Depuis toujours, j'ai été attiré par la vitesse. Tout ce qui va vite (sur route) me fascine : motos comme voitures de sport. Mais voilà, je ne suis pas un meurtrier. Alors quand je suis sur la nationale (parfois à plus de 160 km/h) et que j'arrive dans un de ces nombreux petits patelins qui longent nos routes, je ne manque jamais de ralentir, traversant le village à 70 km/h maximum. Ce qui me choque donc, et qui me pousse à écrire cette page, c'est l'amalgame médiatique fait entre ceux qui roulent vite et prudemment, et ceux qui roulent comme des gros cons. Il se trouve que j'en ai assez de ces médias, qui dans le cas d'un regrettable accident de bus dû à l'endormissement du chauffeur ne manqueront pas de mentionner que "la vitesse excessive" est en cause. Seuls Sport-Auto et Flat6 Magazine sont pour moi des journaux qui osent poser les problèmes tels qu'ils sont. J'en ai également assez des pouvoirs publics qui ne se rendent pas compte que leur politique est inefficace et qu'il est peut être temps d'envisager d'autres actions, moins ponctuelles, moins "j'ai peur du gendarme pendant 2 jours" mais plus efficaces (ce ne sera pas très dur...). Je me rappelle Gayssot arrivant au ministère et clamant, attention très louable, qu'il allait diviser par 2 le nombre de tués sur les routes en 5 ans. Même si 2000 a effectivement vu une baisse (8% ?), 2001 a été plus meurtrier, hélas. Et surtout, cette petite réponse, véridique, à une question posée par un journaliste à notre ministre, se passe de tout commentaire : "Mr. le Ministre, il semble que la répression ne fonctionne pas. Que pensez vous faire ?" "Hé bien... Nous ferons encore plus de répression !" - Affligeant...
Est-il vraiment impossible de mener une action efficace autrement qu'en persécutant les automobilistes ? Je ne pense pas. Pour ma part, je plaiderai volontiers en faveur d'une augmentation des contrôles d'alcoolémie, pour un durcissement du contrôle technique (on voit encore trop de poubelles sur les routes), et surtout pour une politique "Zéro tolérance" en ville, où l'on voit beaucoup trop d'incivilités, de feux grillées, de priorité refusées, etc... Comment pourrait-on contrôler l'état de fatigue des conducteurs ? Ce n'est pas interdit d'être fatigué, mais c'est dangereux.. Pourquoi ne pas généraliser les gilets rétro réfléchissants puisque l'on sait qu'ils permettraient de sauver quelques centaines de vie d'automobilistes devenus piétons ? Parce que 300F le gilet c'est trop cher ? Pourquoi ne pas adapter les limitations de vitesse aux conditions réelles de circulation ? Parfois, on voit un virage limité à 50 km/h qui passe à l'aise à 80, et le suivant à 50 aussi qui passe difficilement à 40... Plutôt trompeur. Ces limitations de vitesse inadaptées à mon sens les décrédibilisent et déresponsabilisent le conducteur qui ne cherche plus à adapter sa vitesse aux conditions, mais qui se cale sur la vitesse autorisée. Je ne prétends pas avoir de solutions, mais je pense avoir au moins quelques bonnes questions...
Mais au fait : à quoi servent les limitations de vitesse (sur l'autoroute) ? La première réponse qui vient à l'esprit, et c'est naturel, est : "A remplir les caisses de l'état !". il est vrai que sans limitations de vitesse, pas de radars, et pas de radars, pas de tunes. Mais ce n'était pas là la motivation première de cette privation de liberté (du moins je l'espère). Les premières limitations de vitesse sont nées quand un certain M. Nasser a décidé de fermer le canal de Suez, privant ainsi l'Europe du précieux pétrole nécessaire pour se mouvoir. "En France, on a pas de pétrole, mais on a des idées". Donc puisqu'on a plus de pétrole, on va rouler moins vite, et faire des économies d'énergie. Les autres états européens ont tenus le même raisonnement. Jusque là, rien à dire, il paraissait difficile de faire autrement. Là où les choses se corsent, c'est quand le pétrole coule de nouveaux à flot et que les états ne lèvent pas la limitation. En effet, seule l'Allemagne a résilié les limitations là où c'était possible (car il ne faut pas croire que la vitesse est libre partout), tout en imputant une part de responsabilité à toute personne en cause dans un accident si cette personne roulait à plus de 130 km/h. Bref, c'est un peu comme les péages qui auraient dû être supprimés quand les autoroutes étaient rentabilisées... Quoiqu'en disent les médias, il n'a jamais été prouvé que la vitesse libre entraînerait une augmentation de la mortalité. D'ailleurs, quelque soit l'angle sous lequel on observe les chiffres, la mortalité sur autoroute est plus faible en Allemagne que chez nous, alors que leurs routes sont moins bien entretenues, tandis qu'elle a baissé dans le Montana depuis que la vitesse y est libre. D'ailleurs, des calculs bidons et probablement peu scientifiques nous sont balancés à la figure en disant "une réduction de X km/h sauverait Y vies", mais comment font ils pour calculer ? et combien de personnes mourraient pour s'être endormies au volant en roulant à 110 ?
