Voici la « Jensen & Roulax co. Ltd » de retour parmi vous afin de vous narrer l’histoire d’une des plus fabuleuses GT française : La CITROEN SM.
INTRODUCTION
Le rachat, en 1968, de l’officine Maserati par la marque aux chevrons offrit à cete dernière les moyens de ces ambitions sur le segment des voitures de luxe et de prestige…
Il était question depuis des années de sortir une « super DS » , mais la marque, déjà critiquée pour les moteurs faiblards de ses DS, n’avait pas la trésorerie nécessaire pour la doter d’une mécanique à la hauteur…
Il fut donc demandé à l’ingénieur Alfièri d’amputer de 2 cylindres le V8 de l’Indy pour l’installer dans le « projet S », d’où l‘appellation SM (pour « projet S-Maserati », et non « Sa Majesté » comme certains gugusses continuent à le soutenir encore aujourd’hui…)
Présentée au grand public à Genève en mars 1970, la gestation de ce modèle s’est effectuée en moins de 2 ans !
LA CARRIERE DE LA SM
La voiture defraie la chronique !
Un tel moteur (V6 en alu, 4ACT) ne s’était plus vu sur une voiture française depuis… les années 30 ! (si l’on fait abstraction des Facel-Véga, aux moteurs d’origine US)
Sans compter cet arrière moins large que l’avant, la suspension hydropneumatique, les 4 freins à disques, la direction à rappel asservi à la vitesse (Diravi) qui ramène les roues droites même à l’arrêt, le volant ovale réglable en hauteur et profondeur…
Les débuts sont assez encourageants, avec 4988 exemplaires vendus en 1971, mais très vite les ventes plafonnent, elles vont même s’effondrer à la fin de 1973, lors du premier choc pétrolier…
Citroën, alors au plus mal, tombe dans l’escarcelle de Peugeot qui, dès octobre 74, transférera la chaine de production de la SM chez Ligier avant d’ordonner la fin de la commercialisation dès juillet 1975.
Le groupe PSA jura ses grands dieux n’y être pour rien dans cet echec, montrant du doigt tant les limitations de vitesse que l’envolée du prix du brut, mais la sauce ne prit pas : Porsche ou BMW faisaient à ce moment de confortables bénéfices…
Alors ? A qui la faute ?
-Tout d’abord le marketing Citroën…
Le positionnement de la voiture était absurde ! C’était un modèle couteux qui empiètait sur 2 catégories : Les berlines de prestige, mais son habitabilité jouait en sa défaveur… Ainsi que les GT à hautes performances, mais là son poids, sa taille et son comportement routier la mettait hors-course d’office ! (En fait, la SM était une sorte de « TGV d’autoroute », pas un dragster des feux rouges ni une berlinette pour cols alpins…) Ses accélérations n’avaient rien de transcendant, son freinage à chaud non plus d’ailleurs…
-Sa mécanique
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Ce moteur avait tout pour être d’une fiabilité « germanique » (sauf une distribution compliquée peut-être…) des gens comme Georges Régembeau l’on bien montré ultérieurement… Le problème venait d’un certain « manque d’enthousiasme » au montage, où les OS italiens avaient tendance à oublier trop souvent l’ébarbage des pièces ainsi que les réglages minutieux, d’un style de conduite souvent un peu « sauvageon » (un moteur italien doit prendre son temps pour chauffer) et d’un entretien calamiteux en concessions : Les mécanos français étaient pour la plupart très mal formés à intervenir sur ce moulin, de plus, il ne s’agissait pas d’un moteur « Citroën » alors…
-Les commerciaux du réseau
C’est sans doute ICI qu’il faut trouver les raisons de l’echec de la SM…
Ils ont le plus souvent refusés de reprendre les Porsche, Jaguar ou autres Mercedes que des clients fortunés amenaient en l’échange d’une SM neuve !
Ajoutez à cela que l’on accueille pas un client SM en SAV comme celui d’une 2cv d’occasion et vous comprendrez vite l’étendue du problème !
Si encore la firme s’était interressée à l’export, mais non ! La voiture fut pourtant plébiscitée par la presse spécialisée américaine (elle fut là-bas la voiture de l’année 72 !) , mais quelques mois après sa présentation, Citroën se retire du marché US, officiellement pour cause de « normes anti-pollution trop astreignantes »… En fait, la marque n’avait plus les moyens d’y assurer un réseau de vente digne de ce nom.
CHIFFRES DE PRODUCTION
1970 : 868
1971 : 4988
1972 : 4036
1973 : 2619
1974 : 294 (dont 20 chez Ligier)
1975 : 115 (toutes chez Ligier)
Total : 12920 voitures
Répartition : France : 5729
Europe : 4240
USA : 2482
Autres : 469
MILLESIMES
1970-71 : Présentation au salon de Genève, commercialisation au salon de Paris
1972 : Option roues en résines renforcées (4.66kg pièce), premières versions USA à boite automatique et calandre à 4 phares ronds sans vitrine.
1973 : Apparition de la SM « injection électronique » en lieu et place de la version à carburateurs. La cylindrée passe à 3 litres pour les automatiques.
1974 : La boite auto est disponible en Europe, la version française adopte les feux de recul blancs des autres pays.
1975 : RAS. Arrêt de la production, devenue confidentielle, au mois de juillet.
AU BANC D’ESSAI
L’Auto-Journal, début 1971, voit en la SM la digne héritière des Delahaye ou autres Talbot d’avant-guerre.
