Voilà ici vous pourrez poster tout ce qui concerne ceux qui sont devenus milliardaires grace à l'automobile, je commence avec les quand, la famille BM entre autre, voici un viel article paru sur l'express les concernant, si je trouve mieux je posterai promis
L'Express du 04/11/1999
BMW
La mécanique Quandtique
de notre correspondante Blandine Milcent
La famille Quandt règne sur la firme bavaroise depuis plus de trente-cinq ans. Des managers d'une discrétion remarquable, mais immensément riches. Et d'une efficacité redoutable
Il est frêle d'apparence. Les traits fins, le sourire timide, on le dit sensible, intelligent, cultivé, modeste et d'une grande gentillesse. A 33 ans, il est toujours célibataire, ce qui en fait un très beau parti: outre ses qualités humaines, Stefan Quandt compte en effet parmi les Allemands les plus riches au monde. «Et pourtant, si vous le croisiez à la terrasse d'un café, vous n'imagineriez jamais les milliards qu'il porte sur ses épaules», confie un proche qui ne veut pas dire son nom. Tous ses amis vantent la simplicité et la discrétion de ce milliardaire presque anonyme: avec sa sœur Suzanne et sa mère, Johanna, Stefan Quandt figurait en 1997, selon le classement établi par le magazine américain Forbes, à la 14e place des plus grandes fortunes de la planète. La famille Quandt a ensuite été retirée de la liste, non parce qu'elle s'était appauvrie mais faute d'indications suffisantes sur l'ensemble de ses biens. Aujourd'hui, selon l'hebdomadaire économique allemand WirtschaftsWoche, elle disposerait d'un portefeuille de 39 milliards de marks, environ 130 milliards de francs, ce qui la placerait au 10e rang mondial. Et, du haut de ses 33 printemps, Stefan Quandt passe pour devenir bientôt le futur chef de clan. Quandt? Ce nom ne vous dit rien? Normal, en Allemagne, personne n'en parle. La presse people est bien obligée d'ignorer ces gens trop ordinaires. Car il n'y a ni frasques ni scandale à raconter chez les Quandt, pas de mariage ou de divorce retentissant, pas d'accident de voiture dramatique ou d'adultère rocambolesque. On ne trouve que très peu de photos d'eux, pas le moindre cliché sur une plage exotique, et, bien entendu, ils ne donnent aucune interview. «Ils ont mis deux ans à me faire savoir, par leur porte-parole, que, finalement, ils ne s'exprimeraient pas», raconte un journaliste d'un très sérieux magazine qui a tenté à plusieurs reprises de les rencontrer. Difficile en effet d'obtenir des informations sur leur vie privée: leurs proches se taisent, les moins proches osent quelques remarques générales sous le couvert de l'anonymat le plus strict. On en vient à la conclusion que, retirés du monde à Bad Homburg, près de Francfort, les Quandt mènent une vie très banale, sur laquelle il n'y a sans doute rien à dire.
Pourtant, «leur» entreprise figure parmi les plus prestigieuses d'Allemagne. La famille Quandt est en effet le principal actionnaire de BMW (à hauteur de 46%), une firme à la réussite insolente dont elle a assuré la renommée dans le monde entier. Si le constructeur automobile bavarois n'a jamais connu de bilan négatif depuis plus de trente-cinq ans, c'est bien à elle qu'il le doit. Accessoirement, les Quandt possèdent encore tout ou partie de Datacard International, leader des cartes à puce aux Etats-Unis, de Delton (piles, systèmes électriques et textile) ou encore d'Altana (chimie, pharmacie et cosmétique). Bref, la mère et ses deux enfants règnent en silence sur un empire industriel qui pèse des milliards.
Le succès de cette incroyable dynastie ne date pas d'hier. Il se décline même sur quatre générations. A l'origine était l'ancêtre, Emil, descendant de huguenots, qui, grâce à un mariage avantageux en 1883, hérite d'une entreprise textile dans le Brandebourg. Le drapier développe l'affaire et, à sa mort, il laisse trois sociétés à son fils Günter. Celui-ci sera le bâtisseur de l'empire familial, profitant des aubaines économiques qu'offre la Première Guerre mondiale. Car Günter fournira l'armée allemande en matières premières (et en uniformes), puis, multipliant ses contacts dans le monde industriel, occupera un poste au ministère de l'Economie. Il diversifie les activités de son groupe (piles, machines-outils, chimie, textile), acquérant, par exemple, la société Accumulatoren Fabrik Afa, qui deviendra Varta. Comme la quasi-majorité des grands industriels allemands de l'époque, Günter Quandt ne fait rien pour s'opposer au nazisme. Sa deuxième femme, Magda, épousera même en secondes noces un certain Joseph Goebbels. Chez les Quandt, on n'aime pas trop évoquer ce chapitre délicat de l'histoire familiale qui fait apparaître, comme une tache indélébile, le nom du propagandiste de Hitler dans l'arbre généalogique. Günter Quandt purgera du reste quelques années de camp après la guerre. Lorsqu'il meurt, en 1954, l'industriel laisse à ses deux fils, Harald et Herbert, un conglomérat d'une vingtaine de firmes et environ 200 participations dans de nombreuses entreprises, dont un bon paquet d'actions Daimler-Benz. Les deux frères vont régner ensemble sur le groupe, le partageant en deux holdings pour préparer leur succession. Mais Harald meurt prématurément dans un accident d'avion. Herbert, lui, a déjà croisé le destin de l'entreprise Bayerische Motoren Werke et réussi un coup de maître.
