Une histoire qui nous est arrivée et que j'enverrai peut-être à échappement. Quelques autres souvenirs, à écrire, qui seraient impensables aujourd'hui....
Une lumière dans la nuit
Dans les années 1975 les rallyes débutaient souvent le samedi vers midi et se terminaient le dimanche matin. Les reconnaissances étaient libres. Nous étions partis le WE, avec mon ami et coéquipier Bernard B…, reconnaître le rallye du Mont Blanc autour d’Annecy, au volant de mon coupé Alfa Roméo 2000 GTV. Ne disposant que d’un WE sur deux, les journées de samedi et dimanche étaient consacrées à la prise et ou vérification des note des spéciales et une partie de la nuit aux reconnaissances “ rapides “. Le WE suivant on courrait !
Nous étions dans la spéciale du Salève, au dessus de Cruseilles, il était aux environs de 23 heures 30, une belle nuit de pleine lune. Bernard égrenait les notes à la volée. Il ne faut pas se manquer car les droits successifs du plateau se passent à fond de 5 ; ça va très très vite. Tout d’un coup tous les phares de la voiture s’éteignent. Je m’arrête en catastrophe et ne peux que constater que nous n’avons plus aucuns feux aussi bien devant que derrière. Ce ne sont pas les fusibles, est-ce le comodo ? Impossible de réparer. Nous voila coincés à 150 km de chez nous. Nous convenons avec Bernard que nous n’allons pas passer la nuit ici. Doucement nous roulons jusqu’à la fin de la spéciale. Notre vue commence à s’accoutumer à l’obscurité et avec la pleine lune nous constatons que nous pouvons rouler sans trop de difficultés. Et hop la route nationale et direction Bourg en Bresse. Dans les secteurs dégagés, à la clarté de la pleine lune, nous roulons presque aussi vite que de jour. Pas belle la vie ? Bernard prend soin de passer le bras par la fenêtre et pose la lampe de poche sur le toit de la voiture lorsque nous croisons un autre véhicule pour signaler notre présence dans la nuit car nous avons peur de nous faire emplâtrer si un énergumène décide de couper un virage. Pour arranger les choses l’Alfa est de couleur bleu nuit. Nous arrivons ainsi à l’entrée de Bellegarde par la grande descente qui abouti sur le pont sur le Rhône et là que vois-je au bout du pont les gendarmes avec leurs gilets fluo. Aie aie aie, je ralentis et passe le pont à 10 km heure car en approchant nous voyons distinctement les mitraillettes. Une sueur froide nous passe dans le dos. Je mets 30 secondes à venir m’arrêter devant le gendarme tellement je roule doucement.
-« Qu’est-ce vous faites, vous roulez tous feux éteints. Descendez de la voiture ! »
On ne se fait pas prier…
-« Nous venons de tomber en panne d’éclairage et nous cherchons un garage… » Tu parles, un garage ouvert à une heure du matin…Le gendarme fait le tour de la voiture.
-« Vous n’avez pas non plus de feux à l’arrière ! J’immobilise le véhicule. Vos papiers et ne faites pas les imbéciles ! »
-« Mais on ne va pas rester là . »
-« Débrouillez vous, si vous n’avez pas de feux vous ne partez pas. »
Après 10 minutes de cogitation avec Bernard, je lui dis que j’ai du fil électrique dans le coffre et je vais brancher les anti-brouillard directement sur la batterie. Nous avions des grosses “gamelles“ Marchal dirigées vers les bas cotés de la route, recouvertes d’une casquette en caoutchouc pour limiter le rayonnement vers le haut, comme ça se faisait bien à l’époque. Les feux stop étaient commandés par un petit contacteur sous la pédale de frein. Je l’ai court-circuité et j’ai ainsi pu avoir un feu rouge à l’arrière l’autre était grillé. Après avoir récupéré nos papiers, parlementé pendant 20 minutes :
-« Ca y est nous avons des feux à l’avant et un à l’arrière », enfin un des gendarmes accepte de nous laisser partir.
-« Vous vous arrêtez dès que vous trouvez un garage ouvert.»
-« oui M’sieur, oui M’sieur.. »
Ouf ! Et nous voilà reparti, en chantant : « On les a bien eu, on les a bien eu !
Cette fois on se dit qu’il faut se dépêcher de rentrer par la route la plus directe et la moins fréquentée. La nationale, Nantua, tout droit le Col du Berthiand et ce sera la descente et l’arrivée sur Bourg en Bresse. Au carrefour de la route d’Izernore qui est aujourd’hui un giratoire:
-« Bernard, m…., c’est pas vrai, encore les flics ! » Cette fois une herse est en travers de la route, et toujours les mitraillettes au poing.
-« Bonsoir Messieurs, vos papiers »On donne nos papiers et pendant que le gendarme s’en va les contrôler dans un de leurs véhicules un autre fait le tour de la voiture.
-« Vous n’avez qu’un feu à l’arrière, c’est pas règlementaire.» Il vient devant l’alfa :
-« Mais qu’est-ce que c’est que ces feux de croisement que vous avez ? Allez vous garer la bas vers nos voitures.»
Ca recommence…
-« Ecoutez nous sommes tombés en panne d’éclairage, nous avons été arrêtés par vos collègues à Bellegarde, nous avons effectué une réparation de fortune et ils nous ont laissé repartir. Ca serait sympa si vous aussi… » Cause toujours tu m’intéresse ! Dix minutes, un quart d’heure, et l’autre qui ne revient pas avec nos papiers, une demi heure. Tout à coup une voiture arrive rapidement. Tous les gendarmes foncent sur la route avec leur arme. Il ne reste qu’un gendarme à coté de nous. Il regarde du coté de la route, puis nous, puis la route..
-« Ecoutez Monsieur l’agent laissez nous partir, nous roulons doucement, très prudemment. » Le gendarme hésite, regarde la voiture qui arrive et finalement nous dit :
-« Bon allez-y mais soyez prudents. »
-« Oui Monsieur. » Je contourne les voitures de police et cette fois on se casse, y en à marre !
Epilogue de l’histoire.
Une dizaine de jours plus tard, des gendarmes se pointent sur mon lieu de travail. Aïe aïe aïe, encore un excès de vitesse...
-« Monsieur G……, vous avez vos papiers ? »
-« Oui, bien sur. » Je cherche mes papiers dans ma sacoche. Pas de papiers. Je commence à paniquer.
-« Ecoutez j’ai du les laisser à la maison, je ne les ai pas là , je vais aller les chercher si vous voulez patienter quelques instants (j’habitais sur mon lieu de travail). »
-« C’est pas la peine car vos papiers les voila. » Un des gendarmes glisse la main dans sa poche et en sort tous mes papiers.
Pressé de partir j’avais oublié de les récupérer lorsque tous les gendarmes s’étaient précipités vers la route à l’arrivée de l’autre voiture. Ils devaient rechercher un gros bonnet…