Le 01-05-2008 à 22:47:57, elantm a écrit :
Que pensez vous de ce texte sur le sujet du diesel : "Réflexions sur la politique pétrolière en France" ?
En mars 2008 les médias se sont étendus sur l’augmentation du prix du gazole à la pompe supérieure à
l’augmentation du prix de l’essence et sur l’augmentation des ventes de voitures diesel en France.
A cette occasion, n’étant pas satisfait des commentaires des médias, j’ai fait une modeste enquête sur
internet et j’ai trouvé les documents suivants (il y en a certainement d’autres) :
- Rapport annuel de la DGMEP pour 2001 intitulé « le raffinage à l’échéance de 2005 ».
- Rapport 439 (97-98) du Sénat. Politique énergétique de la France.
Dans ces documents on trouve très clairement expliqué que :
- on assiste à une diminution régulière de la demande d’essence, entraînant un excédent de production et
une sous valorisation sur les marchés d’un produit à forte valeur ajoutée et de plus en plus difficile à
formuler,
- on assiste simulténément à une forte progression de la consommation en gazole routier, entraînant une
aggravation du déficit en France et une dépendance de plus en plus forte vis-à-vis de pays comme la
Russie pour l’importation de distillats moyens (gazole, fioul domestique et carburacteur),
- à cela s’ajoute la progression de la demande globale en carburants et le manque probable de débouchés
pour le fioul lourd par sévérisation des normes sur les émissions de polluants.
Et encore:
- En 2001, le raffinage français devrait afficher un bilan éxédentaire d’environ 2,6 MT pour les essences et
déficitaire d’un peu plus de 10 MT de gazole et fioul domestique. Cette situation qui touche plus
particulièrement le raffinage français s’aggrave d’année en année.
Ainsi, depuis plusieurs années, des fonctionnaires font leur travail en informant correctement les gouvernements
et les élus.
Ces mêmes élus se sont également vu expliquer comment fonctionne le raffinage et en particulier les faits
suivants incontournables :
1- Une tonne de brut ne peut produire que les distillats qui y sont naturellement contenus, et moyennant
quelques transformations plus complexes et coûteuses, on arrive aux proportions suivantes (environ et en
moyenne avec les raffineries en France) :
a. Bitumes 10%
b. Fiouls lourds 10%
c. Gazole + fuel domestique 40%
d. Kérosène 10%
e. Essence 20%
f. Naphta 5%
g. GPL 2%
h. Autres
2- Les produits de distillation sont chimiquement différents. Ils ont des pouvoirs calorifiques différents, une
production de CO2 à la tonne brûlée différente et peuvent contenir plus ou moins de résidus indésirables
(teneur en soufre par exemple).
Que se dirait un homme sensé face à ces données physiques ? :
1- A partir du moment où le brut est extrait, il faut tout utiliser dans les meilleures conditions possibles. On
ne sait pas réinjecter dans les puits un distillat que l’on n’utiliserait pas et on ne peut pas le jeter dans la
nature,
2- Le moindre coût et les moindres risques écologiques devraient se trouver en limitant les transports et en
consommant les distillats au plus près des raffineries.
Et comment les gouvernements insensés ont-ils procédé ? :
1- Ils ont mis en place un système de taxation arbitraire sur les carburants des voitures. La TIPP a été
imaginée différemment selon les distillats et leurs usages. En particulier, sur les carburants servant aux
automobiles, elle a toujours été plus faible sur le gazole que sur l’essence. Parrallèlement, les normes sur
la qualité des carburants automobiles (et en particulier sur le gazole qui doit être de plus en plus raffiné)
et le déséquilibre du marché font que le coût de production hors TIPP et TVA du gazole est devenu plus
élevé que celui de l’essence. En novembre 2007 les prix étaient :
Sans plomb 95 Gazole
Production 0,4974 0,5492
TVA sur prix HT 0,0975 0,1076
TIPP 0,6020 0,4260
TVA sur TIPP 0,1180 0,0835
Prix de vente à la pompe 1,3149 1,1663
Part des taxes 0,62 0,53
Le prix normal du marché a donc été modifié par les gouvernements. Si les gouvernements ne l’avaient
pas fait, par exemple en mettant une taxe proportionnelle (en restant identique sur le total pris par l’état
car notre propos n’est pas de justifier les taxes et leur usage) le différentiel inverse se serait produit,
faisant naturellement par les coûts réels de production, disparaître l’avantage pour le gazole des
automobiles.