Le coup de poker d'un petit actionnaire
Nous sommes en 1959. BMW semble vivre ses derniers instants. Fondée au début du siècle sur l'aéroport de Munich, la firme était au départ spécialisée dans la fabrication de moteurs d'avion. Son célèbre logo blanc et bleu - les couleurs de la Bavière - représente du reste une hélice en rotation. BMW s'était diversifié par la suite dans la construction de motos et de voitures, mais, à la fin des années 50, le groupe est au bord de la faillite à cause d'une stratégie de développement défiant toute logique de marché. Plusieurs modèles très exotiques et peu adaptés à la demande, comme la toute petite Isetta, l'ont en effet conduit à la catastrophe. Lors d'une assemblée générale de crise, la direction de BMW propose donc de vendre l'entreprise à Daimler-Benz. Mais les petits actionnaires se rebellent. Parmi eux, Herbert Quandt, qui croit, lui, aux vertus d'un nouveau modèle en gestation, la BMW 1500. L'industriel parvient à modifier le rapport de forces: il augmente sa part de capital et empêche la reprise. Un vrai coup de poker. Ce sera le coup de sa vie. «Il a engagé une partie de sa fortune pour sauver l'entreprise, raconte le porte-parole de la famille, Thomas Gauly, et il en a fait une success story. Cela explique le lien très affectif qui va unir désormais la famille Quandt à la firme automobile. La réussite de l'une ne va pas sans l'autre. Il ne s'agit pas simplement de la relation économique d'un actionnaire qui a bien placé son argent.» Car le père de Stefan et Suzanne, passionné de voiture, va écrire les pages les plus glorieuses du petit constructeur automobile de la Bavière. Pourtant presque aveugle depuis l'âge de 10 ans, Herbert Quandt ne fait pas seulement preuve d'une incroyable clairvoyance en pariant sur la BMW 1500 - elle ramènera l'entreprise vers les bénéfices - il lance aussi la firme sur un créneau révolutionnaire à l'époque: la construction de modèles relativement petits pour leur puissance, sportifs, légers, plutôt chers, destinés à une classe moyenne dont il va suivre patiemment l'ascension sociale. Les futures BMW iront toutes dans cette direction. «Ce ne sont pas des modèles que l'on ne reconnaît qu'au logo», précise fièrement le porte-parole de la société, Richard Gaul. Ce sont des voitures que l'on montre volontiers parce qu'elles affichent la distinction sociale de leur propriétaire. Les BMW ont de la classe, la marque a un profil et elle le doit à Herbert Quandt, qui s'est toujours attaché à préserver la continuité des formes de ses automobiles. Directeur du style chez BMW dans les années 70, le Français Paul Bracq, qui a dessiné avec son équipe la 520, la 320 ou le coupé 630, se souvient des examens de passage devant le grand actionnaire: «Lorsqu'on lui présentait un nouveau modèle, comme il n'y voyait pas bien, il contrôlait la carrosserie en la caressant. Puis il s'installait au volant. Ensuite, il vous bombardait de questions techniques auxquelles vous aviez intérêt à savoir répondre. C'était un monsieur gentil et pas arrogant, mais réservé et sérieux. Un grand connaisseur de la voiture, qui comprenait vite ce qu'on lui racontait.» Herbert Quandt est certes un passionné, et qui connaît son affaire. Aucun modèle ne sort sans son feu vert, pas un cadre de BMW n'est embauché sans son accord. Mais l'actionnaire ne dirige pas la firme, il la gère à distance. En 1970, il installe son homme de confiance à la tête du directoire, Eberhard von Kuenheim, «prussien à l'abord froid, précise Paul Bracq, mais fabuleux organisateur», qui assurera le succès de l'entreprise durant vingt-trois ans! On retrouve là toute la stratégie du patriarche: continuité, long terme, rentabilité et discrétion. Avec les Quandt, si le management respecte ces valeurs et s'il gagne de l'argent, il dispose alors d'une grande liberté de manœuvre.
