Cela a été envisagé depuis 20 ans de manière isolée et a régulièrement avorté.
Les raisons principales sont principalement:
1) Plus le savoir faire chez les profs. C'est une chose d'expliquer, c'en est une autre d'avoir été artisan ou avoir travaillé les métaux pour savoir produire/reproduire. Les profs et ces travailleurs sont issus de deux mondes socio-professionnels différents!
2) Les artisans/professionnels pressentis sur le tard sont âgés et en ont marre. Marre d'avoir été traités de c*** au nom du progrès, marre de subir dans leur corps les inconvénients de leur activité (rétractation des tendons des mains entre autres: mal endémique des métiers de charonnier, de tôlier notamment dès 50 ans pour ceux qui ont commencé vers 12-14 ans), marre d'avoir affaire à des jeunes qui rechignent devant l'effort physique, marre d'avoir été payés au lance-pierre la majorité de leur vie.
3) La manière de travailler a changé en amont, chez les fondeurs et ateliers avec machines-outils. Il est souvent impossible de refaire à l'identique selon les procédés d'époque. Il faut réinventer les procédés pour obtenir un résultat proche.
4) Le manque d'argent. Toujours le nerf de la guerre!
5) La grande diffusion qui fait baisser les coûts, donc le prix de l'objet fini.
Je donne quelques exemples car ces questions ont déjà été abordées supra ou dans d'autres topics.
En 1). Ces savoir-faire étaient enseignés sur le tas essentiellement jusqu'aux années 1980, donc avec une formation professionnelle parrallèle à l'enseignement universitaire et des grandes écoles réservésaux "intellos", époque de la restructuration au forceps des fonderies européennes. La fusion/fermeture des fonderies a supprimé ces filières de formation spécifiques en même temps que l'électronique et une organisation pour répondre à la fabrication de masse était repensée. Les petites fonderies ont continué mais sans former de successeurs, faute de moyens financiers en général! En tôlerie, le passage aux éléments préfabriqués (acier, alu ou fibres) a tué le métier de tôlier-formeur dans les garages; d'un tôlier-formeur dans tout garage de taille moyenne, on est passé à quasiment aucun dans les grandes concessions car ils ne servent à rien!
En 2), le phénomène est général. Tous les professionnels que je connais qui atteignent l'âge de la retraite ne veulent PLUS se faire ch*** à passer leur savoir. Il y a de très rares exceptions mais le jeune doit être très motivé pour apprendre sur des années ce qui s'apprend par la pratique continue! Ceci concerne tant les tôliers formeurs que les mécaniciens (songez aux mécaniques spécifiques Bugatti, Hispano, Panhard...)
En 3), on ne coule plus des carters dans les grandes entreprises. Il faut reconnaître que le coulage réserve des surprises avec un taux de ratage de 20% chez les fondeurs chevronnés. Au lieu de cela, Matra p.ex. fraise les blocs d'alu avec une précision du micron et un taux de réussite de 100%. Dito pour certaines pièces de fonderie, numérisées au préalable et travaillées au laser depuis la machine.
Ceci signifie que les fondeurs traditionnels ont presque disparu et que le travail en amont relève de personnes maîtrisant l'informatique en priorité.
La fonderie au sens traditionnel a été "réduite" depuis les années 1980 à la très grande série ou à la fonderie d'art (donc avec de petits fours où on ne peut pas couler des blocs ou de gros carters). Fabriquer UN bloc (ou une petite série) devient prohibitif.
En 4), il faudrait que ces refabrications "intelligentes" soient financées, ce qui n'est pas le cas. Dans le cadre de l'enseignement, les moyens à engager manquent! Dans le cadre industriel, ce sera envisageable quand... Les particuliers y trouveront leur compte et payeront!
La dernière solution commence à se dessiner. En effet, le manque de pièces d'origine et de corps de métiers poussera inévitablement à DEVOIR refabriquer des blocs pour toutes les voitures anciennes ou prou. Il y aura alors inévitablement quelques spécialistes (ça a commencé) qui s'y consacreront. Ceci va de pair avec la hausse de valeur des voitures pour que l'investisseur privé retrouve au moins sa mise ou une partie de ses fonds lors de la revente!
Le raisonnement du § précédent est valable pour toutes les pièces spécifiques: phares, joints, éléments en plastique (clignotants, déjà avant-guerre), etc.
En 5), l'évolution récente est hallucinante. Une voiture neuve perd sa valeur en 3-4 ans: la réparation d'un dommage même moyen revient plus cher que la valeur vénale de l'objet. Ceci signifie que les garages auront de moins en moins besoin d'employés réparateurs pour se limiter à l'entretien et à être entremetteurs presque directs entre le fabricant, l'acheteur de l'automobile et l'entreprise de démolition.
Finalement, ta question revient à envisager des solutions pour les voitures anciennes, similaires à celles appliquées aux monuments classés, où les propriétaires sont obligés de passer par des artisans spécialisés (chers en général), que ce soit par contrainte de l'Etat ou par le fait que les corps de métiers sont devenus rares!
Il n'est pas exclu que nous en soyons là assez rapidement.
Le corrollaire sera la hausse des valeurs, l'assimilation des voitures anciennes à des oeuvres d'art et réservera ce domaine passionnant à une élite (par l'argent, je me comprends).
Par ailleurs, il faut aussi prendre en compte une tendance assez récente mais nette qui va nous mettre, nous, amateurs de voitures anciennes, dans une situation délicate: la désaffection des jeunes pour l'automobile. Ceci a commencé au Japon où les constructeurs ne savent plus comment donner aux jeunes l'envie de s'intéresser aux automobiles. C'est pareil dans tous les pays où les transports publics sont préconisés depuis des décennies à divers titres tels limitation de la pollution, réduction des embouteillages, etc. P.ex. l'Allemagne ou la Suisse.
Dans ce contexte, le soutien politique à la préservation des objets (les voitures), des métiers (chaudronnier, tôlier, fondeur, etc.) est d'autant moins enthousiaste que la majorité de la population (les électeurs) ne voit pas l'intérêt d'aider indirectement des particuliers à mettre en valeur (restaurer leurs voitures) leur patrimoine (les voitures qui ne finiront pas dans un musée mais vendue tôt ou tard, avec plus-value assez souvent).
Nous vivons un cercle vicieux...
Nous sommes sur ces topics entre franco-français, càd le pays où l'automobile a été un élément de développement culturel. La France était le premier producteur mondial de voitures avant 1914 et est resté un grand pays à ce titre assez longtemps. De même, la plupart des inventions améliorant l'automobile ont impliqué des Français.
Il ne faut pas négliger le point de vue de pays où la voiture n'a pas été cet élément presque viscéral de développement, d'affirmation de l'individualité. Les populations ont une approche totalement différente. cherche les Vespa et autres scooter, les Solex, etc. en Afrique noire: ils ont TOUS fini en casseroles et ustensiles utilitaires! Pareil avec les voitures, quelles qu'elles soient!!! Prends des personnes d'URSS, elles n'ont pas eu DU TOUT d'insdustrie automobile avant les années 1960-1970; la chute de l'URSS a introduit la voiture moderne d'un coup dans ces pays. Les valeurs que nous attribuons à ces objets sont déraisonnables aux yeux de la grosse majorité des ressortissants de ces pays!
Bref, vaste débat...
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faite pour rouler et non s'arrêter