ENQUÊTE
Radars : quel impact sur la sécurité ?
Christophe Moëc , 01men., le 14/09/2007 à 12h00
En 2008, le gouvernement devrait presque tout miser sur les radars en matière de sécurité routière. Pourtant, l’action de ces machines est de plus en plus contestée. Retour sur un bien mauvais bilan.
A la fin du mois de septembre, le Comité interministériel de la sécurité routière (CISR) se réunira pour déterminer les orientations stratégiques prévues pour 2008. Quelles seront les actions prioritaires et la part d'investissement consacrée aux radars ? Dans son plan de pilotage, le Comité inclut aussi bien la répression (principalement les radars et les contrôles) que la prévention, la formation, l'information et la communication.
Mais, dans les faits, le gros du budget (environ 60 %) est alloué à la Police nationale et à la Gendarmerie. Viennent ensuite l'Agence de financement des infrastructures de transport (AFITF) et le développement d'outils pédagogiques (tels que les programmes d'enseignement scolaire obligatoire ) et de communication.
D'après une estimation publiée dans le numéro de septembre du magazine Capital, la recette des amendes devrait probablement atteindre cette année 450 millions d'euros, soit 29 % d'augmentation par rapport à 2006 (349 millions). Un chiffre record, qui devrait permettre au CISR de voter, pour sa loi de finances 2008, un nouveau budget prévoyant au moins 500 radars supplémentaires, comme l'an passé. Ce qui porterait le nombre total de radars, fixes et mobiles, à 2 500 d'ici à la fin de l'année 2008.
Toujours plus de radars automatiques
Dix mille radars automatiques d'ici à 2009 ? C'est le chiffre avancé dans un article de Motomag.com en mai dernier, s'appuyant sur un appel d'offres de l'ancien ministère de l'Equipement. Polémique infondée ou pronostic réaliste ?
Selon un membre de la direction de la sécurité routière, rattachée au Medad (1), le nombre de radars déployés à ce jour serait de 1 550 : « A cause de la complexité du marché, même si on le désirait, il serait impossible de commander 1 000 radars d'un coup. D'une part parce qu'il s'agit d'un marché public fonctionnant selon le mode de l'appel d'offres, ce qui prend un certain temps. Et d'autre part en raison des limitations budgétaires. » Néanmoins, d'après ce spécialiste, nous ne serions pas loin des 2 000 machines d'ici à la fin de décembre.
L'argument des limitations budgétaires peut paraître étonnant. Car si l'achat de 500 cabines représente environ 25 millions d'euros, pour un coût unitaire oscillant entre 40 000 et 50 000 euros, on est loin des recettes totales. Ce chiffre, cependant, ne doit pas masquer les limites structurelles liées à l'installation sur site et les dépenses qui en découlent.
Toujours selon notre expert du Medad, « chaque machine nécessite des travaux de génie civil, un apport électrique et une liaison télécom. Et le montant de ces frais auxiliaires est plus ou moins élevé suivant le lieu (en ville ou bien à la campagne). Le prix peut ainsi varier du simple au double ». Sans compter, les frais d'entretien et de réparation.
L'efficacité remise en question
Comment doit-on interpréter les huit millions de points en moins sur les permis de conduire en 2006 et les 10 000 vies épargnées, selon les chiffres officiels, depuis 2002 ? Quel est le véritable lien entre les radars et le bilan de la sécurité routière ? Des questions qui n'en finissent pas de nourrir les controverses.
Pour Nicole Masnier, porte-parole de l'association Victimes et Citoyens, « les radars permettent de réduire la vitesse (première cause d'accident avec l'alcool) et ils contribuent également à lutter contre le relâchement de la vigilance des automobilistes, notamment aux endroits à haut risque ».
Mais selon Eric de Caumont, avocat spécialisé en droit de l'automobile, « la baisse du nombre d'accidents avait déjà commencé dix-huit mois avant la mise en place des premiers radars, notamment grâce à l'amélioration des véhicules. Les politiques omettent de le dire, mais cette impulsion est commune à l'ensemble des pays européens. A cela s'ajoute aussi le constat que la circulation a passablement diminué, du fait de la stigmatisation des automobilistes, qui renoncent, dès qu'ils le peuvent, à prendre leur voiture ».
Dans un article de janvier 2003, Eric Michel, directeur de la rédaction de Moto-net.com, met d'ailleurs en doute les chiffres de la sécurité routière. Il s'appuie sur le témoignage du sénateur Gérard Miquel, qui dénonce une utilisation dénaturée des bulletins d'analyse d'accident corporel (BAAC). Ceux-ci, explique Eric Michel, sont « établis par les forces de l'ordre sur les lieux de l'accident. Or, dans l'urgence de la situation, ces bulletins sont souvent rédigés à la hâte et comportent inévitablement un grand nombre d'imprécisions ». Témoignage d'autant plus embarrassant que les statistiques officielles de ces six derniers mois attestent déjà d'une tendance inquiétante.