Des enfants qui suivent la bonne direction
A sa mort, en 1982, Herbert Quandt laisse six enfants, nés de trois mariages. Il a, bien entendu, soigneusement préparé sa succession. Sa fille aînée, Sylvia, artiste peintre, reçoit une fortune essentiellement patrimoniale. Les trois enfants issus de son deuxième mariage vont, eux, se partager l'empire Varta. Restent les deux derniers, encore adolescents, Suzanne et Stefan, qui devront un jour assurer la relève au sein de la firme au logo blanc et bleu, la plus prestigieuse du groupe. Leur mère, Johanna, va appliquer la même méthode que son mari pour organiser la succession. Femme de tête, elle laisse cependant Eberhard von Kuenheim diriger la firme automobile et s'en remet à l'exécuteur testamentaire, Hans von der Goltz, un homme de confiance également, pour régler les affaires familiales. Mais elle se tient toujours informée de la bonne marche des deux maisons - Johanna Quandt siégera au conseil de surveillance de BMW jusqu'en 1997. Le trio va faire en sorte que les enfants suivent la bonne direction. Suzanne, née en 1963, va donc étudier l'économie et le management à l'université de Buckingham. Pour parfaire sa formation, elle effectue même un stage... chez BMW, sous un faux nom, bien sûr, discrétion familiale oblige! Et c'est sous le pseudonyme de Suzanne Kant qu'elle rencontrera l'homme de sa vie dans l'entreprise paternelle. Aujourd'hui, Mme Klatten, mère de trois enfants, possède la majorité du capital de la firme Altana, spécialisée dans la pharmacie, la cosmétique et la chimie, en plus de ses participations dans BMW et Datacard International. «C'est une jeune femme qui passe plutôt inaperçue, raconte un observateur anonyme et ironique, le genre ‘‘souris grise'', sans rayonnement particulier. Mais c'est une redoutable femme d'affaires, qui a donné son feu vert à de sévères mesures de restructuration au sein de ses entreprises.» Stefan Quandt, lui, né en 1966, a déjà parcouru le monde. Après des études d'ingénieur à Karlsruhe, le jeune homme a effectué un stage pratique aux Etats-Unis, chez Datacard, puis organisé le marketing de la même entreprise à Hongkong. Il possède aujourd'hui la firme Delton AG (biologie, chimie, textile) et, comme sa sœur, il est actionnaire de BMW et de Datacard International. «Un individu très sérieux, confie le même observateur, à qui l'on a envie de dire: bon sang! mais tu as des milliards, tu pourrais faire ce que tu veux! Pourquoi tu t'obstines à faire de l'économie?» Mais Stefan Quandt a son destin tout tracé et il ne semble pas avoir l'intention d'y échapper. Un jour, il devra prendre la place de son père et devenir le chef de clan. Depuis 1997, il siège avec sa sœur au conseil de surveillance de BMW et l'on s'est même demandé, au mois de mai dernier, lorsque Eberhard von Kuenheim a quitté la présidence de cet organe de consultation, s'il n'allait pas le remplacer pour occuper enfin le devant de la scène. «C'est un jeune homme que j'estime beaucoup, mais c'est encore un jeune homme», a tranché von Kuenheim. Stefan restera donc encore dans l'ombre quelque temps.