La sécurité active et le confort sont au sommet, la direction demande de l’adaptation, mais elle est agréable et sure. Les performances, par contre, sont « satisfaisantes » sans plus…
Mais le niveau sonore est trop élevé, la finition inférieure à celle d’une Mercedes et les places arrières sont vraiment symboliques…
Je ne résiste pas à l’envie de citer le journaliste : « Les 6 projecteurs, dont 2 orientables, permettent de rouler, de nuit, à 200km/h sans inquiètude » Heureuse époque…
LES SERIES SPECIALES
Au salon de Paris 1971, HEULIEZ présente la SM « Espace », à la fois coupé et cabriolet, rappel des fameuses Peugeot « Eclipses » des années 30 et précurseur des versions « CC » qui occupent le bitume depuis 5 ans… (Modèle unique)
CHAPRON propose la SM « Mylord », un cabriolet sans arceau que Citroën avait prévu de produire, avant d’y renoncer. (8 exemplaires construits)
En 1972, CHAPRON de nouveau réalise une berline 4 portes baptisée « Opéra », sur un empattement rallongé de 29cm et dotée d’un coffre à l’arrière. (7 voitures produites)
En 1983, Georges REGEMBEAU présente la SM « Berline », en fait une 4 portes sur l’empattement du coupé, seul le montant central sera avancé et les portes avant raccourcies. (Modèle unique)
SM présidentielles :
Au nombre de deux (immatriculées 1PR75 et 2PR75) conçues et réalisées par CHAPRON fin 1971, en vue de la visite en mai 72 de la reine d’Angleterre Elisabeth II.
Le protocole interdisant à cette dernière de défiler en compagnie de son époux le Duc d’Edimbourg, il fallait faire 2 voitures…
Basées sur la berline « Opéra » mais transformées en découvrables, ces SM ne sont pas blindées, seul un radiateur « pays chaud » et une première très courte furent rajoutés à la mécanique d’origine.
Le président d’alors, Georges Pompidou, les utilisa fréquemment (il était passionné d’automobiles !) son successeur, Valéry Giscard d’Estaing, les fit rouler de temps en temps… François Mitterrand, peu porté sur l’automobile (et très mauvais conducteur d’ailleurs…) leur préféra des berlines blindées (R30, 25 ou CX)
C’est Jacques Chirac qui en réveilla une en mai 1995, date de son accession au pouvoir.
Les deux SM sont encore en 2005 à l’inventaire de l’Elysée !
LES SM « Régembeau »
Mécanicien génial et passionné, Mr Régembeau travaille depuis des années sur la SM.
Tout d’abord « fiabilisateur » du moteur Maserati, il se prit au jeu et alla jusqu’à y greffer une boite 6 de sa conception, voire un moteur 4 cylindres Turbo-Diesel poussé à 160cv Din !
Il est toujours LE spécialiste de la SM et continue d’entretenir et restaurer les voitures que ces clients viennent lui confier.
On reconnaît les SM « Régembeau » à leur Logo sur la porte de malle ou leurs rétroviseurs de CX phase 2…
LA « COTE A JENSEN »
La SM est certainement une des voitures françaises les plus emblématiques du monde de la collection. Néanmoins, il est utile de rappeler que la mécanique n’a jamais tolérée le bricolage, que les pièces se font très rares et que si vous voyez de la rouille sur la carrosserie, il est souvent trop tard !
Le premier chiffre indique une voiture complète et en état de marche, mais nécessitant une remise en condition totale. Le deuxième concerne une voiture de « papy » en bon état de présentation… Une voiture restaurée peut prétendre à beaucoup plus bien entendu !
SM carburateurs : 5000/15000€
SM automatiques : 3800/13000€
SM injection : 4700/15400€
ATTENTION ! Je rappelle que :
Les pièces sont rares et couteuses !
Le cable d’orientation des phares est introuvable…
Les pièces de carrosseries (intelligemment envoyées au broyeur dès la fin de production…) sont difficiles à trouver.
Le moteur a recours aux services d’un spécialiste compétent !
Un intérieur cuir à refaire vous coutera au moins 4000€…
Vous êtes prévenus…
FICHES TECHNIQUES
SM carburateurs : V6 tout alliage à 90°, 2670cm3, 170cv Din à 5500trs, 23.8mkg à 4000trs, 220Km/h, 4 ACT, 3 carbus double corps, refroidi par eau, traction, boite 5, freins à 4 disques plus servo, 4 roues indépendantes, suspension hydropneumatique, direction à rappel asservi, pneus 195/70X15.
L : 4.89m
L : 1.84m
H : 1.32m
Poids : 1450kg
Réservoir 90 litres
SM automatique: Idem carburateurs sauf: 2965cm3, 190cv Din à 5750trs, 25mkg à 4000trs, 205km/h, boite Borg-Warner à 3 rapports
SM injection : Idem carburateurs sauf : 2965cm3, injection Bosch Jetronic, 178cv à 5500trs, 228km/h, pneus 205/70X15
CONCLUSION
L’histoire s’achève sur un gout amer…
Pour toutes les raisons déjà évoquées, cette voiture qui aurait pu symboliser la renaissance du prestige automobile français n’en a été que le chant du cygne…
Mais ne jetons pas la pierre à Citroën qui à quand même eu le mérite de lancer une telle GT, à un moment où son existence même était en jeu…
TEXTE : JENSEN
ICONOGRAPHIE : ROULAX
Message édité par fabvt le 21-09-2005 à 20:53:32