclama-t-elle à nouveau, les yeux exorbités...Elle serait encore vivante et son esprit erre quelque part..."la Lune", cette lame m'indique...que son corps serait dans un hôpital, à la morgue.
Dix heures du matin, Barsacq venait de commencer ses fonctions au commissariat de Belleville en tant que capitaine de police stagiaire. Fourreau était assis devant lui. Le téléphone sonna.
- Excuse-moi, Emile... Maurice Barsacq, j'écoute.
- Capitaine, Lieutenant Boulanger. Un type a tenté de descendre Vigneron, je l'ai envoyé à l'hôpital avec une balle dans l'épaule. Il s'appelle Georges Pukala, 26 ans, manutentionnaire...
- Beau travail, Eric... je tiens le commissaire au courant. Un gardien de la paix va vous remplacer tout-à-l'heure.
Barsacq en informa Fourreau et continua sa conversation avec son ami.
- Il y avait 33 flacons vides exactement, dit Fourreau. Nous n'avions rien trouvé de suspect dans les bouteilles de vin rouge... Je me demande si ses bouteilles ne servaient pas à diluer un produit versé dans les flacons. Ce serait dans ce cas quelques choses de consommable, une drogue par exemple qu'aurait inventée notre professeur pour "fidéliser" ses patients.
- Trente trois bouteilles...pourquoi trente trois... pour trente trois personnes ? Dites "trente trois" ... Le Christ avait trente trois ans... La bière "33". Une simple commande... ou une pure coïncidence ? Cela aurait pu être trente quatre ou moins...
Le téléphone du commissaire retentit.
- Emile Fourreau, j'écoute.
- Patron, dit le commandant Leclerc, concernant l'appareil qu'on a pris pour un poste radio calciné trouvé dans les débris de la Porsche cette nuit, les experts ont examiné et testé la puce qui était à l'intérieur. Ils sont formels... On tient leur nouvelle "technologie", celle donc qui avait été inventée par Schultz à l'insu de ses complices.
Maurice et son ami ne cachaient pas leur joie, ils allèrent sur le champ annoncer la nouvelle à leurs collègues.
Il était 3 heures du matin, un véhicule s'arrêtait devant l'hôpital Lariboisière. Le conducteur, dans un état de nervosité extrême, était seul. D'une trousse de toilette, il sortit une seringue et un petit flacon contenant une substance noirâtre. Il remplit la seringue, retint sa main qui tremblait et s'injecta le contenu dans une veine de l'avant-bras. Quelques minutes plus tard, ses artères se dilatèrent, sa force se trouva quadruplée, son poids atteignit 120 kilogrammes au lieu de 72 à l'origine, et une taille de 2,15 mètres au lieu de 1,85 mètres à l'origine. Ses vêtements devenus trop serrés pour lui commençaient à se déchirer à certains endroits. Il sortit de son véhicule, pénétra dans l'hôpital, d'un pas lourd, s'approcha de l'accueil et demanda à voir Agnès Chevalley. Lorsque l'hôtesse aperçut l'état de son visage et de son coup dont les veines étaient en relief, elle s'affola.
- M... Qu... qu'est-ce qui vous arrive ? Attendez, j'appelle le service d'urgence... c'est horrible.
- Non ! lui ordonna-t-il d'une voix raisonnante. Je voudrais... voir Agnès Chevalley d'urgence.
- Mais, je... je n'ai pas le droit de...
L'homme la saisit à la gorge et, la poussa violemment, la fit chuter. Il visita alors toutes les chambres en commençant par la plus proche.
- Eh !... vous ? Que faites-vous ? s'écria un médecin en l'empoignant par sa veste.
D'un geste du bras, il le jeta violemment contre un mur.
- Appelez la police ! s'écria quelqu'un. Deux autres employés de l'hôpital se précipitèrent sur lui et furent projetées à plusieurs mètres.
"Dégage, dégage !" grogna le monstre en balayant tout sur son passage. Pendant ce temps, la réceptionniste légèrement étourdie, appuya sur le bouton de la montre-bracelet que Barsacq lui avait remise et la montre d'Agnès clignota. Alors qu'il visitait chaque chambre, il reçut une chaise sur la tête... le coup lui fit peu d'effet. Se retournant il vit un infirmier, il se saisit de son revolver et le visa. Tout à coup, dans une chambre de malade, il sentit une présence derrière lui, il se retourna mais ne vit personne. Puis il sentit quelqu'un lui toucher l'épaule... puis les cheveux. Il tournait sur lui-même mais ne voyait personne. Agacé, il se dirigea vers le seuil, regarda à droite, puis à gauche, personne. Il ne pensait pas au fantôme dont on lui avait parlé à cause de la drogue. Il continua à chercher dans chaque pièce y compris les bureaux, les toilettes, les kagibis... sentit à nouveau quelqu'un derrière lui, se retourna, fit feu dans le vide en utilisant la dernière balle qui lui restait ; plus personne n'osait essayer de le maîtriser depuis qu'il était armé sauf une présence invisible qui le désorientait. Les malades hurlaient dans les chambres chaque fois qu'il y faisait irruption. Un début d'incendie se déclara dans un local à poubelles. L'homme atteignit enfin la chambre d'Agnès. Il regarda à nouveau la photographie de sa victime qu'il avait dans sa poche pour se remémorer son visage. Alors qu'il s'apprêtait à enfoncer la porte, il fut interrompu par une sommation :
- Police ! Jette ton arme ! hurla une voix lointaine qui résonna dans les couloirs de l'hôpital.
