RENAULT 14 (Ou la déconfiture d’une Poire mi figue mi raisin…)
INTRODUCTION
1976… Une année bien peu arrosée, au point d’instituer un nouvel impôt pour venir en aide aux agriculteurs victimes de la "sécheresse du siècle".
Ce fut aussi l’année de la mort de Mao Tsé Toung et de Jean Gabin, de la naissance du LOTO, des premières images de Mars grâce aux sondes Vikings, pendant qu’une usine Italienne rejetait accidentellement de la Dioxine du côté de Sévéso…
Alors qu’Eddy Mitchell nous parlait de la fille du Motel et de ces ennuis sur la route de Memphis, Jean-Michel Jarre se shootait à l’Oxygène tandis que notre Johnny national cherchait à savoir ce qu’il y avait Derrière l’amour.
Au printemps, la 7cv du bonheur nous honore de sa présence : La Renault 14 est née !
Sa mécanique est identique à celle de la Peugeot 104 présentée 4 ans auparavant : Un 4 cylindres transversal de 1218cm3 incliné à 72° et boite en dessous lubrifiée par la même huile, conçu par la Française de Mécanique, une entreprise tenue à part entière par Renault et PSA.
La régie s’octroyant la mise au point du 2 litres "tout alu", et la firme au lion celle de ce 4 cylindres et du V6 dit "PRV".
Essais de chocs divers
CARRIERE DE LA VOITURE AU FIL DES MILLESIMES (France uniquement)
1976
Présentation de la Renault 14 à la presse en janvier, mais aucune voiture n’est disponible à la vente avant juin sous le millésime suivant.
Une poire toute verte: Pas mure!
La voiture remporte le prix du Design Industriel 1976.
1977
14L : Version d’attaque, sièges avant à dossiers non réglables, pas de chromes ni de moquette…
La version de base 14L, la plus rare de toutes les 14!
14TL : Identique mécaniquement, mais l’équipement est supérieur :
2 feux de recul
Compteur kilométrique partiel
Rétroviseur intérieur jour/nuit
Enjoliveurs de roues
Entourage de calandre, de pare-brise et de lunette arrière chromé
Entourage des vitres latérales noir mat
Moquette au sol
Freinage assisté
Dossiers de sièges avant réglables
Vide-poches devant le levier de vitesse
Allume-cigares.
1978
Tous modèles : Réservoir de 48 litres au lieu de 38, Nouveaux dessins des garnitures de sièges, nouvelles couleurs du tableau de bord.
14L : Cette version devient la 14 "tout court".
Présence d’un totalisateur kilométrique partiel.
14TL : Modèle phare assurant la quasi totalité des ventes.
Très rare option toit ouvrant en toile!
1979
Tous modèles : Clignotants avant orange, ceintures de sécurité à l’arrière, Rétroviseur extérieur droit, commande de lave-glace électrique et nouveau bocal.
14 : Supprimée…
14TL : Inchangée…
14GTL : Nouvelle version reprenant la mécanique de la TL, mais à l’équipement plus fourni :
Console centrale avec montre à quartz
Pré-équipement radio
Boite à gants à couvercle et éclairée
Logos GTL sur le panneau de custode
Lecteur de cartes
Cendriers arrière
Jantes dites de style.
14TS : Nouveauté pour le millésime, moteur de cylindrée identique mais avec un Solex double-corps et admission plus directe.
Equipement en nette hausse :
Boucliers de couleur anthracite et plus larges
Calandre aux ailettes inclinées et garnie d’un logo TS
Stripping latéral sur les ailes avant visant à réduire l’épaisseur de la silhouette
Sièges avant de type "pétale"
Vitres Av électriques et condamnation centralisée des portières
Phares à iode H4
Bacs de rangement dans les portières Av
Compte-tours
Manomètre de température d’eau sur la console, à côté de la montre.
1980
Tous modèles : Boucliers anthracite et plus larges de la TS, nouvelle face avant avec clignotants à côté des optiques, grille d’entrée d’air devant le pare-brise en plastique noir, modification de l’échappement, nouveau ressort d’embrayage.
14TL et GTL: Moteur avec un nouveau carburateur, délivrant 1,5cv de plus.
Sièges avant de la R18, jantes identiques sur les 2 versions.
L'intérieur d'une GTL
14TS : Nouveau moteur 1360cm3 avec carburateur Solex 32 CICSA développant 70cv DIN.
1981
14TL et GTL : Nouveau dessin du tableau de bord et redistribution des voyants de contrôle.
14TS : Compte-tours avec une plage verte dite "économique", éclairage des boutons situés sur la console centrale.
1982
Tous modèles : Nouveau graphisme du monogramme arrière, nouvelle implantation des fusibles.
TL : Nouveaux draps de sièges. Nouveaux rapports de boite apportant 8% de gain en consommation.
GTL : Moteur 1360 de la TS mais dégonflé à 59cv, sellerie velours, logos de custode supprimés. Boite 5 en option.
TS : Boite 5 vitesses de série.
Les sièges "pétales", d'un rare confort!
1983
TS : Pneus 155SR13 au lieu de 145.
Fin de production en juin 1983.
