Bonjour à tous et bonne année 2006
De retour de Hongrie j'ai eu envie de vous faire partager l'agréable moment passé auprès d'une sympathique petite auto, la Trabant 601 du grand-père de ma chère et tendre.
La Trabi est encore aussi visible en Hongrie que l'AX ou la Supercinq chez nous, il suffit de se promener un peu pour en trouver à la pelle. Tenez : juste au coin de notre rue, en voici déjà deux qui sommeillent, l'une à carrosserie conventionnelle, l'autre en break, dite "Universal".
J'ai profité d'une petite visite en famille pour satisfaire ma curiosité et demander à grand-papa de me montrer un peu son propre exemplaire, une des dernières 601 S construites puisqu'elle date de 1991, année de l'arrêt d'une longue production qui durait depuis 1964. C'est d'ailleurs l'ancienneté de la conception qui me fait poster dans cette section. Grand-papa est très fier de son auto, qu'il entretient amoureusement. Il m'emmène donc bien volontiers jusqu'à son garage.
Voici la bête, tapie dans l'ombre et prête à... hm non, pas "rugir", disons plutôt "crépiter", "pétarader"
Avec quatre freins à tambour, la cale est plus que conseillée sous peine d'immobilisation.
Malgré un temps résolument frisquet ça démarre assez bien, et dès que ça tourne la couleur et l'odeur de la fumée ne laissent aucun doute : c'est bien un deux temps
Aujourd'hui il y a des petits malins pour conditionner et vendre cette fumée emblématique aux nostalgiques.
Sortie en pleine lumière, la petite a fière allure malgré bientôt quinze ans de bons et loyaux services. Le Duroplast de la carrosserie semble neuf, pas mal pour de la fibre de coton imprégnée de résine phénolique!
La 601 S, m'explique-t-on, était le modèle intermédiaire entre la 601 -mais que pouvait-il bien y avoir de moins dans le modèle de base ???
- et la 601 Deluxe. J'apprends aussi que l'auto coûtait quelque 110 000 Forint en 1991, quand un employé qualifié en gagnait environ 4000 par mois...
Aujourd'hui on en trouve en état correct pour 40 000 Ft, soit un peu plus de 150€. Autant dire que l'essence coûtera plus cher que la voiture si l'envie vous prend d'aller en chercher une.
Commençons donc la visite en prenant place dans cet intérieur presque cossu comparé à celui d'une 2CV ou d'une Renault 4
Le tapis rouge et le couvre-volant sont des ajouts qui ont le mérite d'avoir préservé l'habitacle. Pour la moumoute des sièges je n'ai pas fait attention mais il semble bien qu'elle soit d'origine
.
Une fois au volant, bigre! c'est petit là-dedans, mais finalement pas si petit quand je me rappelle la même expérience dans une Fiat 126p, la fameuse "Maluch" polonaise. L'arrière semble plus accueillant aussi.
Dans le vide-poches, une poignée de clés plates, bref de quoi démonter et remonter à peu près toute la voiture
.
Voici ce que voit un conducteur de Trabant lorsqu'il baisse les yeux :
Franchement, ce n'est pas du tout désagréable à l'oeil, et le tableau de bord a un bel aspect. Surprise : il est fabriqué dans une sorte de carton bouilli comme celui des cartables d'antan. C'est pourtant assez solide. L'autoradio est l'autoradio d'origine d'une Wartburg, autre production IFA encore omniprésente sur le bitume hongrois. Le pédalier est si décalé vers le centre que j'ai cru avoir affaire à un embrayage centrifuge ou autre dispositif louche -après tout rien de bien anormal pour une mobylette, hein... jusqu'à ce que je découvre que j'avais le pied sur le frein et que l'accélérateur était aussi accessible au passager qu'à moi (surtout avec le plancher plat).
Gros plan sur le compteur qui affiche moins de 50 000km
La graduation jusqu'à 120 km/h n'a rien de prétentieux puisque les derniers modèles tiraient 26 chevaux de leur bicylindre, et si la documentation du constructeur indique une vitesse de pointe de 100km/h, d'autres sources revoient cette valeur à la hausse (108/110km/h). Grand-papa avoue néanmoins ne jamais s'aventurer au-delà de 80 ou 90km/h pour ménager sa monture.
Justement, nous allons avoir besoin du manuel pour mieux comprendre comment passer les vitesses avec le petit levier au volant... Grand-papa fouille un peu dans ses placards et me le déniche. Le voici, toujours siglé "RDA"
Voici comment y est représenté le passage des quatre rapports (synchronisés s'il vous plaît) et de la marche arrière :
Limpide, non? Le manuel est d'ailleurs très détaillé, je suppose en vue d'une maintenance souvent très "do it yourself".
Votre reporter au volant, et à la place du mort (enfin de l'autre mort) mon beauf'
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Mais au fait, pourquoi ce S sur le capot? Pour l'usine de Sachsenring dont viennent les Trabant!
En descendant je remarque l'ingénieux système de verrouillage de la portière, une roulette dentée fonctionnant comme un cliquet débrayable.
Jetons un oeil dans le coffre
La roue de secours en 145/13 est à sa place normale, et voyage en compagnie d'un bidon d'huile depuis que le mélange est devenu introuvable. Le dosage est d'environ 2%.
Voici comment on mate un écrou chez Trabant. Ca n'a sans doute rien d'inhabituel mais je n'avais jamais vu ça.
Là je vous sens bouillir et penser : "mais on s'en f§§t de cet écrou"!, y'a quoi sous le capot???
Ok, ok, voyons enfin quel petit coeur se cache sous le capot :
Un autre coup d'oeil dans le livret me permet de vous livrer les caractéristiques suivantes :
594,5 cm3, 26ch à 4200 tours/mn, 5,5 m/kg à 3000 tours/mn, et une course de 73mm pour un alésage de 72, ce qui me semble expliquer les faibles régimes auxquels sont obtenues ces valeurs. La disposition transversale du moteur mérite d'être mentionnée pour l'époque, comme sur la Mini.
Le réservoir d'essence n'a pas de jauge au tableau de bord, il faut faire le contrôle manuellement à l'aide d'une jauge qui se range dans la joue d'aile gauche.
Le premier pot est situé tout près du moteur, accord acoustique du deux-temps oblige, et il est visible de l'extérieur si l'on regarde sous le pare-chocs.
J'ai été très intrigué par ce gros tuyau métallique au premier plan, qui communique avec le tube noir droit provenant de la calandre, mais aussi avec le pot d'échappement : corrigez-moi si je me trompe mais j'ai fini par en déduire que c'était le chauffage. L'air arrive en façade par le tube noir et est réchauffé par un piquage sur le pot d'échappement avant de traverser le tablier. Qui dit moteur refroidi par air dit pas de liquide de refroidissement donc pas de de radiateur de chauffage, alors il faut bien trouver autre chose...
Petit nettoyage du filtre à air au passage, après un coup de chiffon sur le réservoir (quand je vous dis qu'elle est bichonnée!
)
Comme le minuscule moteur est un frileux, il a revêtu pour l'hiver sa petite housse sur mesure, un peu comme un caniche-à-sa-mémère quoi
Il est si petit qu'une seule personne pas trop fragile des lombaires suffit à l'extraire.
En me penchant je tombe sur la suspension à lames constituée d'un faisceau transversal. Pour du rustique, c'est du rustique.
"Dis papy, tu me la prêtes? Allez steupléééééééé quoi j'ai presque mon permis!"
Sziasztok! 
Message édité par mattt le 05-01-2006 à 20:54:18