Ce que souligne un communiqué de l'Automobile Club (association de défense des automobilistes) du 7 septembre 2007. Celui-ci fait état, pour la période de janvier à juin, d'une « hausse dramatique des tués sur la route en Europe [par rapport à 2006] : de 7 % en Suède à près de 40 % au Danemark et en Finlande. En France, la tendance du nombre de blessés est à la hausse de près de 6 % et de 2 % pour les tués ». Ces résultats attestent d'une globalisation du problème de la sécurité routière, qu'il faut considérer en son ensemble et dans lequel le nombre de radars est (peut-être ?) anecdotique.
Lutter contre les effets pervers
« Dans l'immense majorité des cas, explique Eric Michel, les retraits de points ne sanctionnent pas une mise en danger de soi ou d'autrui, mais simplement le non-respect - parfois infime ! - de limitations de vitesse instaurées dans les années soixante-dix et complètement inadaptées aux véhicules d'aujourd'hui, voitures ou motos. »
L'an prochain, les radars devraient se diversifier avec le développement croissant des radars interdistances sur monovoie, en expérimentation par exemple dans le tunnel d'Orelle (73), et des radars placés au niveau des feux rouges, testés avec succès à Paris, lesquels agissent sur une cause réelle d'accident des deux-roues.
En outre, il faut ajouter que le nombre de conducteurs roulant sans permis ne cesse d'augmenter. « Entre 1,5 et 2 millions », selon Christian Scholly, directeur juridique de l'Automobile Club. Enfin, autre effet pervers, l'endormissement au volant, du fait d'une conduite devenue monotone : « Je travaille et j'ouvre mes dossiers en conduisant, confie Eric de Caumont, sinon je serais déjà mort depuis longtemps ! J'ajoute que, pour moi, l'usage du téléphone - avec le kit mains-libres - est un élément de sécurité vital. »
L'effet positif sur les primes d'assurance
Néanmoins, que les moyens mis en oeuvre soient contestables ou pas, le nombre de tués a nettement baissé en France depuis dix ans, la pollution également (bruit et CO2), et une relative sérénité sur les routes semble s'être installée sur le territoire, alors que le pays a longtemps fait figure de mauvais élève. De plus, et cela devrait intéresser ceux qui parlent de « racket étatique », la diminution des accidents a un effet positif indéniable sur les primes d'assurance !
« La baisse moyenne des tarifs est de l'ordre de 2 % pour l'ensemble des contrats, observe Nicolas Put, assureur chargé des contentieux automobiles au sein d'un grand groupe. A l'époque où Francis Mer était ministre de l'Economie, il y avait eu une concertation entre les représentants de l'assurance, les associations de consommateurs et les administrations concernées. C'est dans cet esprit d'ouverture que la FFSA et le GEMA avaient participé à ces travaux. Mais, dans les faits, tout dépend de la qualité du contrat d'assurance. Ainsi les mutuelles ont tendance à mieux répercuter les excellents résultats obtenus en matière de sécurité routière. »
Effort sans doute insuffisant aux yeux des personnes qui se sentent régulièrement prises en otage par le gouvernement, mais nouvelle plutôt appréciable et susceptible d'apaiser l'éventuel procès-verbal d'après-vacances.
(1) Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables.
A qui profite le vandalisme ?
Dans son document de politique transversale d'octobre 2006, relatif à son projet de loi de finances 2007, la Sécurité routière estime que « 25 % de l'ensemble des radars ont subi des actes de vandalisme ». Fort de ce constat, le CISR prend chaque année des mesures visant à renforcer les vitres, à protéger les câbles de raccordement et à mettre en place une procédure d'alerte.
Une autre mesure, plus récente, consiste à privilégier l'installation des boîtes dans les endroits les plus inaccessibles (terre-pleins, rails de sécurité sur autoroute et pylônes en zone urbaine).
Les chiffres officiels du département de la Haute-Saône, par exemple, donnent la mesure du coût du vandalisme : 918,43 euros pour le remplacement d'une vitre blindée, 35 647,46 euros pour celui d'une cabine ou encore 656,43 euros pour le nettoyage des vitres.
En dépit de peines sévères, allant jusqu'à trois ans de prison et environ 45 000 euros d'amende, le nombre de détériorations ou de destructions est à la hausse.
En Angleterre, certaines associations organisent même le saccage et le revendiquent par voie de presse. Le mouvement de révolte le plus populaire se nomme le Motorists Against Detection (MAD), qui n'hésite pas à faire usage... d'explosifs !
(1) Prix moyens en hors taxes, intervention comprise.
Un quart des radars a été vandalisé en 2006.
http://www.01men.com/editorial/359055/magazine-auto/
Message édité par alban_92 le 18-09-2007 à 23:39:22
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