PARIS (Reuters) - Le gouvernement a décidé mercredi de recommander aux automobilistes d'allumer leurs codes en plein jour afin de permettre aux véhicules arrivant en sens inverse de mieux les voir, une mesure expérimentale de sécurité routière qui irrite les motards, seuls concernés jusqu'ici. "Au changement d'heure d'automne, les automobilistes seront invités, sur la base du volontariat, à allumer leurs feux de croisement dès qu'ils quitteront une agglomération", a déclaré le ministre des Transports, à l'issue d'un comité interministériel sur la Sécurité routière (CISR) programmé pour coïncider avec la période des grands départs en vacances. "On est très volontaires sur cette mesure. Si tout le monde s'y met, il n'y aura pas besoin de rendre les choses obligatoires. Mais on rendra la mesure obligatoire, le cas échéant, si les résultats sont probants", a ajouté Gilles de Robien. Le gouvernement en espère chaque année une diminution de 5% à 8% du nombre des tués et de 8% à 10% des blessés. Plusieurs autres mesures ont été annoncées, notamment: alcoolémie zéro pour les conducteurs de véhicules de transport en commun (l'infraction sera constituée à partir de 0,2 gramme, contre 0,5 gramme jusqu'ici), mise en place obligatoire pour les poids lourds d'ici au 5 août 2005 du chronotachygraphe électronique pour mieux contrôler vitesse et temps de conduite, modification expérimentale du calcul du nombre de tués sur les routes pour prendre en compte les décès dans les 30 jours et non plus les six jours suivant l'accident. Cette dernière mesure "fera l'objet d'une expérimentation sur une base régionale en 2005", a seulement indiqué Matignon. La conduite codes allumés, en vigueur en Europe du Nord et en Italie, sera introduite en France sur la base du volontariat. Cette "expérimentation nationale" sera menée du 30 octobre 2004 au 27 mars 2005, pendant la période de l'heure d'hiver, "hors agglomération et sous forme de recommandation aux usagers", a précisé Matignon. Depuis 1975, l'allumage des codes de jour comme de nuit est obligatoire pour les motos de 125 cm3 ou plus et est recommandé aux autres deux-roues, afin de les rendre plus visibles sur la chaussée. "NE PAS RELÂCHER L'EFFORT" L'extension de la mesure à tous les véhicules fait craindre aux motards d'être moins facilement repérables par les automobilistes, alors que le risque d'être tué e cas d'accident est déjà six fois supérieur à moto par rapport à celui en voiture. "Je crois que cela va protéger les motards. Ils verront mieux les véhicules à quatre roues et ils auront eux aussi moins de collisions", a déclaré le ministre des Transports. La Fédération française des motards en colère affirme au contraire qu'elle générera des accidents supplémentaires. "L'expérience a déjà été menée il y a trois ans dans les Landes et n'a pas eu d'impact positif. Nous pensons que cette mesure risque au contraire d'engendrer de nouveaux accidents", a dit son représentant, Frédéric Brozdziac, dans Libération. "Aujourd'hui, beaucoup d'automobilistes qui ont des accrochages avec des motards disent qu'ils n'avaient pas vu le deux-roues. Ça va être pire si on ne peut plus les distinguer des voitures." En revanche, la Fédération des automobiles-clubs se déclare "très favorable" à cette innovation en faisant valoir que, selon les études les plus récentes, "de 200 à plus de 300 tués seront épargnés chaque année en France" sur les routes. Le comité interministériel a également fait le point sur les actions en cours, notamment l'installation des radars automatiques depuis l'an dernier. D'ici la fin de l'année, 450 appareils doivent s'ajouter aux 100 déjà en fonction. L'objectif est d'atteindre un millier de radars d'ici la fin 2005. Selon les chiffres communiqués par Matignon, le nombre des tués sur la route en France a reculé de 27,4% en juin par rapport à juin 2003. Sur un an, le nombre des blessés a baissé de 13% et celui des accidents de 11,8%. Avant le CISR, le Premier ministre s'est rendu à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), qui prend en charge les grands accidentés de la route. Deux ans après la décision du président Jacques Chirac de faire de la sécurité routière une des priorités de son quinquennat, Jean-Pierre Raffarin s'est félicité des "résultats exceptionnels" enregistrés, avec "plus de 3.000 vies épargnées". Il a salué un "changement des comportement" et insisté sur la nécessité de "ne pas relâcher l'effort". La "semaine de la sécurité routière" prévue du 13 au 20 octobre sera exclusivement consacrée aux victimes et à leur vie après un accident de la route.
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