France Info - 15/09/05
Le cours du pétrole flambe, comme les prix à la pompe
Faut-il parler de "nouveau choc pétrolier" ? Une forte demande mondiale, des pannes récurrentes dans les raffineries américaines et des incertitudes géopolitiques au Proche-Orient,... En un an, les prix du brut ont bondi de 42% à New York, atteignant en fin de semaine dernière un nouveau record à 67 dollars le baril. Et selon les analystes, la question n’est plus de savoir si, mais quand il dépassera la barre symbolique des 70 dollars.
Conséquence : les automobilistes paient leur plein de carburant plus cher. En France, le prix moyen du litre de gasoil a fait un bon d’environ +20% en un an, pour atteindre en moyenne 1,05 euros à la pompe le mois dernier, tandis que le litre d'essence (super sans plomb 95) valait 10,9% plus cher à 1,19 euro, soit une augmentation moyenne des carburants de 15,8%, selon les chiffres de la direction générale de l'énergie et des matières premières (DGEMP) au ministère de l'Economie. Une flambée des prix qui se fait sentir dans toute l’Europe. Ainsi, entre juillet 2004 et juillet 2005, le litre de sans plomb en Allemagne a gagné +9,5%, tout comme en Italie ou encore en Espagne où la progression a été la plus forte sur la période: +12%. Le Royaume-Uni n’a pas été épargné, et selon Bruce Evers, analyste à la banque Investec, des "prix de l'essence à une livre le litre (1,45 euro) en Grande-Bretagne sont désormais inévitables".
Face à cette flambée de l’or noir, les associations de consommateurs mais aussi les industriels réclament une réduction des taxes sur les produits pétroliers, qui représentent la majeure partie du prix à la pompe. En Grande-Bretagne, l'essence est taxée à hauteur de 67%. En Allemagne, 70% de la note réglée par l’automobiliste revient également à l'Etat. En France, la part de ces taxes sur l’essence représente environ 74%, 67% pour le gasoil. A titre de comparaison, aux Etats-Unis, premier consommateur de carburant, les carburants sont taxés à hauteur de 25%. Conséquence : même si le prix de l'essence atteint des records actuellement, il reste bien inférieur au prix européen, à environ 60 cents US (0,50 euro) le litre de sans plomb.
Une situation qui relance le débat sur la TIPP (Taxe intérieure sur les produits pétroliers) flottante entre les partis politiques français. Plébiscité par le PS, ce dispositif, mis en place par le gouvernement Jospin et supprimé par le gouvernement Raffarin, permettait d'atténuer l'impact des hausses du prix du pétrole sur les tarifs des carburants à la pompe. Mais au sein de la gauche, tout le monde n’est pas d’accord avec ce dispositif. C’est une "fausse bonne idée", estime le Vert Denis Baupin, adjoint au maire de Paris, qui préfèrerait que les recettes supplémentaires engendrée par la hausse du prix des carburants "soient affectées à une politique résolue d'économies d'énergie, notamment pour les transports collectifs". L’UMP et rapporteur général du budget à l'Assemblée nationale Gilles Carrez entend de son côté proposer au gouvernement d'associer les deux systèmes existants de taxation du pétrole, la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) et la TVA (taxe sur la valeur ajoutée), afin de permettre une restitution aux Français des sommes perçues en trop par l'Etat. Mais des dissensions apparaissent également dans son camp, le député UMP Hervé Mariton appelant lui à "ne pas arbitrer dans la précipitation". Le président de l'UDF, François Bayrou, rappelle pour sa part que "le gouvernement précédent s'était engagé, à la demande de l'UDF, à rendre aux Français les excédents fiscaux ainsi obtenus". Le gouvernement reste silencieux pour l'instant.