Lorsque l’on a affaire à un mythe, on reste de marbre. Tant de choses, tant d’émotions, tant de passion se jettent à votre figure lorsque vos yeux se posent sur cette Lancia Delta S4.
Vous pensez alors en la découvrant à son palmarès impressionnant, vous réalisez donc petit à petit l’efficacité et le potentiel démoniaque que cet engin que vous avez là…à côté de vous, est capable de réaliser ! Plus rien à voir avec la monde civil et ses joyaux de sécurité et d’aseptisation, bienvenue dans le petit monde et le cercle fermé de la course automobile !
J’ai posé la main sur son capot, j’ai presque eu des larmes…mon cœur n’était pas en reste. Un émoi certain m’a transpercé le corps…comme ci tous mes rêves de gamin, d’adolescent, d’adulte, de passionné se trouvaient juste là devant moi. Une vague de sentiments divers m’a remonté la carcasse.
Du silence autour de moi, pendant au moins 1 minute…ma femme, mes amis, mes connaissances ont respectés ce moment dont les mots et les gestes sont restés à néant. Je suis resté planté en face de cette Delta, les bras croisés, les yeux brillants…puis je me suis approché du cockpit !
Du respect et de la délicatesse pour ouvrir la porte…je m’y installe, et là je pense immédiatement à Markku Alen, Henri Toivonen, Miki Biasion et Mickaël Ericsson. Ils ont été assis à la même place, dans le même bolide et ont été des pilotes émérites en rallyes avec le succès que l’on connaît.
Je pense aussi malgré tout à cet accident en Corse. A cette tragique sortie de route de Henri Toivonen, qui lui a été mortel. Il ne faut pas rigoler, s’amuser et plaisanter…la conduite demande de l’expérience, du savoir faire et du talent. Je sais à quoi m’attendre, mes nerfs sont en tensions à quelques heures du départ.
Il est 8h, et déjà dans environ 1h…je vais la conduire afin d’effectuer une petite montée et descente de « chauffe », pas obligatoire mais conseillée à tous les pilotes voulant faire fumer les chronos. La compétition débute cette après-midi à 13h, donc profitons pour se promener dans les stands, apprécier les démarrages des compétiteurs déjà en train de péter le bitume, une ambiance donc de folie…ici pas de chi chi, on est tous réunis pour le sport hors de toute norme, marque ou préférence personnelle et tendance à la consommation d’essence la plus économe !!
Enfin mon tour arrive dans moins de 10 minutes, il est temps d’allumer la mécanique...et de se mettre gentiment en place.
J’arrive au départ, une foule impressionnante se rue autour de la Delta ! Les barrières de sécurité n’empêchant pas les bambins et autres plus gros bébés de venir prendre des photos et d’admirer le monstre…
560cv vrombissent derrière moi, je suis dans un état que je qualifierai de second. Ne sachant pas à quoi m’attendre exactement bien que je puisse l’imaginer.
Des petits coups de gaz pour chauffer le cocktail font « hurler » de joie tout le rassemblement de personnes.
Une passion partagée, du bonheur distribué et concilié…c’est vraiment fantastique. Un Monsieur plutôt âgé que je perçois filme la scène et n’attend que mon départ…je pense que c’est un connaisseur et que lui, avec son grand sourire lui rappelant la belle époque, sait ce que je vais ramasser dans la gueule !!!!
Ca y est, c’est partit ! Tain c’est violent…une accélération pareille c’est indescriptible ! Et pourtant, je n’ose pas pousser la 2ème à fond car le premier virage s’annonce déjà, je ne connais encore pas trop cette S4, et le temps ne compte de toute manière pas encore.
Je ralenti, je passe sans soucis…j’accélère, ça répond de suite dans un bruit de l’intérieur à faire péter les tympans. Au fur et à mesure de la montée, je prend conscience que les limites sont bien plus hautes que ça…je passe donc les courbes sans décéléré, et les virages à une allure encore plus soutenue. J’ai de la peine à me rendre compte qu’il y a encore de la marge, c’est fou, je ne sais pas si la raison existe, si la conscience est encore de mise dans ma situation. Mais je tente quelques poussées au-delà de ce que je croyais possible, et cette Delta encaisse sans soucis. C’est terrible, une telle tenue de route, de telles reprises et accélérations…le souffle coupé parfois. Une boîte précise, et des rapports qui se passent à la volée tandis que la vitesse monte en flèche. De toutes, je pense que c’est le meilleur véhicule qu’il m’est donné de piloter !
Le déroulement des courses se profile très bien, puisque chaque participant doit effectuer deux manches…je trouve que c’est vraiment l’idéal. Car certaines courses auxquelles j’ai participé s’établissent sur 3 manches, ce qui donne droit en somme à un « jocker ». Ca donne droit vous le comprenez à beaucoup d’erreurs et alors pourquoi pas 4 manches pendant qu’on y est ! Comme ça même les débutants peuvent frôler avec les meilleures !
Bref, sur celle-ci ce n’est pas le cas et j’en suis ravi. En compétition, j’ai dompté le fauve et j’ai été vraiment bien agressif, je n’ai pas eu peur. J’ai fini 3ème du classement général au chrono (avec un temps total additionné de 2’76'260)
2 montées donc avec un temps pour la première de 1’38'290…et pour la seconde de 1’37'970.
La piste était vraiment rapide (248km/h en bout d’une ligne droite en montagne c’est pas courant), bien que très technique en milieu de parcours car sinueux et plutôt étroit. La température et les conditions quasi idéales. Le rythme était élevé avec tous ces concurrents…j’ai du vraiment me battre pour être en tête du classement.
Je suis vraiment content du résultat, bien qu’avec cet engin il est encore possible de faire beaucoup mieux et de prétendre sans aucuns doutes à la première marche du podium au général. Je suis toujours émerveillé des souvenirs que je garde de ce phénomène sur 4 roues !
Je vous ai livré mes impressions à chaud…mieux que des mots, voici des photos de ce week-end fabuleux (soyez indulgent, c’est ma femme qui a pris ces clichés
) !