Beaucoup de maladies graves sont actuellement provoquées par l'homme lui même.
En particulier "l'environnement serait en cause dans 40 % des décès" (*1).
Tout d'abord considérons deux modes d'action contre ces risques :
. la prévention consiste à éliminer les causes et à éviter aux individus des maladies particulièrement pénibles,
. l'approche médicale, n'a souvent comme objectif pour ces maladies graves - à l'échelle d'une génération – que de prolonger une période de rémission (par ex: un ou deux ans au mieux dans un tiers des cas), et est très onéreuse.
Vu l'intensité du problème il paraîtrait normal de privilégier toutes les approches de prévention, humainement beaucoup plus "rentables", quitte à mettre en retrait tous les autres critères (prix de revient, caractéristiques techniques).
-------------------------------------------------------------------------------
La France quant à elle développe une stratégie un peu particulière pour aborder ces sujets.
Pour simplifier on pourrait dire qu'elle est à l'image des publicités pour les alcools industriels qui ont envahies récemment les panneaux publicitaires de la capitale.
Pourtant les études médicales s'accumulent pour établir l'efficacité de la publicité et des effets de marques vis-à-vis des comportements générant des habitudes de consommation, sans parler de l'effet des produits eux même (par ex: l'addictologie aux nourritures grasses fournies par les fast-food).
Mais la France est au dessus de cela, elle n'est pas touchée, pas concernée.
Puisque les pubs pour le whisky et la bière sont là…
-------------------------------------------------------------------------------
On a trouvé humoristique à un moment de critiquer l'action du gouvernement concernant la propagation du nuage de Tchernobyl.
Il aurait été stoppé aux frontières, puisque aucune mesure de protection n'avait été prise et que les mesures postérieures de radioactivité n'avaient pas montré de fortes hausses.
Ces dernières étaient fausses.
L'essentiel n'est pas là.
En fait la mécanique Tchernobyl fait partie de notre façon de réagir normale, aussi bien individuellement que collectivement.
Pas vu pas pris, nous sommes hors du nuage (ou dans les nuages), à l'abri.
-------------------------------------------------------------------------------
Un exemple.
Lorsque vous entrez en concession, la première indication qui vous apparaît ce sont les étiquettes Co2, réglementairement mises en évidence.
C'est comme si l'Etat vous prenait par la main en disant: attendez je suis là pour vous donner de véritables informations impartiales sur les qualités des véhicules.
Cela pourra vous coûter un peu cher à l'achat, pour des véhicules plus sales et plus bruyants, mais c'est tellement préférable pour l'environnement et l'écologie !
La collectivité organisée (avec la caution de l'Europe) mènera directement le père de famille que vous êtes aux véhicules les plus dangereux, les Diesel sans Fap, ce dernier étant réservé aux motorisations hors de prix.
Vous aurez de plus la sensation de payer un peu plus cher mais au bénéfice de l'écologie.
Combien la signature administrative au bas du règlement permettant l'affichage de cette mesure du Co2 a t'elle provoquée de morts, aussi automatiquement que les publicités pour les alcools de grande consommation ?
Et lorsque le danger des particules fines des véhicules Diesel est devenu avéré en 1999, pourquoi cette mesure du Co2 n'a pas été rapportée, alors que même Auto-Plus (dont ce n'est pas la responsabilité) précise:
"Côté polluants, une information basée sur le seul Co2 serait ambiguë.
Elle pourrait laisser croire qu'un Diesel est propre alors qu'il ne dispose pas d'un filtre à particules.
Des rejets redoutables pour la santé".
La cerise sur le gâteau serait que le Diesel soit plutôt plus nocif pour l'effet de serre que l'essence, car les dioxydes d'azotes réduiraient la capacité d'assimilation du CO2 par les végétaux (cf. étude scientifique récente publiée dans le Monde).
Comme pour la guerre anglo-américaine d'Irak, sur des objectifs faux on aurait gagné une bataille dérisoire pour favoriser le Diesel, en y laissant des "plumes humaines".
Ce qui nous aurait été totalement contreproductif vis-à-vis des objectifs que nous mettions en avant...
Et il nous resterait que les effets collatéraux !
-------------------------------------------------------------------------------
Un autre exemple du symptôme Tchernobyl en France.