999 193 voitures produites.
LES RAISONS D’UN ECHEC…
Tout d’abord, la 14 frisa le million d’exemplaires produits, nous sommes donc loin du bide de la Chrysler Airflow ou, plus récemment, de la Vel-Satis…
Mais dans cette catégorie et à cette époque, un tel chiffre de production était très loin de réaliser les ambitions de la marque pour cette voiture.
A titre d’exemple, la Citroën GS contemporaine, voiture pourtant atypique elle aussi, dépassa les 2 millions de ventes.
La voiture fut assez mal accueillie dans le réseau, en effet pour beaucoup d’anciens mécanos cette Renault était trop "Peugeotisée", et même les vieux clients de la marque (en particulier ceux qui avaient achetés leur première Renault du temps de Monsieur Louis, il y en avait encore beaucoup en 76…
) furent décontenancés par les solutions techniques de la 14…
Il n’était pas habituel pour eux d’acheter une clé spécifique pour sortir des bougies !
On va vite s’apercevoir aussi de certains détails agaçants, en particulier du fait que le bouclier arrière était… Moins large que les ailes qu’il était censé protéger !
La voiture fut rapidement surnommée "la 7cv du bonheur des carrossiers"…
Il faudra attendre 1979 et la TS pour voir le problème résolu, un peu long quand même !
Ajoutez à cela que, pour une fois chez ce constructeur, la voiture ne fut pas lancée en un nombre important de versions : Il n’y en avait que deux jusqu’en 1979, et encore ne se différentiaient-elles que par des détails d’équipement, il n’y eu jamais de version à boite automatique par exemple…
Publicis concocta alors en 1978 une campagne de communication visant à relancer des ventes déjà dans le rouge moins de 2 ans après la commercialisation de la voiture.
Le point fort de l’auto était son habitabilité, on allait donc mettre le paquet dessus!
La caisse allant en s’élargissant pour favoriser la place dévolue aux passagers, plusieurs s’aperçurent que la voiture avait la silhouette d’une… poire!
Ce fruit étant bien vu de tous et d’une saveur agréable et sucrée, il a été jugé pertinent de faire un parallèle entre ce dernier et la voiture… (on oublia hélas que le terme "poire" dans l’argot Français signifiait aussi autre chose qu’un fruit!
)
La campagne fut un échec rarement égalé…
Totalement brocardée par la population, malmenée par des humoristes (Roland Magdane en particulier), la 14 n’avait plus qu’a se cacher pour mourir…
Beaucoup se défoulèrent sur l’agence de pub, mais c’était oublier que cette campagne malheureuse fut validée par le service marketing de la régie.
De toute façon, la 14 fut la bête noire des concessions, qui n’aimaient pas trop la voir entrer en atelier :
Train avant de Peugeot, train arrière 100% Renault
Allumage défectueux rendant les démarrages à froid très délicats jusqu’en 79
Finition bâclée et fragile
Etanchéité assez relative
Et cette saloperie de rouille…
Les chaines de peinture en 1977...
AU BANC D’ESSAI
14TL 1976
L’Auto-Journal se félicite de la fusion mécanique entre les 2 marques Françaises.
Si la 14 est silencieuse et très bien suspendue, elle n’a en revanche rien d’un Dragster…
En clair, la voiture est molle, la moindre côte l’essoufle.
Il est par contre très facile de rouler à 40 en ville sur le quatrième rapport.
L’équipement est des plus limités : Il n’y a même pas de montre, d’appuis-tête ou de compte-tours…
La consommation est raisonnable, mais le freinage n’est pas la point fort de l’auto : Il est perfectible à chaud…
Les journalistes pressentent hélas l’un des plus gros défaut de la 14 : Sa carrosserie vulnérable aux petits chocs latéraux.
Conclusion : Une voiture anti fatigue, mais sans grands plaisirs de conduite à son volant.
14TS 1979
On change un peu de planète avec cette TS par rapport à la TL, en effet, il semble que la régie ai pris conscience des lacunes de son modèle et la TS vient presque tout corriger !
Tout d’abord les performances : Le moteur est plus volontaire, la voiture ne s’efface plus à la première déclivité.
Les journalistes trouvent enfin la 14 agréable à conduire, et ce malgré une consommation un peu plus élevée, rançon de performances en net progrès !
L’équipement, jugé insuffisant 3 ans plus tôt est cette fois-ci porté aux nues…
Compte-tours, montre à quartz sur console, vitres Av électriques, feu Ar de brouillard, sièges avant parmi les meilleurs de toute la production automobile !
Les reprises restent toutefois très moyenne à bas régime et la commande de boite est imprécise…
14TS 1980
Exit la TS 1218cm3 après 1 an de commercialisation seulement…
La course des pistons est augmenté et le moulin passe à 1360cm3, dans le même temps on remplace le double-corps à ouverture simultanée par une version améliorée à ouverture décalée : La consommation est en baisse, pas les performances !
La vitesse gagne même 1km/h…
La commande de boite est plus agréable et surtout plus précise.
Sans défauts la 14 ?
