La conquête par Renault de la Chine passerait par la Mégane
PARIS (Reuters) - La conquête par Renault du marché chinois passe par la Mégane et non par la nouvelle voiture économique Logan produite par sa filiale roumaine Dacia, a déclaré lors d'une réunion interne le P-DG, Carlos Ghosn, selon le magazine Capital.
Une porte-parole de Renault a confirmé qu'une telle réunion avait eu lieu il y a quelques mois, mais s'est refusée à tout commentaire sur les propos qui y ont été tenus.
Carlos Ghosn, qui a conservé également la présidence du constructeur japonais Nissan, contrôlé à 44,4% par Renault, doit dévoiler le 9 février son plan stratégique triennal.
Renault a pris par surprise les marchés la semaine dernière, en annonçant une révision en baisse d'un point de pourcentage, à "plus de 3%", de sa prévision de marge opérationnelle pour 2005 après de mauvais résultats commerciaux en octobre.
Selon la transcription de ce discours publié par l'hebdomadaire, Carlos Ghosn maintiendrait l'objectif de son prédécesseur Louis Schweitzer de vendre quatre millions de véhicules en 2010 contre 2,5 millions en 2004 et aurait l'intention que Renault fasse à l'avenir son retour sur le marché américain.
Selon ce compte-rendu, Carlos Ghosn a l'ambition de faire de la société coréenne Renault Samsung Motors, contrôlée à 70% par le groupe français, "une base de Renault en Asie".
Il souligne également que 60% de la profitabilité du groupe se fait sur la France, qui ne représente que 3,5% du marché mondial, ajoutant que, de surcroît, dans l'Hexagone, "cette profitabilité est fragile car elle dépend d'un seul modèle, la Mégane, et de sa déclinaison en Scénic".
LE SYNDROME FIAT
"C'est trop vulnérable. Il va falloir multiplier les produits, les pays, les marchés qui peuvent être des sources de profit. Sinon, on est dans un syndrome Fiat, ultra dépendant d'un segment, d'un pays. Et c'est une bombe à retardement", a-t-il ajouté, selon cette transcription.
Il souligne que la première échéance importante sera le lancement de la nouvelle Laguna, qui doit être un sans faute afin de rendre ensuite sa crédibilité au segment haut de gamme, le talon d'Achille de Renault, dont la Vel Satis n'a pas rencontré le succès escompté.
"On va rentrer en Chine. La seule question est quand. On ne veut pas y entrer avec Logan, mais avec Mégane, pour des raisons d'image de marque. Même si, pour l'instant leur pouvoir d'achat n'est pas très élevé, les Chinois sont très exigeants en matière de qualité et d'apparence", ajoute-t-il.
Il a précisé que les discussions étaient en cours avec les autorités chinoises sur le choix de la localisation d'une usine.
"Nous poussons pour une localisation qui ne soit pas trop éloignée des centres. Mais nos partenaires chinois veulent mettre l'usine dans une province où il y a du sous-emploi. Il ne faut pas se créer d'ennemi dans ce processus", observe Carlos Ghosn.
A propos des Etats-Unis, il estime que Renault ne pourra y retourner qu'à condition d'avoir constitué une "offre extrêmement solide".
"On s'attaque au marché américain avec toutes nos ressources, avec une gamme de produits complètement dédiés, tout en sachant que si on ne le fait pas bien, on risque de tout perdre", a-t-il dit selon le magazine.
"C'est le 'high risk-high reward' : si vous faites bien les choses, vous avez un retour très important. Avant d'envisager quoi que ce soit pour les Etats-Unis, il faut réussir le Brésil. Il faut réussir la Corée. Il faut réussir la Chine. Il faut réussir notre implantation en Chine", ajoute-t-il.
Il ajoute que le lancement de la remplaçante de la Twingo a été retardé afin de procéder à un examen approfondi de ce programme.