L'homme se tourna en direction de Barsacq en pointant son revolver vide. Une détonation retentit ... malgré une balle dans le genou il avança vers son adversaire se trouvant à une vingtaine de mètres. Barsacq, en position agenouillé, son arme pointée dans sa direction, lança une deuxième sommation. Le monstre continuait à avancer puis soudain, il lança son revolver en sa direction à une vitesse telle une boule de canon, Barsacq l'évita à temps ; il reconnut le visage de Valentin Schultz. La douleur eut finalement raison du monstre, il s'affaissa doucement et bascula, mais se releva aussitôt en se tenant la jambe ensanglantée :
- Elle a tué... mon fils, lança Schultz en essayant d'avancer péniblement, elle doit... mourir, grogna-t-il.
A bout de force, il tomba à la renverse en poussant un cri. Cloué au sol, il attendait que Barsacq s'approchât... Schultz lui attrapa une jambe, mais aussitôt il poussa un dernier cri en lâchant prise. Le lieutenant Nedelec arriva et put enfin lui passer les menottes pendant que l'effet du sérum diminuait. Barsacq remercia l'infirmière-hôtesse de sa collaboration.
- Valentin Schultz, dit Barsacq, s'est dopé avant d'entrer dans l'hôpital. La substance lui a donné une force et une résistance phénoménales... qui lui ont permis de démolir tout ce qui le gênait sur son passage et de résister à une balle de Manurhin.
- Une fiole vide, dit Leclerc, a été trouvée dans sa voiture, il devait contenir un nouveau sérum créé par le professeur Goujon.
- Etant donné sa petite taille par rapport aux flacons trouvés dans l'entrepôt, le contenu de l'un serait destiné à être versé dans l'autre, puis dilué avec du vin, dit Fourreau logiquement...
- Mais Schultz n'a pas bu cette substance, dit Barsacq, il se l'est injectée, et du pur, sans mélange, c'est suicidaire.
- On va l'envoyer en laboratoire, dit Fourreau, mais en attendant le temps presse, nous n'avons pas de temps à perdre. Cette "potion magique" risque de faire des dégâts s'il se trouve entre les mains de tous les membres de la bande.
Fourreau commençait à faire les cents pas quand le commandant Leclerc l'interrompit.
- Patron, dit-il, j'ai réfléchi à ce chiffre 33, l'âge du Christ comme disait Monsieur Barsacq... et à ce sérum qui donne une force surhumaine. Lorsque j'ai rencontré Mme Schultz mère, qui est séparée de son mari, pour l'interroger -elle était adepte de la secte "Infinitude"- elle m'avait dit qu'elle devait boire le "vin de vitalité" lors des cérémonies pour que l'âme puisse vivre éternellement après sa mort... Le véritable sang du Christ transformé en vin...qui produit vraiment un effet miraculeux, m'a-t-elle dit. Et je ne l'avais pas crue.
- Un moyen pour attirer de nombreux adeptes et gagner des dons financiers colossaux, dit Fourreau.
- Et pourquoi 33 bouteilles ? demanda Barsacq au commandant.
- Elle ne m'a rien dit là-dessus... Peut-être pour donner plus de véracité à leurs cérémonies. Je suppose que ces flacons étaient présentés sur l'autel.
- Bien, dit le commissaire. Monsieur Leclerc, vous faites du bon travail, je vous en félicite... Continuez les interrogatoires. Et Maurice, tu t'occupes, hein... comme d'habitude...
- ...De m'infiltrer dans la secte avant ton intervention.
Les deux hommes du commissaire quittèrent son bureau et Barsacq regagna le sien. Il referma sa porte, sortit sa télécommande et appela Agnès.
- Oui, Maurice.
- Comment vas-tu ?
- De mieux en mieux. Je vais devoir regagner mon corps souvent.
- J'en suis très heureux. A bientôt !
- Maurice, tu as l'air pensif, as-tu besoin de moi ? Si c'est pour sauver des milliers de gens, je suis prête. Tu aurais fait la même chose à ma place.
- D'accord, pourras-tu visiter la secte de "l'Infinitude" rapidement. Je crois qu'on va mettre le paquet sur l'organisation.
- Cela en vaut la peine, je peux. A bientôt !
Un peu plus tard, Agnès revint informer son ami.
"Une surprise", dit-elle, "Mme Foulon faisait la cuisine... Cinq personnes en robe célébrent la cérémonie... Une centaine de fidèles... Quatre vigiles (peut-être) sont postés discrètement au quatre coin de la propriété... Un laboratoire au sous-sol... Goujon et une femme y travaillent... De là, une sortie souterraine d'environ une trentaine de mètres de long débouche sur le paillasson d'une maison voisine clôturée même style que chez Simonet, à l'intérieur se trouvaient deux types avec pistolet-mitrailleur. A l'arrière du pavillon, une Renault turbo garée derrière un portail". Barsacq quitta son bureau et vint le signaler à Fourreau. Le commissaire et ses hommes se rassemblèrent pour organiser une intervention.
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Le pigeon de l'année croii croii croiiiii
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