Pour éviter les conséquences d'une plainte déposée en 1996, six constructeurs automobiles et de poids lourds japonais vont verser à 500 plaignants l'équivalent de 7 millions d'Euros, souffrant de problèmes respiratoires et s'estimant victimes de la pollution provoquée par les véhicules diesel, tenus comme plus polluants que ceux fonctionnant à l'essence (*2).
Et elles consacreront 20,4 millions d'euros à un programme d'aide médicale pour les asthmatiques de Tokyo.
Pourtant les voitures japonaises sont les moins polluantes, et les Japonais utilisent principalement l'Essence pour les propulser (*3).
Imaginez-vous cela en France, où nous faisons un usage immodéré du Diesel quasiment sans user de filtres à particules ?
Et pourquoi le Diesel prospère t'il dans des pays où les actions de groupe (class action) ne sont pas possibles ?
Pourtant en France avec 8 000 décès prématurés annuels dus aux particules fines provenant en particulier des Diesel (comme 30% des asthmes et provoquant d'autres décès dus aux Nox et à l'ozone induite) sur les 17 000 dus à la pollution automobile dans son ensemble, il y aurait de quoi faire !
-------------------------------------------------------------------------------
A quoi ressemblons-nous à ignorer ainsi ce qui nous arrive ?
A un personnage de film criblé de flèches, qui murmurerait "même pas mal" ?
Tout cela respire l'accord, le consensus et la connivence, et il serait illusoire de chercher une seul facteur ou une seule responsabilité.
Mais s'il n'y a pas de cause individuelle, collectivement les individus (nous) deviennent responsables.
C'est l'ensemble de notre conscience collective qui est défaillante, comme sur beaucoup de sujets concernant la gestion des risques.
Actuellement notre croyance aux bénéfices du Diesel est de l'ordre de la Foi, car nous imaginons qu'il apporte un certain nombre de progrès que l'on imagine pouvoir atteindre "pour rien", sans effort particulier.
Et nous sommes prêts à beaucoup de choses pour aller au bout de notre foi, y compris sacrifier notre santé ou celle de nos proches.
Pour y croire nous avons ressuscité deux divinités, que les générations précédentes avaient fait pas mal fait souffrir: l'Economie et l'Ecologie.
Les générations suivantes aussi ne seront pas tendres avec elles, mais à notre époque elles aurons bien servi.
Ainsi il ne peut s'agir de critiquer ou de remettre en cause ces deux idées sacrées.
L'Economie est celle qui vous fait croire que la seule issue pour vivre mieux consiste à payer moins cher les choses.
A condition surtout d'oublier comment elles sont produites, comme le caoutchouc produit par des hommes en condition d'esclaves dans les plantations d'hévéa de Firestone.
L'Economie est aussi le moyen de faire que l'ensemble des individus marchent au même pas dans le système global, effectuent le travail qui leur est assigné, consomment les mêmes choses, regardent les mêmes films, les misérables d'un côté, les développés de l'autre.
L'Ecologie, c'est la baguette magique qui transforme dans votre tête un produit initialement sale et le plus souvent nocif en un miracle de progrès et de propreté, sans avoir rien fait pour l'améliorer, comme pour le Roundup ou le Diesel actuel.
Il faut réaliser qu'actuellement l'ensemble des français pensent que le Diesel est le carburant le plus économique et le plus écologique.
Mais en fait nous n'avons fait appel à ces deux divinités que pour relayer notre foi, pour permettre que l'utilisation d'un Diesel aussi mortifère puisse être à nouveau recevable, afin que l'on puisse à nouveau trouver des gens pour et des contre, pour que l'on accepte encore de jouer en rebattant les cartes.
Si on avait présenté d'emblée ou plus tard les choses en disant: nous pouvons étendre l'usage d'un de nos carburants (le Diesel), mais cela va créer une bulle de mortalité de 10 000 personnes par an en France et causer une augmentation de 30% des asthmes dans les endroits concernés, cela aurait évidemment fait réagir dans le bon sens.
Alors qu'en débattant sans cesse des aspects économiques où écologiques pour permettre de changer l'ordre des valeurs et d'accepter l'inqualifiable, nous avons parfaitement préservé nos petites affaires criminelles.