En cherchant bien, les pneus de 145 sont trop étroits, le réservoir mal protégé (sous le coffre, la roue de secours étant sous le capot), l’accessibilité mécanique mauvaise (moulin incliné…) et le prix conséquent !
LA COTE A JENSEN (qui n’engage que lui…)
Comme d’habitude, le premier prix indique une voiture COMPLETE et ROULANTE mais à reprendre entièrement, le second une voiture de papy en parfait état de marche et de présentation.
Peu de demande et pratiquement pas d’offre, on se retrouve donc dans la situation de la Fiat 131 déjà étudiée : Cote TRES basse… (A vous d’en profiter!
)
R14L/standard 1976-78 : 250€/1000€
R14TL 1976-83 : 200€/900€
R14GTL 1979/83 : 300€/1200€
R14TS 1.2l 1979 : 450€/1400€
R14TS 1.3l 1980-83 : 400€/1300€
ACHETER UNE R14
Ca c’est bien !
Maintenant il vous faudra en trouver une, de préférence pas trop pourrie, et là…
Il faut bien reconnaître que la poire est peut être l’un des pires piège à rouille de toute la production automobile mondiale, à égalité avec l’Alfasud on va dire…
Certaines étaient livrées aux clients déjà bouffées, c’est dire !
La faute à qui ?
A de l’acier de très mauvaise qualité tout d’abord, mais aussi à un mauvais traitement anticorrosion des corps creux, et ce malgré le bain de cataphorèse appliqué sur la caisse.
Je me souviens d’une 14TL achetée neuve en 1978 par la mère d’un copain.
Elle se fendit d’un traitement Dinitrol d’une somme pourtant conséquente, et bien vous me croirez si vous voudrez mais en 1980 apparaissait de la corrosion perforante sur le panneau de custode!
Ne me demandez pas où il faut inspecter la tôle… Il faut regarder absolument PARTOUT! Et surtout ne pas hésiter à enlever tapis et autres garnitures : Même sur une voiture peu kilométrée vous risquez de sacrées surprises!
Quand aux pièces, peu de problèmes pour la mécanique, que l’on retrouve sur les Visa, BX14 et autres 104 ou 205, mais par contre pour la tôlerie, la sellerie ou les pièces spécifiques d’accastillage, c’est maintenant le désert des Tartares…
Mes préférées ?
Les premières avec les clignotants dans les boucliers, pour moi les seules "vraies" R14, les versions post 1980 rentraient trop dans le rang d’un point de vue esthétique…
Si vous pouviez trouver une très rare 14L…
Les dernières TS, fiables et bien équipées, peuvent représenter un très bon choix.
Mais une 14TL 1978, bleue métal avec intérieur simili noir vous mettra parfaitement dans l’ambiance de la fin des Seventies !
Il ne vous reste plus qu’à trouver un poste à cassettes d’époque et vous pourrez accompagner Cloclo à tue tête au volant: "Alexandriiiee, Alexandraaaa…"
CARACTERISTIQUES TECHNIQUES
Données générales
Berline 5 portes
Coque autoporteuse
Moteur 4 cylindres en ligne transversal
Traction avant
1 carburateur Solex simple-corps
Refroidissement par eau
1 arbre à came en tête
Boite mécanique à 4 rapports (5 sur TS à partir de 82)
Freins à disques à l’avant, tambours à l’arrière, assistés (sauf 14 et L)
Pneus 145SR13 (sauf TS millésime 1983 : 155SR13)
Direction à crémaillère
Réservoir de 38 litres puis 48 dès 1978
Suspension avant système Mc Pherson à ressorts hélicoïdaux, arrière par barres de torsion, 4 roues indépendantes.
Longueur : 4.02m
Largeur : 1.62m
Hauteur : 1.40m
Empattement : 2.50m à droite, 2.53m à gauche (à cause des barres de torsion Ar)
14L et TL 1977
1218cm3
57cv Din à 6000trs
9.4 mkg à 3000trs
143km/h
865kg
14TS 1979
1218cm3
Carburateur double corps à ouverture simultanée
69cv Din à 6000trs
9.8 mkg à 3000trs
155km/h
880kg
14TS 1980
1360cm3
Carburateur double-corps à ouverture décalée
70cv Din à 6000trs
10.8 mkg à 3000trs
157km/h
890kg
14GTL 1982
1360cm3
59cv Din à 5250trs
10.4 mkg à 2500trs
148km/h
865kg
14TL 1983
1218cm3
58.5cv Din à 5500trs
9.5 mkg à 3000trs
145km/h
855kg
CONCLUSION
Une voiture à oublier!
Tel sembla être le terme préféré de la marque au losange depuis 1983.
Fort heureusement, de plus en plus d’entre nous se prennent de passion pour cet accident industriel, et ce n’est pas plus mal!
La R14 mérite bien mieux que le silence géné dont on l’a entouré depuis 25 ans, certains ont déjà entamés des restaurations sur des bases encore (à peu près) saines, qui se lève pour suivre leur exemple?
TEXTE : Jensen
CREDITS PHOTOGRAPHIQUES : Renault, Publicis, l’Auto-Journal, ETAI, archives de René Bellu.
Message édité par jensen le 12-03-2008 à 23:05:40