2- C’était encore sans compter avec le Grenelle de l’environnement. Jusqu’à maintenant, les gouvernements
se sont focalisé sur les émissions de CO2 par type de véhicule. Or ces émissions dépendent du type de
carburant. Et la nature a fait que le gazole permet de produire pour un vehicule particulier moins de CO2
par kilomètre parcouru que l’essence. Dans cette « logique », le gouvernement a instauré pour 2008 un
bonus malus sur le CO2 émis par véhicule. Ainsi les modèles motorisés diesel ont encore gagné un
avantage (exemple sans faire de publicité, une 206 essence est bonus neutre, la même en diesel est avec
bonus).
Les gouvernements ont de fait créé, fait perdurer et aggravé le déséquilibre entre la production des
carburants et la consommation en France. Et ils ont obligé les pétroliers à procéder à des échanges internationaux
de produits raffinés.
Ainsi nous importons massivement du gazole de Russie, nous exportons de l’essence vers les Etats Unis et
nous exportons du fuel lourd (dans l’ERIKA par exemple, 31 000 tonnes de fuel lourd).
Cette essence que nous exportons et qui donne un peu plus de CO2 que le gazole dans les automobiles est
de toutes les façons consommée hors de France et le fuel lourd quoiqu’il donne en CO2 ou aérosols dans
l’atmosphère sera finalement consommé dans des pays peu regardants sur les normes ou dans les moteurs sans
filtres d’innombrables bateaux sur toutes les mers du monde. Le bilan écologique global est donc très mauvais.
Tout ceci en augmentant les coûts des produits pétroliers vendus en France par l’augmentation des
transports et en aggravant notre déficit commercial en important des produits raffinés plutôt que du brut. Par
exemple en 2006 (source industrie.gouv PEGASE):
Le déficit global de notre commerce extérieur était de 30 G€ (milliards €). Le déficit énergétique étaient de
46 G€ comprenant le pétrole pour 37 G€. Ce déficit pétrolier se décompose en 31,7 G€ pour le brut et 5,5 G€
pour les produits raffinés.
En tonnes cela représente : importations de brut : 82 Mt, importations de produits raffinés : 37Mt,
exportations de produits raffinés : 25 Mt. Notre consommation nationale étant à 91 Mt (la différence est en
soutes internationales). On voit les masses considérables transportées entre pays.
Les prix moyens étaient : brut importé 381 €/t, raffiné importé 441 €/t, raffiné exporté 433 €/t.
On peut estimer que si nos capacités de raffinage avaient été en correspondance avec notre consommation,
nous n’aurions importé que pour 34 G€ au lieu de 37G€ de produits pétroliers (10 % de déficit en moins !).
Toutes les traces documentaires existent qui montrent que le phénomène a été identifié par les
fonctionnaires des ministères il y a plus de 10 ans. En maintenant jusqu’en 2008 une politique de taxation
différentielle aberrante, aggravée par le système du bonus malus, on est arrivé à l’information qui est à l’origine
de mes recherches selon laquelle maintenant 70% des ventes neuves sont en diesel et le prix du gazole grimpe.
Par le jeu de l’intégrale des mises sur le marché et de l’intégrale des mises à la casse, inéluctablement pour
les années à venir, le parc instantané des voitures diesel va croître en France et en conséquence le déséquilibre
entre l’offre (production française des raffineries) et la demande (consommation de gazole) va encore s’aggraver.
Il va être maintenant intéressant, pour ceux qui ont compris le processus, de voir comment le gouvernement
va réagir devant cette situation désastreuse pour la France et le portefeuille des automobilistes.
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