BMW, c'est un peu son univers; comme sa sœur, il a grandi avec. Si la firme automobile ne répond plus aux critères d'une entreprise familiale (elle a réalisé l'an dernier un chiffre d'affaires de 63 milliards de marks, environ 210 milliards de francs), elle est pourtant profondément marquée par la culture familiale des Quandt. On y retrouve, par exemple, le même souci de la discrétion, le même goût du secret. «Chez nous, on ne s'exprime publiquement que pour parler affaires ou produits, confirme le porte-parole de BMW, Richard Gaul. Vous ne verrez jamais de photos des membres du directoire en situation privée, chez eux ou faisant du sport. Ainsi, personne n'a jamais vu les enfants de notre ancien président, Bernd Pischetsrieder, qui est pourtant resté six ans aux commandes.» Par ailleurs, dans un pays où les grandes entreprises sont dirigées de façon collégiale, BMW est l'une des rares où les décisions se prennent en tout petit comité. Exception en Allemagne, le règlement intérieur du groupe n'exige pas que le directoire informe qui que ce soit de décisions ou d'investissements importants. «Ainsi, lorsque BMW a racheté le constructeur britannique Rover en 1994, se souvient Franck Linden, journaliste économique spécialiste de l'automobile, seuls quelques managers étaient au courant; il n'y a pas eu la moindre fuite. Même la presse spécialisée a été prise de court.» BMW, c'est aussi une entreprise que l'on rejoint en début de carrière et que l'on ne quitte plus. «Si quelqu'un veut aller voir ailleurs, il est vraiment regardé de travers», confirme Christian Breitsprecher, analyste à la Deutsche Bank. La firme affiche du reste des taux de fluctuation ou de congé de maladie ridiculement bas. Elle n'a pas connu une seule grève d'importance. Et, en trente ans, elle n'a licencié personne. Même lorsque la crise a bousculé l'industrie automobile au début des années 90, le groupe a continué à investir, a mis en place la semaine de 36 heures sur certains de ses sites et développé la flexibilité du temps de travail. Aujourd'hui, chez BMW, les salaires sont plutôt élevés (20 000 F brut environ, sur quatorze mois, pour un ouvrier spécialisé), le personnel touche une prime aux résultats et les émoluments de l'encadrement dépendent à 30% des gains (ou des pertes, mais il n'y en a pas eu depuis longtemps!) de l'entreprise. Rien d'étonnant alors si, selon divers sondages, Bayerische Motoren Werke est l'une des firmes européennes les plus convoitées par les étudiants ingénieurs. L'entreprise correspond également aux ambitions civiques de la famille Quandt, qui gère, certes, son empire de façon conservatrice, évitant esbroufe et prise de risque, mais attache de l'importance à la vie des sociétés après les bénéfices. «Il y a pour chaque entreprise une responsabilité qui va au-delà de la chose purement économique», a dit un jour Suzanne Klatten, pour justifier les activités des trois fondations du groupe Quandt, qui travaillent à développer les liens entre monde politique et économique. Bref, BMW apparaît comme la meilleure des entreprises gérée par la meilleure des familles d'actionnaires dans le meilleur des mondes capitalistes. «C'est une société rentable, avec des bons modèles, une forte productivité et une main-d'œuvre bien formée, estime Rolla Kautz, analyste à la BHF Bank. Elle est effectivement au top.»
Reste qu'un grain de sable fait grincer les rouages bavarois depuis cinq ans et a provoqué de fortes turbulences cette année. Le rachat, en 1994, de Rover, lourdement déficitaire, a fait souffler un vent mauvais sur le siège de Munich. Car BMW a certes réalisé près de 4 milliards de marks de bénéfices (presque 14 milliards de francs) en 1998, mais a dû en consacrer presque la moitié à éponger les dettes de Rover. Résultat: une atmosphère de crise a secoué la belle tranquillité bavaroise, la presse s'est fait l'écho de divergences au sein de la direction - un événement! - et, le 5 février 1999, à l'issue d'une réunion de plus de sept heures - du jamais-vu! - le président du directoire, Bernd Pischetsrieder, a été remercié après six années de bons et loyaux services. L'un de ses concurrents, furieux de ne pas être nommé à sa place, est parti se faire embaucher chez Ford - un non-sens! - tandis qu'un quasi-inconnu, Joachim Milberg, prenait les commandes de l'entreprise. Un ouragan comme on n'en avait jamais connu sous le ciel de la Bavière. «BMW a commis une erreur avec Rover, analyse Rolla Kautz, celle d'avoir laissé trop de liberté au management britannique. Les Allemands n'ont pas voulu apparaître comme des colonisateurs et ont mis trop de temps à réagir pour imposer leur façon de faire. Il faut maintenant espérer que la réorganisation lancée par Milberg portera ses fruits rapidement.» Car la famille Quandt supportera-t-elle longtemps de financer le désordre britannique? Même si elle figure parmi les plus riches du monde, elle n'a pas les reins aussi solides qu'une banque. En d'autres termes, va-t-elle un jour décider l'inimaginable: vendre BMW pour aller placer ses billes ailleurs? Invraisemblable, répond le porte-parole de la famille, la relation à l'entreprise est trop affective. Impossible, disait encore à demi-mot Johanna Quandt lors de la dernière assemblée générale. «Herbert Quandt ne l'aurait certes jamais fait, mais, pour ses descendants, il n'y a plus le même tabou, rétorque Rolla Kautz. Ils ne peuvent pas regarder Rover perdre 2 milliards de marks chaque année sans rien faire.» Tout se jouera donc dans quelques mois, lorsque l'on connaîtra le prochain bilan de Rover. Si la marque est toujours lourdement déficitaire, Stefan Quandt pourrait bien alors sortir de sa réserve. Et, malgré son sourire timide, prendre enfin la place du patriarche.