On va pouvoir bientot peut-être oublier le pétrole, polluant, cher et en voie de raréfaction
Y croyez-vous?
Voici un article publié par the Guardian et traduit pas Courrier International.
"Sciences
PHYSIQUE - L’hypothèse farfelue qui pourrait changer le monde
Un chercheur prétend avoir découvert une nouvelle source d’énergie. Mais ses travaux, très contestés, contredisent toute la physique quantique.
Le scientifique Randell Mills - DR
Cela semble trop beau pour être vrai : les hydrinos, une nouvelle forme de l’atome d’hydrogène, pourraient représenter une source d’énergie pratiquement illimitée, qui ne coûte presque rien, utilise de petites quantités d’eau comme combustible et ne produit quasiment pas de déchets. Et, comme si cela ne suffisait pas, le principe qui permet de l’obtenir bouleverse de fond en comble la physique moderne. Randell Mills, un scientifique qui a d’abord décroché un diplôme de médecine à Harvard avant d’étudier l’électrotechnique au Massachusetts Institute of Technology (MIT), affirme avoir mis au point un prototype de source d’énergie capable de produire jusqu’à mille fois plus de chaleur que les combustibles traditionnels. A l’en croire, sa découverte a été confirmée par des chercheurs indépendants, et son entreprise, Blacklight Power, serait prête à investir plusieurs dizaines de millions de dollars dans la commercialisation de l’une de ses applications au cours des prochains mois.
Le problème est que, d’après les lois de la mécanique quantique – la théorie physique qui explique le comportement des particules –, le phénomène décrit par Mills est tout simplement impossible. “Les physiciens sont plutôt conservateurs. Il est difficile de les convaincre de modifier une théorie qu’ils acceptent depuis cinquante ou soixante ans. Je ne crois pas qu’ils soutiendront les idées de Mills”, confirme Jan Naudts, physicien théorique à l’université d’Anvers. Ce qu’ils refusent de croire, c’est que Mills a pu produire une nouvelle forme d’hydrogène, le plus simple de tous les atomes – il est constitué d’un seul proton, autour duquel circule un seul électron. Dans le cas des “hydrinos” de Mills, l’électron se trouverait un peu plus près du proton que la normale. Leur formation – à partir d’atomes d’hydrogène classiques – libérerait d’énormes quantités d’énergie.
Hérésie scientifique, crient certains. En effet, selon la mécanique quantique, les électrons gravitent autour du noyau sur des orbites précises, et la plus courte distance entre le proton et l’électron d’un atome d’hydrogène est immuable. Les deux particules ne peuvent simplement pas se rapprocher davantage l’une de l’autre.
“Nous avons mis notre réputation en jeu”
Pour Mills, il ne peut y avoir qu’une seule explication à sa découverte. La mécanique quantique doit se tromper. “Nous avons fait beaucoup d’expériences. Nous disposons de cinquante rapports de validation rédigés par des experts indépendants et nous avons publié 65 articles qui ont été soumis à un examen collégial, précise-t-il. Mais nous nous sommes heurtés à une résistance théorique, et il y a là divers intérêts en jeu. Les gens veulent protéger à tout prix la théorie quantique, qu’ils utilisent pour leurs travaux.” Rick Maas, chimiste à l’Université de Caroline du Nord (UNC) à Asheville et spécialiste des sources d’énergie renouvelables, a bénéficié d’un accès illimité aux laboratoires de Blacklight pendant toute l’année. “Nous avons démarré avec un scepticisme prudent : ç’aurait été fantastique que ces affirmations soient vraies, mais en tant que responsable d’un institut de recherche je ne pouvais pas risquer de me tromper. La dernière chose que je souhaite est de rester dans les mémoires comme celui qui aurait orienté une grande partie de l’investissement dans l’énergie durable vers une découverte qui n’aurait été que du vent”, explique-t-il.
Mais, lorsqu’il a quitté Blacklight en compagnie de Randy Booker, un physicien de l’UNC, tous ses doutes avaient disparu. “Tous ceux d’entre nous qui ont examiné les travaux du Dr Mills et qui ne sont pas des physiciens quantiques trouvent ces travaux très convaincants, ajoute-t-il. Le Dr Booker et moi-même avons tous deux mis notre réputation en jeu là-dessus.” La découverte de Mills va à l’encontre de presque un siècle de mode de raisonnement. La théorie de la mécanique quantique décrit un monde où la position et l’énergie exactes d’une particule ne peuvent pas être mesurées et où les lois de la physique classique ne s’appliquent pas. Elle a été saluée comme l’un des plus grands progrès du XXe siècle. Mais, pour Mills, ce progrès a fait long feu. Il est donc revenu à la physique classique pour concevoir une théorie qui, à la différence de la mécanique quantique, permette à l’électron d’un atome d’hydrogène de circuler beaucoup plus près du proton, libérant ainsi beaucoup plus d’énergie. Et c’est cette énergie qu’il veut exploiter.
Un chauffage domestique bientôt commercialisé
Sa théorie, exposée en 2003 dans la revue Physic Essays, a été vivement critiquée par Andreas Rathke, de l’Agence spatiale européenne, dans un texte publié récemment par le New Journal of Physics. Selon lui, elle ne serait que le résultat d’une série d’erreurs mathématiques. Pour Mills, la critique de Rathke est infondée. “Son article est truffé d’inexactitudes. D’autres physiciens l’ont contacté pour lui dire que ses propos étaient embarrassants pour la revue, mais il refuse de répondre”, explique-t-il. Bien que l’imbroglio théorique ait peu de chances d’être rapidement démêlé, la découverte de Mills suscite beaucoup d’intérêt. “Nous aimerions d’abord la comprendre d’un point de vue scientifique, puis utiliser ses implications pour réellement produire de l’énergie, explique Rick Maas. Des entreprises très connues nous ont contactés.” Mills ne souhaite pas donner les noms de ceux qui investissent dans ses travaux, mais selon la rumeur ils comprendraient plusieurs compagnies d’électricité américaines. On sait également que l’Institut des concepts avancés de la NASA a financé des recherches sur la possible utilisation de la technologie de Blacklight pour la propulsion des fusées. Selon Maas, le premier produit appliquant la découverte de Mills sera un chauffage domestique qui pourrait être commercialisé d’ici quatre ans à peine. Viendront ensuite des chaudières plus grosses, capables de porter de l’eau à ébullition et de faire tourner des turbines pour produire de l’électricité.
Selon Maas, l’énergie obtenue à partir des hydrinos aurait un coût d’environ 1,2 cent par kilowatt/heure, contre 5 cents en moyenne pour le charbon et 6 cents pour l’énergie nucléaire. “Si cette théorie est fausse, on finira bien par le démontrer”, conclut Kert Davies, directeur de recherche à Greenpeace-Etats-Unis. “Mais, si elle est vraie, ses implications sont si grandes que le reste ne compte plus. Elle nous permettrait de nous libérer de notre dépendance à l’égard du pétrole. En ce qui nous concerne, nous avons opté pour une attitude d’optimisme prudent.”
Alok Jha
The Guardian "