Avez vous entendu parler aux infos d'un projet de loi, heureusement non voté, dont la volonté était d'imposer à toutes les voitures roulant en France un bridage, non pas de la puissance, mais de la vitesse, un peu comme les Audi, BMW et Mercedes qui brident leurs voitures à 250 km/h d'un commun accord, sauf qu'ici, il s'agissait de limiter la vitesse maxi à 140 km/h!!! Essayons un peu d'imaginer les conséquences d'un tel bridage... Tout d'abord, On constate facilement que la moindre citadine anémique monte allègrement à 150 km/h. Il arrive fréquemment que la circulation autoroutière soit fluide à 160 km/h; Une limitation à 140 km/h ferait donc chuter la moyenne de 20 km/h. Pour un V.R.P. parcourant 50 000 km/an (ce qui n'est pas rare) sur autoroute, ça fait tout de même 45 h de boulot perdu, soit plus d'une semaine (de 35 h). Bon, ensuite, on en revient toujours au même problème, très peu d'entre nous dépassent allègrement les 170 km/h, donc la réduction de vitesse ne réduirait pas à mon avis ni la pollution, ni la mortalité (encore pire, elle pourrait monter à cause des gens s'endormant...). Ensuite, songeons un peu aux conséquences économiques d'une telle mesure : d'une part pour l'état, puisque si les gens sont forcés de rouler moins vite, ils consomment moins, et donnent donc moins de sous à l'état en passant à la pompe moins fréquemment. D'autre part pour les constructeurs, puisque si les voitures sont bridées, quel intérêt peut-il y avoir à améliorer les freins, les suspensions et tout ça, puisqu'ils fonctionnent largement bien ? Pour moi qui veut devenir motoriste, une telle mesure signifie la mort de la recherche. En effet, une fois que l'on aura crée le plus petit moteur capable de faire monter la voiture à 140 avec un rendement le plus proche possible de 1, et donc ne consommant quasiment plus rien, on aura plus rien à faire ! Et je me retrouverai au chômage technique ! Heureusement que nos sénateurs ont eu la bonne idées de ne pas voter cette loi, sauvant ainsi quelques emplois et l'esprit d'innovation des constructeurs français.....
Rouler vite, c'est bien, me direz vous, mais tout le monde ne peut pas se le permettre... Faux, faux et archi-faux ! Tout est question de priorité ! Si vous pensez qu'il faut avoir la chance de posséder une Porsche, vous vous trompez ! 20 000 F suffisent amplement pour faire de vous un taulard potentiel. En effet, même si nous nous intéressons uniquement à l'autoroute, pour rentrer dans la catégorie "délit de grand excès de vitesse", il suffit de monter à 180 km/h, et même à 160 km/h pour les jeunes permis. Or, prenez une citadine anémique, du style Twingo, et bien je vous jure qu'en forçant un peu, on peut la monter à 175. Une bonne descente et vous voilà assis entre un meurtrier et un cambrioleur...
Rouler vite, c'est dangereux... Bah, je répondrai que ça dépend... C'est sûr que si vous roulez à 110 km/h dans un petit village à l'heure de la sortie de l'école primaire, vous êtes un fou dangereux, mais pas vraiment pour vous, qui êtes protégé par vos airbags et autres structures à déformations programmées, plus pour les petits et leurs mamans. Par contre, je pense que rouler à 160 km/h sur nationale ou à 240 km/h sur autoroute ne choquera pas certains d'entre nous, le principal danger étant de ne plus avoir de permis...
Rouler vite, c'est à la portée de tous... Encore une fois faux et archi-faux. c'est comme faire du vélo, ça s'apprend ! Certains prennent des cours de pilotage (hélas encore trop chers), d'autres s'entraînent sur des petites routes désertes la nuit en reprenant encore et encore le même virage, jusqu'à obtenir une belle glissade bien maîtrisée (il m'est arrivé de faire ça...) et enfin, la plupart d'entre nous se contente d'acquérir de l'expérience en roulant, tout simplement. Mais pitié, toi qui me lis et qui n'a pas encore ton permis, ne va pas faire une pointe avec la voiture de ton père au milieu d'un autoroute encombré juste par ce que tu viens d'avoir ton permis et que c'est la 1ère fois que tu conduis seul ! Attends au moins que l'autoroute soit dégagé et vas y progressivement, car ce n'est pas à l'auto-école qu'on t'a appris à conduire, on t'a juste appris à rouler...