Voici un article interessant sur les voitures chinoises par Libé
Les Chinois posent leurs premières roues en Europe
Pour la première fois sur le Vieux Continent, le Salon de Francfort accueille les modèles de trois constructeurs du géant asiatique.
Par D'ALLONNES David REVAULT
samedi 17 septembre 2005 (Liberation - 06:00)
la voiture chinoise pointe le bout de son capot en Europe occidentale. On peut l'examiner, ces jours-ci, au salon automobile de Francfort. Pas encore dans les halls 5 et 6, réservés aux cadors de l'industrie mondiale, plutôt dans le numéro 4. Pour la première fois, trois marques chinoises exposent leurs modèles dans un salon européen. Et il ne s'agit pas de Dongfeng Motors, Shanghai Automotive Industry Corporation ou First Automotive Works, les trois mégaconstructeurs publics (lire ci-dessous). Mais on peut y observer trois berlines, un break et une sportive de la marque Geely, le 4x4 Landwind de Jiangling ; et la berline Zhonghua de Brilliance, qui pourrait être commercialisée en Allemagne à la fin de l'année. De l'avis général pourtant, un scénario du type textile ou jouet dans le secteur automobile relève encore de l'économie-fiction, du moins à court terme. Essentiellement pour des questions de qualité et de design. «Un certain nombre de voitures étaient fermées, on ne pouvait pas regarder à l'intérieur, persifle le cadre d'un constructeur français de retour de Francfort. C'est le signe qu'on n'est pas très sûr de son produit.»
Décalage. Conséquence de l'implantation en Chine de la quasi-totalité des grands constructeurs mondiaux (1) et de la multiplication des joint-ventures avec leurs homologues chinois : plusieurs modèles issus des usines locales ressemblent singulièrement à des véhicules existants. A l'image du 4x4 Landwind, très proche cousin de l'Opel Frontera. «Ils savent fabriquer beaucoup de choses, mais surtout copier, estime Jean-Claude Debard, président de Hyundai France. Ce que j'ai vu à Francfort, ce sont surtout des imitations de voitures européennes, du copier-coller. Il n'y a pas encore de créativité. Au niveau du style, leurs voitures ne sont pas dans l'air du temps. Il y a entre six et dix ans de décalage...» Autres améliorations indispensables, celles concernant la pollution et la sécurité. «Les constructeurs chinois doivent comprendre que pour vendre en Europe il faut des motorisations moins polluantes et moins gourmandes, et, surtout, qui passent le cap des homologations et des certifications, poursuit Jean-Claude Debard. Ce qui n'est pas le cas pour le moment.» Li Shufu, PDG de Geely, en convenait lui-même, la semaine dernière à Francfort : «Nous avons encore un long chemin à faire.»
Des voitures chinoises sont pourtant déjà en vente sur le Vieux Continent. Arrivées en juillet par le port d'Anvers, elles sont commercialisées en Hollande (et depuis peu en Allemagne) par l'intermédiaire du Néerlandais Peter Bijvelds, qui a signé un contrat d'exclusivité de cinq ans avec la marque chinoise Jiangling Landwind Motor Corporation. Ce pilote de rallye de 27 ans, qui tient une concession dans le petit village d'Erp, au sud-ouest des Pays-Bas, peut se targuer d'avoir, le premier, vendu en Europe un véhicule chinois : le 4x4 Landwind. Ses clients : «Des publics très différents : des gens de 18 ans qui viennent d'avoir leur permis, des retraités, des personnes qui veulent une seconde voiture», raconte-t-il. Il assure en avoir vendu «400 aux Pays-Bas», et envisage de la distribuer «dans treize pays d'ici à fin 2006».
«Ticket d'entrée». Un «coup» qui n'émeut guère les constructeurs français, lesquels pointent l'absence d'un réseau de distribution. «Le marché européen est le plus concurrentiel du monde, et le ticket d'entrée y est très cher, indique-t-on chez PSA Peugeot-Citroën. Y apporter des voitures est une chose, mais développer un réseau de vente et d'après-vente ainsi qu'une image de marque est un long processus.» Renault confirme : «La voiture chinoise ne représente pas un danger important à court terme, essentiellement pour des questions de réseau. C'est ce qu'il y a de plus compliqué. Qui va réparer la voiture, assurer le suivi et l'entretien ? C'est le point clé.» Le déferlement sur le Vieux Continent, donc, ne serait pas pour demain.
Low-cost. Reste que les produits chinois y disposeraient d'un atout important : leur prix. A l'image des constructeurs coréens qui affichent de fulgurantes progressions en Europe grâce à leurs tarifs. Alors que la demande de voiture low-cost se développe et que les constructeurs, notamment Volkswagen, Renault et PSA, misent tous sur un modèle basique autour de 8 000 euros, les constructeurs chinois pourraient faire encore plus cheap. Outre le Landwind, vendu autour de 17 000 euros aux Pays-Bas (deux fois moins que l'Opel Frontera, dont il est inspiré) et la berline Zhonghua de Brilliance (environ 20 000 euros), ce sont surtout les petites chinoises qui pourraient faire des ravages. Comme la fameuse Chery QQ, qui avoisinerait les 5 000 euros. «La qualité et le style ne sont pas encore au niveau, mais leur avantage concernant le prix est incontestable», analyse Jean-Claude Debard, de Hyundai France.